| Travail, emploi et pouvoir d'achat |
Premier texte à vocation économique
du gouvernement Fillon, la loi Travail, emploi et pouvoir d'achat
compte un certain nombre de dispositions importantes pour toutes
les entreprises françaises.
Adoptée par le Parlement à la fin de
la session extraordinaire du mois de juillet dernier et
validée, pour l'essentiel, par le Conseil constitutionnel
deux semaines plus tard, le 16 août
dernier, la loi dite Tepa (Travail, emploi et pouvoir d'achat) vise
à mettre en oeuvre une part importante des engagements économiques
et sociaux de Nicolas Sarkozy lors de la campagne
présidentielle du début de l'année 2007.
« Confiance, croissance et emploi : tels sont les trois principes
qui nous ont guidé dans l'élaboration du texte que
je présente devant vous aujourd'hui », a indiqué
Christine Lagarde, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi,
le 10 juillet dernier dans le discours de présentation du
projet gouvernemental qu'elle a prononcé ce jour-là
à l'Assemblée nationale.
Outre les mesures fiscales qui concernent au premier chef les personnes
physiques (allègement des droits de succession et de donation,
aménagement du bouclier fiscal, exonération des rémunérations
versées aux étudiants...), cette loi compte en effet
nombre de dispositions qui intéressent le monde de l'entreprise
dans son ensemble.
Elles s'ordonnent autour de quatre idées force :
- la réhabilitation de la valeur travail avec la création
d'un régime spécifique d'exonération
fiscale et sociale des heures supplémentaires de travail,
- le soutien au marché immobilier avec l'instauration d'un
crédit d'impôt sur le revenu au titre des intérêts
d'emprunts supportés pour l'acquisition d'une résidence
principale,
- le développement des petites entreprises avec les réductions
d'impôt sur la fortune liées aux
dépenses d'investissement dans le capital des PME.
- la moralisation de la vie financière avec l'obligation
faite aux entreprises de conditionner
désormais le versement des " parachutes dorés
" aux performances réalisées par leurs dirigeants.
Une première étape décisive est donc ainsi
accomplie dans la voie des réformes économiques
de notre pays. Elle devrait être suivie d'au moins quatre
autres au cours des prochains mois. Le gouvernement a en effet déjà
lancé le 10 juillet un processus significatif de révision
des politiques publiques de notre pays. Il a également annoncé
la préparation d'au moins trois autres textes. Le premier
visera à lever les obstacles à la croissance, le second
à moderniser le marché du travail et le troisième
à réformer en profondeur notre système fiscal.

Le régime d'exonération des heures supplémentaires
et complémentaires de travail
Conformément aux engagements pris pendant la campagne présidentielle,
les heures supplémentaires ou complémentaires de travail
bénéficieront à compter du 1er octobre
d'un régime spécifique d'exonération qui profitera
aussi bien aux employeurs qu'à leurs
salariés. Pour les employeurs, ces heures de travail supplémentaires
ou complémentaires
donneront lieu à une réduction forfaitaire de cotisations
sociales patronales de 0,5 €
par heure ainsi effectuée. Ce montant est porté à
1,5 € pour les entreprises dont l'effectif est
inférieur à 20 salariés au plus. Pour les salariés,
les rémunérations correspondant aux heures
de travail effectuées au-delà de la durée légale
du travail de 35 heures seront exonérées
de l'impôt sur le revenu. Cette exonération portera
sur l'ensemble des sommes versées au
titre du travail supplémentaire, c'est-à-dire non
seulement le salaire de base mais aussi la
majoration légale ou conventionnelle dès lors que
son taux résulte soit d'une convention
collective de branche soit d'un accord professionnel ou interprofessionnel.
A défaut, l'exonération correspondant à la
majoration sera limitée au taux légal (25 % ou 50
%) pour les salariés à temps complet et à 25
% pour les salariés à temps partiel. Pour les salariés
sous convention de forfait annuel, l'exonération s'applique
également à raison des rémunérations
correspondant aux heures ou aux jours de travail dépassant
les limites annuelles fixées : 1 607 heures ou 218 jours
selon les cas.
A noter que toutes les sommes perçues au titre de ces heures
supplémentaires seront intégrées dans le revenu
fiscal de référence déclenchant l'octroi des
avantages fiscaux ou sociaux soumis à des conditions de ressources.
