La lutte anti-contrefaçon
| Environ 10 %
du commerce mondial. La contrefaçon est aujourd'hui un
véritable fléau économique que le gouvernement
est bien décidé à combattre par tous les
moyens. |
La lutte anti-contrefaçon continue. A l'occasion
d'un déplacement officiel en Chine, Jean-François
Copé, ministre délégué au Budget et
à la Réforme de l'Etat, a visité le 10 mars
dernier à Pékin les locaux d'une unité de lutte
anti-contrefaçon mise en place récemment par le gouvernement
chinois. La veille, le même thème figurait à
l'ordre du jour d'un dîner de travail avec les ministres chinois
concernés - les Douanes et le Commerce - en présence
d'un représentant de la Commission européenne et d'une
délégation d'industriels français. Un dossier,
on le voit, auquel le gouvernement est décidé à
accorder une attention extrême tout au long de cette année
2006 et pour lequel un plan d'action précis a été
arrêté.
Présenté par François Loos, ministre délégué
à l'Industrie, lors d'un important colloque sur
le sujet, intitulé " Le diagnostic avant l'action ",
qui s'est tenu à l'Assemblée nationale le 15
novembre 2005, il prévoit une série de mesures destinées
à enrayer le développement d'un
phénomène largement préjudiciable à
l'emploi et à la compétitivité de notre économie.
" Dans une économie de la connaissance, l'innovation
constitue une source d'avantages
concurrentiels réels, a rappelé ce jour-là
François Loos. En s'appropriant de manière indue
les efforts de créativité de certaines entreprises,
la contrefaçon porte atteinte au coeur même de leurs
capacités de création de valeur. "
Un défi majeur pour l'économie occidentale
Aujourd'hui, en tout cas, le constat est unanime
: la contrefaçon constitue un défi majeur pour les
économies développées en général
et pour l'économie française en particulier. Dans
le monde entier, le commerce des produits contrefaits représente
désormais environ 10 % du commerce mondial. Soit 200 milliards
d'euros au moins. En France, les saisies douanières
ont atteint en 2005 le chiffre total de 5,6 millions d'articles
(+ 60 % par rapport à l'année précédente)
et on estime que la contrefaçon est responsable chaque année
de la perte de
30 000 emplois dans notre pays.
La raison ? Longtemps limitée aux produits de luxe, la contrefaçon
touche aujourd'hui un grand nombre de produits de consommation courante
: le textile, l'habillement, les jouets, les
médicaments, les cosmétiques, les produits alimentaires
et même les pièces détachées pour
automobiles. Enfin, les zones de production et de commercialisation
sont de plus en plus nombreuses. Aux régions traditionnelles
de l'Asie du Sud-Est et du bassin méditerranéen, viennent
désormais s'ajouter certains pays de l'Europe centrale et
orientale.
Autre phénomène avéré : l'implication
de nombreux réseaux criminels ou mafieux dans le trafic de
produits contrefaits.
Bref, on comprend la volonté du gouvernement de s'attaquer
résolument à ce fléau économique. De
quelle manière ? Après le renforcement des sanctions
pénales (jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 500
000 € d'amende pour la contrefaçon en bande organisée)
intervenu avec la loi du 9 mars 2004, il entend poursuivre maintenant
son action. Sur le plan national tout d'abord, un projet de loi
actuellement en préparation visant à transposer en
droit français la directive européenne du 29 avril
2004 relative à la défense de la propriété
industrielle permettra de mieux indemniser les entreprises victimes
d'un délit de contrefaçon. Les juges pourront en effet
désormais prendre en compte l'ensemble des aspects du préjudice
subi, et notamment le manque à gagner, les bénéfices
indûment réalisés ou même le préjudice
moral.
Autres dispositions importantes : la création d'un pôle
juridictionnel spécialisé dans les litiges en matière
de propriété intellectuelle et la mise en place d'une
formation spécifique en direction des magistrats qui y siégeront.
Pour le reste, les services concernés au sein du ministère
de l'Economie, des Finances et de
l'Industrie, la DGCCRF et la Douane notamment, seront invités
à multiplier les opérations
de contrôle. Ainsi les foires et marchés feront l'objet
d'une surveillance accrue tandis que le
ciblage du fret aérien sera renforcé. A noter que
l'Inpi et l'Afnor mettront également à la disposition
des chefs d'entreprise une série de documents permettant
de faciliter le repérage
des produits contrefaits circulant sur le marché.
Une harmonisation des sanctions pénales
au sein de l'Union européenne
Sur le plan international ensuite, la France est
décidée à soutenir le projet d'harmonisation
des
sanctions pénales visant la contrefaçon lancé
récemment par la Commission de Bruxelles qui participe également
de manière active aux discussions engagées sur le
sujet au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Un réseau
d'experts couvrant aujourd'hui 75 pays a été
mis en place dans les missions économiques de la France à
l'étranger. De même, notre pays entend renforcer la
politique de coopération bilatérale qu'il conduit
régulièrement depuis quelques années avec de
nombreux pays : la Belgique avec laquelle un accord a été
signé
en octobre dernier, l'Italie, la Russie et la Chine.
Autant d'actions qui seront complétées par un projet
de loi relatif à la défense des droits de propriété
intellectuelle qui sera bientôt présenté au
Parlement et par une campagne de sensibilisation en direction des
entreprises et notamment des PME.
Actuellement en cours de rédaction dans les services de la
Direction générale des entreprises à Bercy
en liaison avec les fédérations professionnelles,
un guide pratique intitulé " Les
entreprises et la défense des droits de propriété
intellectuelle " fera bientôt l'objet d'une large
diffusion par le Comité national anti-contrefaçon.
Une campagne de communication
Contrefaçon : non merci. Telle est la signature de la
campagne de sensibilisation au phénomène de la
contrefaçon lancé en direction du grand public
par le ministère de
l'Economie, des Finances et de l'Industrie au début du
mois d'avril avec l'appui de l'Inpi et du
Comité national anti contrefaçon (Cnac) : lors
d'une enquête réalisée par l'Ifop en juin
2005, 35 % de nos compatriotes ont en effet reconnu avoir déjà
acheté un produit contrefait.
Présentée le 3 avril dernier à Bercy par
François Loos, cette campagne comprend un site internet
www.nonmerci.com informatif et ludique rappelant les enjeux,
les méfaits et les risques de la contrefaçon tant
sur le plan de la santé que sur celui de la sécurité.
Il suffit de penser aux cigarettes de contrebande ou aux faux
médicaments
Un numéro indigo (0,09 € ttc la minute), 0 820 22
26 222, a également été mis en place tandis
qu'une exposition itinérante, intitulée "
Contrefaçon sans façon ", qui avait été
présentée en
novembre dernier à l'Assemblée nationale, circulera
dans plusieurs villes de France.
Conçue par le Cnac, l'Union des fabricants et l'Inpi,
elle révèle les différents circuits de
la
contrefaçon, décrit les secteurs les plus touchés
et donne à voir nombre de produits copiés avec
leurs originaux.
Enfin, une série de spots publicitaires simples et pédagogiques
d'une durée de 15 secondes ont été diffusés
sur l'ensemble des chaînes hertziennes jusqu'au début
du mois de juin. Ils visaient à inciter nos concitoyens
à renoncer à l'achat de produits contrefaits.
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F. P-C
Source : n° 114 mai 2006
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