Les aspects matériels de la stratégie des entreprises
| Un nombre important
de chefs d'entreprise place désormais des éléments
tels que la communication, l'innovation, la R&D ou la propriété
intellectuelle au coeur de leur stratégie économique. |
Co m m u n i c a t i o n , i n n o v a t i o n ,
recherche-développement (R&D) ou protection de la propriété
intellectuelle
la stratégie de la plupart des entreprises
repose désormais en grande partie sur des composantes "
immatérielles ". Telle est la conclusion essentielle
de l'enquête intitulée " Moyens et méthodes
de gestion de l'immatériel ", réalisée
à la fin de l'année 2005 par les services de l'Insee
Pays de la Loire et du Sessi auprès d'un échantillon
de 20 000 sociétés françaises appartenant à
des secteurs aussi divers que l'industrie, le commerce, les services,
la construction et les transports. « En effet, peut-on
lire dans
Le 4 Pages du Sessi*
qui en présente les principaux
résultats, près de la moitié des sociétés
interrogées ont aujourd'hui mis en place un dispositif de
gestion explicite d'au moins une composante immatérielle
de leur activité. »
Un élément de réflexion intéressant
pour les membres de la Commission mise en place il y a quelques
semaines à Bercy par Thierry Breton, ministre de l'Economie,
des Finances et de l'Industrie, et chargée d'évaluer
les perspectives offertes à terme par le développement
de l'économie de l'immatériel dans notre pays.
Autre idée importante contenue dans cette étude :
les comportements des entreprises engagées dans une même
politique de l'immatériel varient relativement peu selon
la taille et le secteur d'activité. De tous les éléments
composant leur stratégie, la communication publicitaire est
naturellement le plus répandu. C'est ainsi que près
de 40 % des TPE (moins de 10 salariés) déclarent disposer
d'un budget marketing et mettre en oeuvre au moins une action de
communication tandis que 95 % des grandes entreprises (plus de mille
salariés) affirment avoir largement recours aux techniques
publicitaires pour favoriser le développement de leur activité.
A cette fin, elles utilisent indifféremment, et dans des
proportions comparables, aussi bien les insertions dans les médias
(presse, audiovisuel, affichage, internet) que les actions dites
hors média comme le sponsoring, le mécénat
ou la participation à des campagnes collectives. Accroître
la notoriété de leur marque, lancer de nouveaux produits
ou moderniser l'image de l'entreprise
telles sont les raisons
majoritairement avancées par les dirigeants des entreprises
de plus de 250 salariés pour justifier le montant de leurs
investissements publicitaires.
En fait, si la moitié des entreprises déclarent consacrer
environ 1 % de leur chiffre d'affaires à la communication,
un quart des grandes entreprises du commerce disposent d'un budget
supérieur à 3 %. Pour certaines entreprises de services,
ces dépenses représentent même plus de 9 %.
A noter enfin que plus de 60 % des entreprises affirment mesurer
l'efficacité de leurs dépenses publicitaires au moyen,
selon les cas, d'un indicateur de notoriété, d'un
calcul de retour sur investissement ou d'un système de comparaison
avec les actions conduites par les entreprises concurrentes.
Innovation, recherche et propriété
industrielle
Après la publicité, l'innovation. Entre
2002 et 2004, une entreprise de plus de dix salariés
sur cinq déclare avoir innové. Sur ses produits, ses
procédés, son marketing ou son organisation. Toutefois,
les innovations portent essentiellement sur les produits (80 % des
cas) et sur les procédés (50 %), celles portant sur
le marketing ou l'organisation ne concernent qu'un tiers des entreprises.
Seules 5 % des entreprises, essentiellement les plus grandes, considèrent
avoir mis en oeuvre une véritable innovation de rupture.
En fait, pour plus de 75 % des entreprises, les innovations visent
à répondre à des demandes particulières
exprimées par des clients. Autres raisons le plus souvent
évoquées par les entreprises de plus de 250 salariés
: se positionner sur un nouveau marché, contrer la concurrence
ou encore exploiter des opportunités offertes par la R&D.
Pour trois entreprises innovantes sur cinq, les innovations ont
eu un impact positif sur leurs parts de marché au cours des
trois dernières années. Et un quart des entreprises
de moins de 250 salariés estiment que les produits innovants
commercialisés au cours de l'année 2003 ont contribué
à la réalisation de 15 % de leur chiffre d'affaires
(10 % seulement pour les entreprises de plus de 250 salariés).
