Bon vent pour l'industrie nautique française
| Particulièrement
innovante et fortement exportatrice, l'industrie française
de la plaisance a acquis une place de premier plan dans le monde
au cours des dix dernières années. |
L' industrie nautique française a réellement
le vent en poupe. Après avoir connu une période difficile
pendant la première moitié de la précédente
décennie, ce secteur connaît en effet une croissance
soutenue (à deux chiffres pour certaines années) depuis
pratiquement dix ans maintenant. Telle est la conclusion d'une intéressante
étude publiée il y a quelques semaines dans la collection
Le 4 Pages du Sessi.
En 2004, par exemple, le chiffre d'affaires global de la profession
a encore augmenté de 6,8 % (+ 3,9 % pour l'ensemble de l'industrie
manufacturière) pour atteindre le niveau global de 1,3 milliard
d'euros. Conséquence : la construction de bateaux de plaisance
représente désormais un bon quart de l'activité
des chantiers navals dans notre pays, dépassant même
la construction des autres catégories de navires civils tels
que les paquebots, les bateaux de
pêche ou les cargos.
Une embellie durable qui s'explique sans aucun doute par le dynamisme
des exportations françaises qui ont représenté
62 % des ventes du secteur en 2004. Les chiffres parlent d'eux-mêmes
: en dix ans, nos parts sur les marchés étrangers
ont purement et simplement décuplé. Parmi nos principaux
clients, l'Italie arrive en tête (20 %), suivie du Royaume-Uni
(16 %), de l'Espagne (10 %) et de l'Allemagne (4,5 %). Viennent
ensuite les Pays-bas, la Suisse et la Norvège. Hors d'Europe,
les Etats-Unis totalisent 5,8 % de nos ventes à l'étranger.
Loin derrière, mais en net frémissement, la Chine
constitue un marché porteur pour tous les professionnels
de la plaisance française, et notamment dans la perspective
des Jeux olympiques de 2008.
La vitalité de la demande extérieure
Si la vitalité de la demande extérieure ne se dément
pas, le marché intérieur, pour sa part, demeure relativement
atone. En cause : le manque de place dans les ports français.
En effet, la capacité d'accueil à flot est actuellement
estimée à 226 000 places et il faudrait
54 000 places supplémentaires pour satisfaire la demande
des plaisanciers. Or les projets d'extension actuellement à
l'étude (au nombre de 270 environ) ne devraient permettre
de dégager que 30 000 à 34 000 anneaux supplémentaires
d'ici à sept ou huit ans. A noter malgré tout qu'un
aménagement de ports à sec est également envisagé
pour une capacité supplémentaire comprise entre 8
000 et 10 000 places.
Fleuron de l'industrie nautique française, la voile représente
près de 60 % de la production
nationale de bateaux de plaisance dans notre pays. La France reste
leader sur ce segment,
notamment grâce aux bons résultats de plusieurs groupes
spécialisés. Moins sensible à la conjoncture,
la construction de bateaux à moteur connaît également
une forte progression. Autre segment dynamique de ce marché,
celui des bateaux pneumatiques (29 % des ventes mondiales) qui connaît
un essor important grâce à la mise sur le marché
de produits très concurrentiels, robustes, confortables et
faciles à transporter.
Une exception dans ce bilan largement positif : le secteur de la
" grande plaisance " qui connaît un succès
grandissant dans le monde, en Asie et en Russie notamment, mais
sur
lequel la France est relativement peu présente. Avec dix
projets de bateaux d'une longueur moyenne de 43 mètres, elle
se situe seulement au dixième rang mondial sur le plan de
la production même si notre pays se positionne honorablement
sur deux niches importantes : l'entretien de ces gros navires en
Méditerranée et la construction de catamarans de croisières.
Une grande capacité d'innovation
Principal atout de l'industrie nautique en France : sa grande capacité
d'innovation. Depuis 1996, le taux d'investissement y est supérieur
à celui de l'industrie manufacturière. Il s'est
établi à 12 % en 2004. Les dépenses de R&D
représentent, pour leur part, environ 1 % du chiffre d'affaires
de l'ensemble du secteur et concernent un effectif total de 300
personnes. L'effort porte essentiellement sur les procédés
de fabrication qui vont du traditionnel à la fabrication
en série. Innovation également dans le domaine des
matériaux avec le développement de l'aluminium mais
aussi des composites : 90 % des coques sont réalisées
en fibre de carbone, aramide ou en kevlar polyéthylène
pour allier légèreté et sécurité.
Pour les
carènes, le polyester demeure de rigueur, toujours dans le
souci de diminuer le poids du bateau et d'économiser ainsi
l'énergie consommée. Enfin, l'électronique
et l'informatique
complètent de plus en plus souvent l'équipement des
bateaux de plaisance.
Tous ces développements technologiques se sont accompagnés
d'un accroissement sensible du niveau de l'emploi et la main-d'oeuvre
dans l'ensemble du secteur. Le nombre des salariés est ainsi
passé de 4 000 en 1997 à près de 10 000 en
2004. Plus de la moitié d'entre eux sont des ouvriers qualifiés
à 58 % et 11 % ont moins de 25 ans. L'emploi salarié
féminin représente un
salarié sur quatre. Démographie oblige, l'industrie
nautique devrait être confrontée dans les années
à venir à une importante vague de départs à
la retraite. Un phénomène qui devrait donc se traduire
par de nombreux recrutements dans un secteur dans lequel les vents
semblent souffler dans la bonne direction pour longtemps encore.

Une industrie respectueuse de son environnement
Sous l'impulsion de la réglementation, et en particulier
de plusieurs directives européennes, de nombreuses entreprises
françaises du secteur nautique ont intégré
des technologies de fabrication propres. Citons la mise en place
de techniques de vernissage sans polyuréthane, l'utilisation
de matériaux non polluants (des résines à
basse émission de composants volatils par exemple), le
développement de nouveaux procédés tels
que l'injection ou encore le traitement des déchets par
la création d'un système de tri sélectif.
Très attentive au développement durable de la
plaisance et au respect de l'environnement, la FIN (Fédération
des industries nautiques) a lancé deux opérations
sur ce thème :
- la création d'un " label bleu " réservé
aux bateaux qui ne rejettent pas d'eaux noires. Pour mériter
ce label, ils devront se munir, outre les bacs de rétention,
de toilettes chimiques et d'un système de traitement
des eaux usées ;
- l'organisation d'un concours du " bateau bleu ",
destiné à stimuler les innovations en matière
de conception et de fabrication propres.
Parallèlement à ces deux actions, la FIN est partie
prenante dans un projet, dit BPHU, de recyclage des bateaux
de plaisance hors d'usage, qui est mis en oeuvre par l'Ademe
avec le soutien du ministère délégué
à l'Industrie et du ministère de l'Equipement.
Une filière industrielle de déconstruction labellisée
et éco-responsable devrait ainsi voir le jour prochainement.
En 2005, le volume de matériaux à traiter s'élevait
à 5 000 tonnes et il devrait atteindre 20 000 tonnes
à l'horizon 2015.
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L. C./Photos : G. Beauvais/Beneteau
A lire
- Les bateaux de plaisance : cap sur la croissance par Anne Boniou
et Roger Trémaré,
- Le
4 Pages du Sessi, n°214 - Février2006 (pdf)
Source : n° 113 avril 2006
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