Elles seront également prises en compte dans le calcul des
limites conditionnant le bénéfice de la prime pour
l'emploi.
Enfin, la loi prévoit que le taux de majoration des heures
supplémentaires (qui était fixé jusqu'ici à
10 % pour les entreprises de moins de 20 salariés) atteindra
désormais 25 % quelle que soit la taille de l'entreprise.
La déduction des intérêts d'emprunts pour
l'achat de la résidence principale
Partant du constat que seuls 56 % des ménages français
sont propriétaires de leur résidence
principale alors que la moyenne européenne s'élève
à 75%, cette mesure, qui permettra également de maintenir
voire de développer la croissance du secteur immobilier en
France, prévoit l'instauration d'un crédit d'impôt
sur le revenu portant sur les intérêts d'emprunt supportés,
pendant les cinq premières années, pour l'acquisition
ou la construction d'une résidence principale.
Son application est simple: les intérêts d'emprunt
pour l'achat ou la construction d'une résidence principale
sont déductibles à hauteur de 20 %, pendant les cinq
premières années de
remboursement du prêt, dans la limite de 3 750 € pour
un célibataire et de 7 500 € pour un couple plus 500
€ par personne à charge.
Qui est concerné ? les propriétaires de leur résidence
principale (neuf ou ancien) qui ont
emprunté pour son acquisition ou sa construction, qu'ils
soient imposables ou non.
Pour les opérations d'acquisition d'immeubles, l'acte authentique
doit avoir été signé
à compter du 6 mai 2007. Pour les acquisitions de constructions,
la déclaration d'ouverture
de chantier doit avoir été effectuée à
compter de cette date.
En complément de cette mesure, le Gouvernement proposera
au Parlement, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2008,
de porter de 20 % à 40 % le taux du crédit d'impôt
sur le revenu pour les intérêts de la première
annuité de remboursement.
Cette majoration permettra de mieux prendre en compte le surcoût
qui suit immédiatement
la décision d'acheter ou de faire construire l'habitation
principale, en raison des frais annexes inhérents à
cette opération.
La réduction d'impôt de solidarité sur la fortune
en faveur des investissements dans le capital des entreprises petites
ou moyennes et des dons effectués au profit d'organismes
d'intérêt général.
Afin d'encourager des capitaux disponibles à s'investir
dans le capital des entreprises petites ou moyennes, la loi permet
aux redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune
de s'acquitter de leur obligation fiscale en souscrivant directement
ou indirectement au capital d'une entreprise de moins de 250 salariés,
quelle que soit sa forme juridique. L'administration déduira
ainsi 75 % du total des sommes ainsi versées sur le montant
de leur
imposition effective dans la limite d'un plafond de 50 000 €
par an.
La même disposition s'applique pour les dons versés
au profit d'un organisme de recherche
ou d'insertion sociale : fondation reconnue d'utilité publique,
établissement publics de recherche ou d'enseignement supérieur,
association d'insertion des personnes
Ces exonérations interviendront dans la détermination
du montant de l'imposition sur la fortune due à compter du
1er janvier 2008.
L'aménagement des parachutes dorés
Dans une perspective de moralisation de la vie financière,
l'article 7 de la loi Travail, emploi et pouvoir d'achat prévoit
de mettre fin au système des parachutes dorés automatiques
par un encadrement strict et une transparence accrue des conventions
qui prévoient le versement aux chefs d'entreprise d'une rémunération
différée au cas où ils seraient conduits à
quitter la direction de l'entreprise.
Trois obligations nouvelles ont été introduites à
cet effet :
- subordonner le montant des rémunérations différées
à des conditions de performance effective du chef d'entreprise
et dont le respect devra être apprécié par le
conseil d'administration au moment du versement des sommes prévues
par les termes du contrat,
- rendre publique dans des délais courts la décision
du conseil d'administration (ou de surveillance) qui autorise la
signature de la convention d'une part et celle qui constate,
lors de la cessation de fonction du bénéficiaire,
le respect des conditions de performance initialement fixées
d'autre part,
- prévoir une résolution individualisée du
conseil d'administration (séparée des autres
conventions réglementées) pour chacune des conventions
de rémunération différée.
Enfin, la loi Tepa prévoit que toutes les conventions de
cette nature déjà signées et susceptibles d'entrer
en application devront être mises en conformité avec
les exigences de
cette même loi dans un délai de dix-huit mois maximum.
C.R. - Photos : D.R
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