Troisième composante de la politique immatérielle
des entreprises : la R&D. Près de 85 % des entreprises
actives dans le domaine de la recherche et développement
ont innové au cours des trois dernières années.
Mais à peine 30 % des entreprises innovantes ont une activité
de R&D en France. C'est que la R&D est surtout le fait des
grandes entités même s'il existe une population de
petites entreprises de services très dynamiques en la matière.
La mise
en place de projets R&D à long terme concernent essentiellement
l'industrie et les services
: plus de la moitié des entreprises déclarent y consacrer
un budget inférieur à 4 % de leur chiffre d'affaires.
Seules 10 % d'entre elles atteignent un pourcentage supérieur
à 10 %. Ces chiffres s'expliquent par le fait que les bureaux
d'études techniques et les sociétés de services
spécialisées dans l'informatique considèrent
que leur activité économique s'apparente en partie
à une activité de recherche.
L'engagement des chefs d'entreprise dans la R&D traduit d'abord
une volonté d'assurer une réputation d'excellence
à leur entreprise avant celle de maintenir un rythme élevé
d'innovation ou d'acquérir de nouvelles compétences
face à des mutations techniques.
Enfin, en ce qui concerne la protection de la propriété
intellectuelle, 12 % seulement des entreprises interrogées
s'y impliquent sous la forme soit de la possession d'une marque,
soit du dépôt de brevets ou encore de la gestion de
droits d'auteurs. Mais une telle politique est surtout conduite
par les grandes entreprises.
Parmi celles qui comptent plus de mille salariés, 90 % possèdent
en effet au moins une marque, 70 % utilisent au moins une forme
de protection de l'innovation (dépôt d'un brevet, d'un
dessin, d'un modèle ou la forme simplifiée que constitue
l'enveloppe Soleau) et 30 % sont titulaires de droits d'auteurs.
Au total, une grande entreprise sur cinq est active dans l'ensemble
des domaines de la
propriété industrielle. Pour les entreprises de moins
de 10 salariés, c'est le dépôt de dessins
ou de modèles qui constitue la forme de protection la plus
répandue : 10 % des entreprises contre 7 % pour le dépôt
d'une enveloppe Soleau et 1 % pour le dépôt d'un brevet.
En fait, un tiers des entreprises déclarent protéger
leurs innovations pour en tirer des revenus.
Il peut s'agir également de dissuader les imitations ou d'améliorer
la position de l'entreprise
au sein d'un partenariat. A l'inverse, les entreprises qui ne se
protègent pas justifient leur choix pour des raisons de secret,
d'inefficacité ou de coût de la protection juridique.
Autre argument souvent évoqué : l'inadéquation
de leurs innovations aux nécessités de la propriété
intellectuelle.
Le temps de l'immatériel
Afin de permettre à la France d'être, d'ici à
cinq ans, le pays européen le mieux préparé
à affronter la nouvelle donne économique, Thierry
Breton a indiqué, le 6 juillet dernier, lors d'une conférence
de presse qui s'est tenue à Bercy, les trois défis
que l'économie française doit se préparer
à relever.
Outre le défi démographique (faire passer de 40
% à 50 % le taux d'emploi des seniors) et le défi
énergétique (réduire de 10 % notre intensité
énergétique), il a cité le défi
de l'immatériel. Pour le ministre, il est indispensable
d'accroître d'ici à 2010 la place de l'immatériel
dans la création de valeur dans l'emploi d'au moins 5
%. « Dans l'économie post-industrielle, a-t-il
indiqué, la création de valeur passe en effet
par la valorisation de la connaissance, du savoir et de l'image.
Autant d'actifs immatériels dont la maîtrise devient
déterminante. »
Lancée au début de l'année 2006, la mission
Levy-Jouyet rendra son rapport à la rentrée. Il
apportera sans aucun doute de nombreuses pistes pour favoriser
le développement de l'économie de l'immatériel
en France.
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Moyens et méthodes de gestion de l'immatériel. Le
4 Pages du Sessi numéro 217, mai 2006
L.C.
Source : n° 115 juin - juillet 2006
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