Les entreprises françaises et l’innovation
Lancée en 2005 auprès de 2 500 entreprises de
plus de dix salariés, l'enquête communautaire sur
l'innovation (CIS4) a permis d'établir le profil des entreprises
innovantes en France.
Un quart des entreprises françaises innovent. Mais que sait-on
de ces entreprises innovantes ? Et quelles sont les innovations dont
elles sont porteuses ? Une enquête, réalisée par
le Sessi pour le compte de l'Union européenne publiée
en août dernier, nous livre un portrait « statistique » de
ces fers de lance de la croissance économique.
On y apprend
ainsi que plutôt moyennes ou grandes, elles réalisent
60 % du chiffre d'affaires de l'ensemble des secteurs et que leurs
innovations portent davantage sur les procédés que sur
les produits. A noter que si on inclut les innovations d'organisation
ou de commercialisation, c'est près de la moitié des
entreprises qui se déclarent innovantes en France.
Les entreprises
de l'industrie manufacturière figurent parmi
les plus innovantes, avec celles de la banque et de l'assurance. Arrivent
ainsi en tête de liste
les secteurs de la recherche et du développement (84 % d'entreprises
innovantes) et de la pharmacie-parfumerie-entretien (64 %). Ils devancent
les composants et les équipements électriques et électroniques
(respectivement 54 % et 53 %) et l'automobile (52 %). En queue de peloton,
les entreprises de la construction, du commerce et des activités
immobilières (entre 16 % et 20 %).
Sans grande surprise, l'étude
relève que « les
entreprises innovantes sont davantage tournées vers l'international
que les autres ». Ainsi, entre 2002 et 2004, elles ont réalisé 47
% de leurs ventes de biens et services sur les marchés étrangers
contre 19 % pour les entreprises non innovantes.
Leur part du marché national
(hors local) est quasi similaire (respectivement 25 % et 21 %).
Fait
remarquable : l'internationalisation des entreprises innovantes n'est
pas liée à leur taille : quand elles innovent,
les entreprises de moins de 50 salariés exportent presque autant
que les entreprises plus importantes.

Quelles sont les motivations de ces entreprises innovantes ?
Près de 60 % espèrent conquérir de nouveaux marchés,
améliorer la qualité de leurs biens et services ou encore
renouveler la gamme de leurs produits. La conquête
de nouveaux marchés et le renouvellement de gamme priment dans
l'industrie hors énergie et les services aux entreprises tandis
que l'effet qualité prévaut dans les autres secteurs.
Quant aux innovations de procédés, leur avantage est
de réduire les coûts unitaires de production, d'augmenter
les capacités de production et d'accroître la flexibilité de
la fourniture de services.
Point commun à la quasi-totalité des
entreprises innovantes: la R&D. Deux entreprises
sur trois de cette catégorie font
de la recherche, en interne ou en externe. Elles y consacrent en moyenne
1,6 % de leur chiffre d'affaires.
Championnes toutes catégories:
les entreprises de l'industrie non alimentaire (31 %) qui affectent
2,3 % de leur chiffre d'affaires à la
R&D, celle-ci étant réalisée en interne (29
%).
« Les secteurs industriels les plus en pointe dans ce domaine,
souligne l'étude du Sessi, comptent parmi les plus innovants
: pharmacie-parfumerie-entretien, composants et équipements électriques
et électroniques, automobile, combustibles ou carburants. »
Innove-t-on seul ou en groupe ?
Plutôt en groupe, selon l'enquête. En effet, 38 % des
entreprises innovantes en produits ou en procédés coopèrent
pour innover, le plus souvent avec des partenaires localisés
en France (36 %) ou avec leurs fournisseurs (26 %). C'est d'ailleurs
avec ces derniers que la coopération est perçue par les
entreprises comme la plus profitable, comme celle qui se réalise
avec les entreprises appartenant au même groupe
ou au même réseau d'enseignes.
L'absence de partenaire
ne constitue pas, en revanche, un frein à l'innovation.
