-1- L'administration dans la société de l'information

La diffusion de l'information sur les supports électroniques n'est qu'un aspect et un élément d'une évolution profonde, qui va s'étendre sur une longue période. Outre la banalisation des supports numériques, cette évolution est aussi celle d'une société où la confidentialité et le secret deviennent une exception qu'il faut justifier, tandis que la diffusion et la communication deviennent la règle. Il s'agit d'une inversion profonde, que les gains de productivité sur l'édition et ses supports rendent possible, mais qui est surtout déterminée par une transformation de la société et des mentalités. Le responsable d'un fonds d'information qui travaille à sa mise sur le Web entame une nouvelle activité qui sera de moins en moins secondaire et de plus en plus essentielle.

1.1. Une évolution importante, culturelle, économique et technique

1.1.1. L'essentiel n'est pas la technique…

Elle est une condition et un facteur déterminant, mais le plus important est l'émergence d'une fonction centrale d'information de l'Etat. Elle correspond à une évolution sociale.
Les systèmes techniques en donnent les moyens.
L'essentiel dans tout projet est donc d'abord et toujours une politique de diffusion.

1.1.2. …mais la technique est essentielle

L'époque est technique. De très nombreux utilisateurs, dans le public et dans les entreprises comme dans les institutions les plus diverses, maîtrisent des outils de plus en plus puissants. La demande de services va donc croître, et les destinataires de toute diffusion seront toujours plus exigeants.
Il suffit de se rappeler que les premiers micro-ordinateurs n'ont commencé à pénétrer dans les entreprises, ou dans les ménages, qu'à partir de 1980. La banalisation de l'outil ne s'observe vraiment que depuis moins de dix ans. Elle est maintenant achevée pour l'essentiel.
Cependant, il ne faut pas s'attendre à une stabilisation des techniques. La progression, le renouvellement constant des systèmes matériels et logiciels sont la règle du jeu dans les industries et les marchés de l'informatique.
Aussi est-il indispensable de suivre ce mouvement des techniques tout en ne se laissant pas perturber par lui. Les fonctions de diffusion, les contenus d'information sont beaucoup plus stables que les outils. Il importe de savoir ce qui est possible. Le responsable de diffusion n'a pas à connaître les techniques elles-mêmes mais il doit en maîtriser les usages.

1.1.3. Du micro à Internet : un bouleversement majeur

La numérisation est un phénomène fondamental, qui a franchi un saut quantitatif avec la diffusion du micro-ordinateur, à la fois outil de production, de consultation et d'utilisation de l'information numérique.
Internet cristallise ces évolutions. Le réseau, déjà ancien, est très rapidement devenu un média central.
Il introduit en outre des caractéristiques vraiment nouvelles : ouverture, interopérabilité, internationalisation. Il s'agit d'un véritable bouleversement, et il n'y aura pas de retour en arrière.
Dès aujourd'hui, Internet est vraisemblablement l'un des médias les plus accessibles. Même si chacun n'a pas un micro-ordinateur, il est toujours possible d'en trouver un - dans l'entreprise, à l'école, dans les institutions. L'accès aux informations est ouvert à toute heure et depuis toute la planète. Internet est un moyen extrêmement puissant de diffusion, et son usage va très rapidement se banaliser.
La transformation sans doute la plus importante des circuits de diffusion de l'information est l'irruption de l'utilisateur "final" comme cible directe de l'information et même comme acteur, compte tenu des possibilités d'interaction.
Cette évolution s'observe dans le grand public mais aussi dans les entreprises. Les spécialistes de l'information-documentation ne voient pas leur fonction disparaître, au contraire, dans le déferlement d'information sur le Web, mais ils doivent évoluer. Ils deviennent des intermédiaires, des conseils auprès des utilisateurs.
La télématique a été une première avancée fondamentale de ce point de vue. C'est elle qui a permis à un public, de particuliers et de professionnels, d'accéder à de nombreuses bases d'information. Le rôle des données d'origine publique a d'ailleurs été essentiel dans cette évolution.
La diffusion sur le Web, bien plus interactive, va permettre d'adapter les interfaces et les modes d'usage aux différentes catégories d'utilisateurs. Elle représente une contrainte forte pour le responsable de l'édition, parce que le public va devenir de plus en plus exigeant et parce qu'il faut donc assurer en permanence un suivi du service et de son usage.

1.1.4. La synergie des différents supports

A chaque apparition d'un nouveau support, de fausses oppositions apparaissent… entre le papier et l'électronique, entre les bases en ligne et le CD-ROM, entre la télématique et le Web etc.
Or, pour l'essentiel, chaque nouveau support apporte de nouveaux débouchés à l'information et suscite de nouveaux usages. Cet effet est beaucoup plus important que la cannibalisation, même si, à terme, certaines substitutions sont inévitables.
La prolifération des formes de diffusion électronique est liée à la rapidité d'évolution des composants et de l'informatique.
En France, la télématique a été un moyen exceptionnel d'ouverture de banques d'information à un public de particuliers et de petites entreprises. Elle n'a pas supprimé les banques de données dites traditionnelles, qui sont toujours plus importantes pour les publics professionnels gros consommateurs d'information, et qui le demeurent avec le Web. L'arbitrage avec le CD-ROM, quant à lui, est d'ordre économique pour l'éditeur comme l'utilisateur.
La télématique, sous la forme qu'elle a pris en France, est une exception dans le monde. Elle a été rendue possible avant tout par la formule du kiosque. Celle-ci évite à l'éditeur la gestion très lourde d'abonnements et de collecte de petites sommes, mais surtout elle permet la consultation de multiples services sans abonnement et donc l'expansion du marché aux utilisateurs non intensifs.
Le passage au Web apporte de grands avantages en termes de confort d'utilisation, d'ergonomie, de types d'information diffusables. Il supprime cependant, sauf exception, l'avantage du kiosque. Il amène à se poser réellement la question du choix entre service gratuit et service payant, la télématique étant susceptible d'apporter des recettes presque automatiques. En général, les services sur le Web ne peuvent être facturés au temps et l'éditeur public va donc devoir poser la question du paiement, du mode de tarification et de la fixation des prix le cas échéant.
Pendant une longue période, quoi qu'il en soit, des informations peuvent être diffusées sur les différents supports, et en particulier sur Internet et par le Minitel. Les usages et les utilisateurs demeureront différents et il faut suivre leur évolution.
De même, la publication papier d'un document et sa mise, même gratuite, sur le Web sont compatibles et souvent complémentaires. De même que pour la photocopie, il sera souvent préférable pour l'utilisateur de commander le document qu'il aura consulté en ligne plutôt que de l'imprimer - opération longue, coûteuse et donnant des résultats médiocres en qualité d'impression.
Loin de s'opposer, les différentes éditions se renforcent. La numérisation, correctement effectuée, est utilisable pour l'imprimerie comme pour la diffusion en ligne. L'indexation, l'organisation et la gestion de documents sont exploitables partout. La télématique, de ce point de vue, a été une préparation fondamentale au Web. Elle a permis le développement à grande échelle de l'information électronique et donc un investissement et un apprentissage techniques et économiques.
Ainsi faut il aborder avec confiance l'émergence d'un nouveau support. C'est avant tout l'apparition de nouvelles possibilités.

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© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 19/05/1999