Le projet de loi sur la gestion des matières radioactives
| Le projet de loi
relatif à la gestion des déchets radioactifs en
discussion à l'Assemblée nationale permettra de
progresser vers une solution pérenne des problèmes
posés par ce type de matières. |
Adopté par le Conseil des ministres du 22
mars dernier et déposé l'après-midi même
sur le bureau
de l'Assemblée nationale, le projet de loi de programme relatif
aux matières et déchets radioactifs marque sans aucun
doute une étape décisive vers la mise en place de
solutions de gestion sûres à long terme pour les déchets
à haute activité et à vie longue. Représentant
15 % environ de la totalité des déchets radioactifs
existants, ils sont en effet actuellement entreposés dans
des installations de surface sûres - elles sont situées
à La Hague, Marcoule et Cadarache - mais qui n'ont pas été
conçues pour un stockage à long terme.
" D'où la nécessité de cette loi,
a rappelé François Loos, ministre délégué
à l'Industrie, lors de la
conférence de presse organisée à cette occasion,
qui permettra de conserver en toute sécurité,
c'est-à-dire en protégeant la santé des personnes
et en préservant l'environnement, des matières dont
la radioactivité peut durer des centaines de milliers d'années.
" Reposant sur les conclusions et les évaluations des
nombreux travaux de recherche qui ont été conduits
dans notre pays depuis la loi d'orientation de 1991, le texte dont
la discussion s'est engagée le 6 avril dernier à l'Assemblée
nationale s'ordonne autour de quatre idées essentielles :
l'institution d'un plan national de gestion des déchets,
la fixation d'un calendrier de mise en oeuvre des travaux de recherche
complémentaires, le renforcement des systèmes d'évaluation
et d'information actuellement en place et la pérennisation
du mode de financement de l'ensemble du dispositif.
www.loi-dechets-radioactifs.industrie.gouv.fr
Entièrement dédié au projet de loi de programme
sur la gestion des matières et des déchets nucléaires,
un site internet vient d'être mis en place à Bercy.
Il permet de consulter facilement, à partir d'une page
unique, l'ensemble des rapports, avis, comptes rendus qui ont
servi à l'élaboration du projet de loi du gouvernement
au cours des derniers mois. Il permettra
également de suivre les travaux parlementaires pendant
toute la durée du débat jusqu'à l'adoption
de la loi.
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1 - Le plan national de gestion des déchets
radioactifs
Conformément à la recommandation de
nombreux participants au débat public préalable à
l'élaboration du projet de loi qui avait été
organisé de septembre 2005 à janvier 2006 dans toute
la
France par la Commission nationale du débat public, le gouvernement
a souhaité étendre le champ d'application de son texte
à l'ensemble des substances radioactives issues des activités
nucléaires, c'est-à-dire les déchets provenant
des centrales électriques mais aussi les sources scellées
utilisées dans la radiographie industrielle ou la médecine,
les déchets d'origine militaire, les résidus des mines
d'uranium et les anciens paratonnerres au radium
Le plan du gouvernement repose sur trois principes majeurs :
- tout d'abord réduire la quantité et la nocivité
des déchets radioactifs en traitant les combustibles
nucléaires usés afin d'en recycler le plus gros volume
possible dans les centrales électriques,
- ensuite entreposer temporairement en surface dans des matrices
robustes et stables les
déchets qui ne peuvent être recyclés,
- enfin, stocker en couche géologique profonde, de manière
réversible pendant une première
période, les déchets ultimes qui ne pourront pas être
conservés définitivement en surface ou en
faible profondeur.
Dans la même optique, l'interdiction de stocker des déchets
étrangers en France se trouve confirmée et la législation
sur le sujet renforcée. Elle prévoit notamment que
toute opération
de traitement de déchets radioactifs ou de combustibles usés
réalisée sur notre territoire pour
le compte d'un pays étranger sera encadrée par un
accord intergouvernemental fixant précisément
une durée limitée pour la présence de ces matières
sur notre sol.
2 - Le programme de recherche complémentaire
" Loin de s'opposer, indique François Loos, les trois
axes contenus dans le plan national de
gestion sont complémentaires. Chacun a son utilité
mais pas au même moment ni pour les
mêmes déchets. " D'où le calendrier arrêté
par le gouvernement qui tient compte du degré de
maturité actuel de chacune de ces différentes techniques.
Ainsi l'entreposage est aujourd'hui
déjà une réalité industrielle même
s'il est encore possible de procéder à certaines améliorations.
Quant au stockage en couche géologique profonde, il est considéré
aujourd'hui par les différents
organismes chargés de l'évaluation des recherches
comme la solution technique de référence. Quelques
années sont encore toutefois nécessaires à
l'Andra pour terminer les études, choisir un site précis
et déposer une autorisation de construction.
Enfin, la transmutation ne peut être aujourd'hui qu'un objectif
de long terme dans la mesure
où il est nécessaire, avant de pouvoir la mettre en
uvre industriellement, de développer une nouvelle génération
de réacteurs nucléaires susceptibles de recycler davantage
de combustible
et de réduire ainsi le volume des déchets radioactifs
ultimes. Mise en service prévue d'un prototype : le début
de la décennie 2020.
3 - Le renforcement des procédures d'évaluation
et d'information
Si la recherche scientifique est nécessaire pour avancer
dans la gestion des déchets radioactifs,
elle n'est pas suffisante. Il faut également perpétuer
- et même renforcer - les dispositifs d'évaluation,
d'information et de concertation qui ont été mis en
place depuis quinze ans. C'est
dans cet esprit que le texte de loi proposé par le gouvernement
prévoit une mise à jour régulière
aussi bien du plan national de gestion que de l'inventaire des déchets
radioactifs.
Dans la même optique, la Commission nationale d'évaluation
voit son indépendance réaffirmée,
sa composition élargie et ses prérogatives renforcées.
Même démarche vis-à-vis du Comité local
d'information et de suivi qui devra s'adresser au
grand public davantage que par le passé et dont la présidence
sera désormais assurée par le
président du conseil général concerné.
Enfin, le projet de loi prévoit que le choix du futur site
de stockage des déchets ne pourra être autorisé
que par un décret du Premier ministre après avis de
l'Autorité de sûreté nucléaire.
Des débats et enquête publics ainsi qu'une consultation
des collectivités territoriales concernées
devront également être organisés. A noter que,
dans le cas où les études menées au cours des
années à venir mettraient en évidence la moindre
difficulté d'ordre technique, le système d'entreposage
continuerait à jouer son rôle actuel aussi longtemps
que nécessaire.
4 - Le financement de l'ensemble du dispositif
S'agissant du financement des dispositions prévues par la
loi, le projet du gouvernement précise deux points :
- les travaux de recherche concernant la gestion des déchets
radioactifs et les actions de développement économique
des départements concernés par la recherche sur le
stockage seront financés par deux taxes additionnelles acquittées
par tous les exploitants d'installations nucléaires;
- les charges liées à la gestion des déchets
radioactifs et au démantèlement des centrales nucléaires,
qui font actuellement l'objet de provisions dans les comptes des
industriels du
nucléaire, et notamment d'EDF, devront être couverts
par des actifs sûrs et liquides.
" En réalité, a indiqué François
Loos, le coût prévisionnel des déchets est
déjà dans le prix actuel de l'électricité.
Bien gérées, les sommes ainsi collectées permettront
de financer, le moment venu, ces charges de long terme. Ce n'est pas
à l'Etat de le faire mais aux producteurs de déchets
eux-mêmes ".
D.W./ Photos : EDF, Areva, Cogema
Source : n° 113 avril 2006
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