L'obstacle
est souvent d'ordre financier. Qu'elles innovent ou non, six entreprises
sur dix déclarent avoir rencontré des difficultés
pour monter leur projet. Nombre d'entre elles (40 % des entreprises
innovantes) avancent les problèmes liés au manque de
moyens financiers et aux coûts de l'innovation trop élevés.
Autres facteurs fréquemment évoqués : l'incertitude
sur la demande du marché ou encore l'insuffisance de personnel
qualifié.
La solution consiste à rechercher un financement
spécifique.
Entre 2002 et 2004, 20 % des entreprises innovantes ont reçu
un soutien financier public d'origine locale, nationale ou européenne
: subventions, avances remboursables, crédits d'impôt… « Ces
mécanismes de soutien sont plus répandus dans l'industrie
où 36 % des entreprises innovantes, surtout les grandes entreprises,
en bénéficient », indique le Sessi. La banque,
l'assurance et le commerce figurent parmi les secteurs les moins aidés,
de même
que les services aux particuliers et les transports. Les aides des
organismes nationaux profitent surtout à l'industrie,
les fonds européens aux grandes entreprises tandis que les aides
locales sont essentiellement destinées aux services aux particuliers
ou aux petites structures.
L'absence de financement ne bloque cependant
pas le processus d'innovation, surtout dans les plus grandes entreprises
puisque 53 % des entreprises de 250 salariés et plus innovent
sans aucune aide.

|
Une enquête communautaire sur l'innovation
La quatrième enquête communautaire sur l'innovation a été lancée
conjointement dans l'ensemble des pays européens en 2005. En
France, elle a été conçue par l'ensemble des services
statistiques compétents en matière de statistique
auprès des entreprises : l'Insee, le Scees du ministère
chargé de l'Agriculture, le Sesp du ministère chargé de
l'Equipement et des Transports, la Dep du ministère chargé de
la Recherche et le Sessi du ministère chargé de l'Industrie.
Le Sessi s'est ensuite vu confier le récolement statistique.
Conformément au règlement européen, l'enquête
couvre la plupart des secteurs d'activité marchande non agricole.
Elle porte sur la période 2002-2004 et concerne les entreprises
de 10 salariés et plus. Environ 25 000 entreprises ont été sondées
en France et 86% ont répondu.
|
|
Mesurer l'innovation
Le dispositif des enquêtes sur l'innovation s'appuie sur le « Manuel
d'Oslo », rédigé sous l'autorité de l'OCDE.
A côté des innovations de produits ou de procédés,
la dernière édition du manuel introduit les nouveaux
concepts d'innovation organisationnelle et de marketing.
- L'innovation de produit se définit comme « l'introduction
sur le marché d'un produit (bien, service, prestation) nouveau
ou nettement modifié par rapport
aux produits précédemment élaborés par
l'entreprise. La nouveauté ou l'amélioration se mesurent
par rapport aux caractéristiques essentielles du produit ou
de la prestation, de ses spécifications techniques, des logiciels
ou tout autre composant ou matériel incorporés,
de l'utilisation prévue ou de la facilité d'usage .»
- L'innovation
de procédé se définit par « l'introduction
dans l'entreprise de procédés de production, d'une
méthode
de fourniture de services ou de livraison de produits nouveaux ou
nettement modifiés. Le résultat doit être significatif
en ce qui concerne le niveau de production, la qualité des produits
ou les coûts de production ou de distribution ».
- Les
innovations d'organisation concernent les innovations tenant à la
structure de l'entreprise, à l'organisation du travail, à la
gestion des connaissances et aux relations avec les partenaires extérieurs.
- Les innovations de marketing correspondent à la mise en
oeuvre de concepts ou de méthodes de vente nouveaux ou modifiés
de manière significative afin d'améliorer les qualités
d'appel des produits ou de l'offre des prestations ou pour entrer
sur de nouveaux marchés.
|
En savoir plus
Résultats détaillés disponibles sur le site
: www.industrie.gouv.fr/observat/chiffres/sessi/enquetes/innov/cis4.htm
A lire
Le
4 Pages du Sessi, n°222 - Août 2006
L C / Photos : Schneider Electric - PSA
Source :
|