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La percée du meuble en kit

En France comme dans de nombreux pays de l'Europe du Nord, la production de meubles en kit constitue depuis quelques années un secteur industriel à part entière.

Mis au point il y a pratiquement un demi-siècle par l'homme d'affaires suédois Ingvar Kampred, fondateur du célèbre groupe Ikea, le concept du meuble en kit apparaît aujourd'hui comme une donnée incontournable dans l'industrie du meuble domestique où il représente désormais un bon quart du chiffre d'affaires de cette branche d'activité (40 % même hors sièges et hors literie).Alors que la part des dépenses des ménages consacrées à l'ameublement ne cesse de diminuer, le poids de cette activité a été multiplié par cinq au cours des deux dernières décennies.

Telle est la conclusion d'une intéressante étude publiée il y a quelques semaines par le Service des études et des statistiques industrielles de Bercy dans la collection Analyse Chiffres clés. « En effet, peut-on lire dans cet ouvrage, le meuble en kit n'est pas qu'un simple meuble à monter soi-même. Il s'agit maintenant d'un véritable produit industriel très pointu nécessitant des investissements importants et des innovations fréquentes. »

Résultat : en France comme dans le reste du monde, cette industrie se trouve confrontée aux mêmes difficultés que d'autres industries de biens de consommation prises en étau entre les attentes des consommateurs et la pression de la grande distribution.

Une industrie localisée dans l'Est de la France

En France, l'industrie du meuble en kit est particulièrement concentrée, même si certaines PMI se sont développées sur des niches tout à fait profitables. Avec 22 entreprises de plus de 20 salariés et un effectif total de l'ordre de 6 700 personnes, elle a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires hors taxes voisin d'un milliard d'euros. Implantées à proximité des usines de panneaux de particules de bois, les unités de production se situent principalement dans l'Est de la France - en Lorraine, en Alsace, en Franche-Comté et en Rhône-Alpes - mais aussi en Poitou-Charentes. A noter également que les quatre premières entreprises françaises - Parisot, Gautier, Manufacture vosgienne de meubles et Demeyer - assurent plus de la moitié des ventes de la profession.

Bien entendu, l'industrie du meuble en kit n'échappe pas au développement de la mondialisation des échanges et les importations françaises ont représenté l'an dernier un montant total de 723 millions d'euros. Le taux de pénétration des produits étrangers sur le marché français se situe donc désormais aux environs de 50 %. La concurrence provient surtout des pays membres de l'Union européenne, et plus spécialement des pays de l'Europe du Nord : l'Allemagne, le Danemark, la Lituanie, la Pologne, le Royaume-Uni et la Suède.

« Ces pays sont actuellement les plus dangereux pour l'industrie française du meuble en kit, souligne l'étude du Sessi, car la Chine s'intéresse plus particulièrement aux marchés de masse et les coûts de transport vers la France pour ce type de produits sont encore très élevés même si le prix des conteneurs en provenance de Chine baisse rapidement. »

Miser sur les investissements et l'innovation

Face à cette concurrence relativement vive, les industriels français ont entrepris de réagir. C'est ainsi qu'ils se sont lancés au début des années 1990 dans un important mouvement de concentration. Explication : les volumes et les délais exigés aujourd'hui par la grande distribution impliquent la création de grandes unités de production extrêmement réactives.

Conséquence : la plupart des industriels du meuble en kit se considèrent désormais réellement comme des industriels de process dont la mise en œuvre nécessite régulièrement de gros efforts d'investissements.

Mesurée par le ratio du montant des immobilisations par personne employée, l'intensité capitalistique du meuble en kit dépasse désormais le chiffre de 60 000 € par personne. Soit le double de l'industrie du meuble traditionnel.

