Les performances des groupes français et étrangers
| Une récente
étude du Sessi montre que les filiales des groupes industriels
français réalisent des performances comparables
aux filiales de groupes industriels étrangers implantés
sur notre territoire. |
Comment définir la notion de groupe dans le
monde économique ? Pour le Sessi (Service des études
et des statistiques industrielles) du ministère de l'Economie,
des Finances et de l'Industrie, il s'agit d'"un ensemble
de sociétés juridiquement autonomes les unes par rapport
aux autres, dépendant d'une même société,
appelée tête de groupe, qui gère ses participations
dans chacune de ces entreprises". Et, selon Le 4 Pages
du Sessi (n° 216) publié le mois dernier, c'est aujourd'hui
le mode d'organisation adopté par 59 % des entreprises de
plus de 20 salariés appartenant au secteur manufacturier
hors agroalimentaire localisées sur le territoire français
: 43 % font partie d'un groupe dont la holding de tête est
basée en France et 16 % d'un groupe dont la holding se situe
dans un pays étranger. "Au-delà d'un effectif
total supérieur à 500 salariés, précise
même l'étude, il n'y a quasiment plus de sociétés
indépendantes n'appartenant à aucun groupe."
Constate-t-on alors des différences de performances selon
que les entreprises appartiennent à un groupe français
ou étranger ? " En fait, précisent les
auteurs, ce qui modifie sensiblement la perspective, quelle que
soit la nationalité - française ou étrangère
- du groupe, c'est sa dimension internationale." C'est-à-dire
le fait qu'il compte des filiales implantées dans plusieurs
pays différents au lieu d'un ou deux seulement.
Les entreprises appartenant à des groupes de dimension internationale
d'abord. " Représentant environ 30 % du total des
entreprises industrielles françaises, peut-on lire dans
le bulletin intitulé " Pas de frontières pour
les groupes performants ", elles réalisent 80 % de
la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière française
et 93 % de son chiffre d'affaires à l'exportation."
Explication : les taux de marge ainsi que les niveaux de productivité
sont globalement plus élevés dans ces entreprises
" internationales " que dans les autres et une partie
importante de leurs exportations s'effectuent en direction des autres
filiales étrangères du groupe dont elles font partie.
Un chiffre significatif : 70 % des exportations intragroupe des
sociétés internationalisées présentes
sur le sol français sont destinées à être
revendues en l'état dans le pays de
destination. Autre facteur important : les sociétés
industrielles des groupes internationalisés sont davantage
présentes dans les secteurs de haute ou de moyenne technologies.
Elles
réalisent ainsi plus de 90 % de la valeur ajoutée
nationale dans des domaines comme la
pharmacie, la parfumerie et les produits d'entretien. A l'inverse,
dans le domaine du cuir
ou de l'habillement où les groupes d'origine française
(voire les sociétés indépendantes)
restent largement majoritaires, leur poids dans la valeur ajoutée
de l'ensemble du secteur reste nettement inférieur à
50 %.
Une différence de stratégie de marché
Dernier aspect : le niveau de qualification des salariés.
Il est plutôt plus élevé dans les
entreprises appartenant à des groupes internationalisés
où l'on compte davantage de cadres et de techniciens supérieurs
que dans les autres entreprises industrielles. " En fait, expliquent
les auteurs du 4 Pages, la différence essentielle entre
les entreprises appartenant à des groupes internationalisés
français et celles qui appartiennent à des groupes
étrangers tient à leur stratégie de marché.
" Plus proches géographiquement de la holding de
tête, les entreprises " françaises " sont
davantage tournées vers les marchés étrangers
et la part des exportations directes dans leur chiffre d'affaires
s'avère supérieure à celle des filiales de
groupes " étrangers " qui ont surtout vocation
à prendre position sur le marché français.
D'où un niveau d'importations plus élevé et
des activités de négoce relativement importantes.
Autre différence significative : les filiales de groupes
français ont davantage recours à la sous-traitance
que les filiales de groupes étrangers.
Quant aux sociétés de dimension nationale implantées
sur notre territoire et appartenant à un groupe, français
ou étranger, elles présentent dans l'ensemble des
niveaux de performances
équivalents. Tout d'abord, elles réalisent une part
relativement faible de leur activité en qualité de
sous-traitants (10 % de leur chiffre d'affaires pour les groupes
étrangers, 8 % pour les groupes français) mais surtout
le niveau moyen de qualification de leur personnel est comparable
même si l'on remarque que les filiales des groupes français
internationalisés emploient davantage d'ingénieurs
et de cadres techniques que les filiales des groupes étrangers
qui comptent, elles, davantage de cadres administratifs ou commerciaux.
Conséquence : les rémunérations offertes à
leurs salariés se situent à des niveaux tout à
fait voisins qui sont fonction de la taille de l'entreprise considérée
: 25 000 euros par tête pour les
plus petites filiales, 28 000 euros pour celles comprenant entre
500 et 2 000 salariés et 32 000 euros pour les filiales dépassant
10 000 salariés. Des montants cependant inférieurs
à ceux pratiqués dans les groupes internationalisés.
Enfin troisième catégorie : les entreprises indépendantes
implantées sur le territoire français. Soit 41 % des
entreprises industrielles de plus de 20 salariés. Pour elles,
l'ouverture vers l'étranger constitue toujours l'indice d'un
bon
niveau de performances. Ainsi l'étude du Sessi montre que
les sociétés hors groupes fortement
exportatrices présentent des résultats finalement
assez proches des filiales de groupes français aussi bien
en termes de productivité du travail que de taux de marge,
de structure de qualification ou de niveau de rémunération.
Les groupes étrangers en France
L'économie française est plus ouverte aux capitaux
étrangers que celle des pays voisins. Telle est la conclusion
principale d'une étude réalisée récemment
par l'Insee et publiée en mars dernier dans la collection
Insee Première : " Au cours des dix dernières
années, peut-on
lire dans ce document, les groupes étrangers ont pratiquement
doublé leur présence sur le territoire français
en terme d'effectifs. Fin 2003, leurs filiales employaient 1,9
million de personnes. Soit un salarié sur sept, hors
secteur financier et administration. C'est davantage qu'en Allemagne,
au Royaume- Uni ou aux Pays-Bas. "
Principaux investisseurs étrangers en France : les Etats
membres de l'Union européenne et les Etats- Unis qui
regroupent 90 % des effectifs travaillant dans des filiales
d'entreprises étrangères. A noter que la présence
étrangère en France reste d'abord industrielle
: le secteur
manufacturier (y compris l'énergie) concentre en effet
la moitié des effectifs concernés. Autre chiffre
significatif : entre 1993 et 2003, les groupes étrangers
ont encore élargi leur présence en augmentant
d'un bon tiers le nombre de leurs salariés travaillant
en France. Dans le domaine des services où leur poids
est encore faible, ils progressent beaucoup plus vite : le nombre
d'emplois sous contrôle étranger y a été
multiplié par 3,7 pendant la même période.
Au total, c'est environ 9 000 sociétés qui sont
passées ainsi sous contrôle étranger depuis
la fin de l'année 1994.
A lire :
-Les groupes étrangers en France, par Jean-William Angel
et Virginie Régnier.
-Insee Première, n° 1 069.
Téléchargeable sur : www.insee.
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A lire
- Pas de frontières pour les groupes performants, par Jean-Marie
Chanut et Elisabeth Kremp.
- Le 4 Pages du Sessi, n° 216 - Avril 2006.
C.R.
Source : n° 114 mai 2006
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