La nouvelle économie de l'immatériel
Remis au gouvernement en décembre, le
propose un certain nombre de mesures destinées
à faire de la France l'un des chefs de file mondiaux de la
nouvelle économie de l'immatériel.
|
Le pôle de compétitivité Logiciels libres
A l'occasion de la remise du
, Thierry Breton a retenu l'idée
de la création d'un pôle de compétitivité
dédié aux logiciels libres. Sa vocation : faire
de la région Ile-de-France le poumon scientifique et
économique du logiciel libre en Europe. Pour cela,
il développera des liens forts avec l'ensemble des
acteurs concernés sur le territoire national.
Dans ce domaine, les entreprises françaises peuvent en effet
prétendre à un leadership mondial. Actuellement,
les logiciels libres connaissent une phase d'industrialisation
à grande échelle et les perspectives de croissance
se situent à plus de 40 % par an. Selon de nombreux
experts, ils devraient représenter à l'horizon
2010 un marché de près de 90 milliards d'euros.
Soit environ 20 % du marché mondial des licences et
des services.
|
Mise en place au printemps dernier par Thierry Breton, ministre
de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, la Commission sur
l'économie de l'immatériel coprésidée
par Maurice Lévy, président du groupe Publicis, et
Jean-Pierre Jouyet, chef du service de l'Inspection générale
des finances à Bercy, a remis officiellement son rapport
le 4 décembre dernier. Un document passionnant de 172 pages
qui tend à montrer que l'économie de l'immatériel
constituera à terme un élément clef en faveur
de la croissance dans les pays développés. "
En effet, expliquent les signataires du rapport, la capacité
intellectuelle, la connaissance, l'imagination, l'innovation et
la recherche sont aujourd'hui au coeur de la création de
la plupart des richesses dans le monde. " Une analyse largement
partagée par Thierry Breton. " Grâce à
l'immatériel, a indiqué le ministre, il doit être
possible de porter notre taux de croissance potentielle à
3 ou 4 % l'an au lieu de 2 à 2,5 % actuellement. " Aussi,
le rapport de la Commission Lévy-Jouyet contient-il 70 propositions
précises visant à faire de la France l'un des leaders
mondiaux de l'immatériel au cours des années à
venir. Parmi elles, on trouve un certain nombre de mesures phares
qui devraient permettre à notre pays de s'engager résolument
sur la voie de l'économie du futur. Elles s'ordonnent autour
de trois orientations majeures :
Mieux connaître et mieux gérer notre patrimoine
immatériel
« Cessons de considérer que le patrimoine de l'Etat
se limite à ses actifs immobiliers et aux participations
publiques. » Pour les auteurs du rapport, la France possède
un ensemble important d'actifs immatériels publics qu'il
est souhaitable de valoriser davantage. Brevets publics, licences
professionnelles, droits d'accès au domaine public, marques
culturelles, savoir-faire des universités, données
publiques
autant d'éléments pour lesquels les
gestionnaires publics ne disposent pas aujourd'hui du cadre juridique
qui leur permet d'en tirer le meilleur parti. D'où l'idée
de rapprocher l'Arcep (Agence de régulation des communications
électroniques et postales) et le CSA (Conseil supérieur
de l'audiovisuel), les deux autorités de régulation
des secteurs des télécommunications et de l'audiovisuel,
et de créer une agence des actifs immatériels publics
chargée d'identifier l'ensemble du potentiel valorisable
et de favoriser l'émergence de nouvelles techniques de gestion
plus dynamiques. On pense notamment au recours aux enchères
publiques.
Vis-à-vis du secteur privé, la Commission avance
un certain nombre de pistes destinées à modifier les
règles actuelles concernant les droits d'auteur.
Adapter les circuits de financement et la protection des
idées
 |
|
Particularité de la plupart
des actifs immatériels, ils circulent librement à
la surface du globe par l'intermédiaire des réseaux
numériques et ils se jouent ainsi des frontières
et des limites administratives. D'où la nécessité
de traiter les problèmes posés non plus seulement
au niveau national mais au niveau au moins européen.
C'est ainsi que le rapport Lévy-Jouyet invite les pouvoirs publics
à ratifier le protocole de Londres qui permet d'améliorer
la protection des brevets français et à prendre
une initiative visant à relancer le projet d'institution
d'un système de brevet communautaire
|
|
couvrant l'ensemble
de l'Europe. Dans la même optique, le rapport souhaite
que la France soit à l'origine de la création
d'un groupement international chargé de lutter efficacement
contre la contrefaçon. Exactement comme elle avait été,
il y a une dizaine d'années, à l'origine du Gafi
afin de lutter contre la grande délinquance financière.
|
Enfin, dans la mesure où une part croissante du commerce
passe par l'internet, les Etats membres de l'Union européenne
rencontrent de plus en plus de difficultés à percevoir
la taxe à la valeur ajoutée correspondante. Pour limiter
les risques de fraude et éviter une concurrence fiscale dommageable,
la Commission Lévy-Jouyet recommande au gouvernement français
de proposer aux autres Etats membres une véritable refonte
du régime européen de la taxe à la valeur ajoutée.
Enrichir notre capital humain et renforcer notre attractivité
« Nous ne réussirons pas à figurer parmi les
premières économies de l'immatériel si nous
maintenons en l'état notre système de recherche et
si nous conservons nombre de nos réglementations économiques,
sociales ou fiscales. » Par cette affirmation forte, le rapport
Lévy-Jouyet considère qu'il y a urgence pour la France
à changer véritablement de modèle de développement.
Premier domaine concerné : l'enseignement supérieur
qui devrait, selon la Commission, bénéficier de moyens
financiers accrus (minimum avancé : 0,5 % du produit intérieur
brut) mais qui devrait aussi voir son organisation entièrement
remaniée. Exemple : créer, par le regroupement des
établissements d'enseignement et par le renforcement de leur
autonomie, des pôles d'excellence visibles au niveau mondial.
De la même façon, le rapport recommande que l'organisation
de la recherche publique soit rénovée dans le sens
d'une concentration des moyens autour d'une dizaine de centres et
d'une valorisation des travaux des laboratoires.
Deuxième domaine : la fiscalité. Même
si le déplacement de la valeur des entreprises des actifs
matériels aux actifs immatériels débouchera
inévitablement à terme sur une réflexion concernant
l'évolution des assiettes fiscales actuelles, la Commission
estime important de donner aujourd'hui un premier signal fort aux
entrepreneurs en abaissant en France l'impôt sur les sociétés
au niveau de la moyenne de l'ensemble des pays européens
et en procédant à un abaissement parallèle
du taux réduit applicable aux entreprises petites et moyennes.
Autre idée : le développement d'incitations financières
visant à valoriser le capital humain des entreprises. Exemples
: un dispositif de prêt à taux zéro ou de crédit
d'impôt pour financer les dépenses de formation des
salariés.
Source :
|