Le meuble en kit dans le monde

Le berceau du meuble en kit demeure l'Europe, et plus particulièrement l'Europe du Nord. Au Danemark, ce secteur représente 48 % de la production danoise de meubles et plus de 80 % de cette production est exportée. En Suède, la patrie du groupe Ikea, le meuble en kit constitue le premier produit d'exportation.
Même réussite en Allemagne et au Royaume- Uni où le meuble en kit génère respectivement
40 % et 31 % du chiffre d'affaires total de l'industrie du meuble. La Pologne joue également
un rôle de premier plan dans le développement de cette industrie, en raison de la présence sur place d'usines de production de panneaux de bois relativement performantes.
En Lituanie, ce sont la proximité géographique avec la Suède et le faible niveau des coûts de production qui ont fait de ce pays une zone privilégiée de sous-traitance pour le groupe Ikea.
Encore balbutiante en Europe du Sud, la production de meubles en kit représente à peine 1 % de la totalité de l'industrie du meuble en Italie et en Espagne. A suivre : le continent américain. Aux Etats-Unis, on ne compte pour l'instant que six entreprises importantes. Mais Ikea vient d'annoncer la construction d'une unité en Caroline du Nord qui devrait dynamiser l'ensemble de la filière dans ce pays. Au Brésil, une petite dizaine d'entreprises se sont tournées vers cette spécialité, à destination principalement du secteur de la vente à distance.

Autre élément essentiel : l'innovation.
Afin de satisfaire les attentes du consommateur qui se montre de plus en plus exigeant sur la qualité, le style, le design, les fonctions et le prix, les entreprises sont contraintes de consentir des efforts permanents pour lancer des produits nouveaux et rester compétitives.

Une enquête réalisée, l'an dernier, auprès d'un échantillon représentatif d'industriels du meuble en kit a montré que 60 % d'entre eux avaient innové soit en produits soit en procédés entre 2002 et 2004. Leurs efforts portaient le plus souvent sur la technicité du produit à monter, l'emboîtement des pièces, la mise sous emballage, le matériau de l'emballage, le poids des colis… Pour les industriels interrogés, les innovations à caractère largement commercial ont généré au moins un quart de leur chiffre d'affaires au cours des dernières années alors qu'elles représentent en moyenne seulement 10 % pour l'ensemble de l'activité industrielle dans notre pays.

De la même façon, les entreprises de production de meubles en kit entendent développer leur présence sur les marchés étrangers. Malgré une augmentation récente relativement importante (+ 20 % sur les deux dernières années), les exportations - 114 milliards d'euros en 2005 - demeurent insuffisantes pour inverser la tendance de la balance commerciale.

Plus de la moitié des clients de la France se situent dans l'Union européenne à Quinze. Les autres se répartissent essentiellement entre les pays d'Europe centrale et orientale et le reste du monde dont la Suisse qui achète 12 % de l'ensemble de nos produits exportés. On le voit, les ventes françaises à l'exportation sont peu orientées vers les marchés dynamiques à fort potentiel, tels l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud et l'Asie.

A toutes ces difficultés, d'ordre structurel, s'ajoutent les exigences de la distribution. Les fabricants doivent repenser leurs relations avec les grandes enseignes qui ne se considèrent plus comme de simples acheteurs-revendeurs mais comme de véritables donneurs d'ordre.

Deux options s'offrent désormais à eux : la sous-traitance pure et simple ou le partenariat. Et le choix dépend essentiellement de la capacité du fournisseur à mettre en avant des avantages exclusifs en terme de productivité, de qualité, de flexibilité ou d'innovation. S'il ne dispose pas de tels éléments de différenciation, il demeurera un simple exécutant. Une opportunité toutefois : l'éco conception, un domaine sur lequel les industriels axent de plus en plus leur communication. Il s'agit là pour le meuble en kit d'un gisement de valeur ajoutée encore sous-exploité.

A lire :
Le meuble en kit, par Corinne Marbach. 214 pages, 23 euros.
Collection Analyse Chiffres clés du Service des études et des statistiques industrielles de Bercy
Tél. : 01 41 63 58 60
L'étude pdf en ligne sur le site www.industrie.gouv.fr

L.C. - Photos : Parisot

© Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi 08/10/2007