| Pour une stratégie des brevets |
Afin de les aider à protéger leurs innovations, l’Inpi incite toutes les entreprises françaises, y compris les petites et les moyennes, à élaborer une véritable stratégie de dépôt de brevet.
« On gagne tous à innover ». Fondée sur l’analogie avec le sport, la campagne nationale de communication lancée sur ce thème à la fin du printemps dernier, quelques jours avant l’ouverture de la Coupe d’Europe de football, par l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) se poursuivra jusqu’au mois de décembre 2008 dans les principaux médias de notre pays.
Tournée essentiellement vers les chefs d’entreprise (21 % d’entre eux seulement déclarent avoir déjà déposé un brevet selon un sondage réalisé par l’Ifop en avril 2008), elle vise à convaincre les sociétés françaises les plus innovantes de faire désormais de la propriété intellectuelle un élément essentiel de leur stratégie de développement. «En effet, explique Benoît Battistelli, directeur général de l’Inpi, les brevets constituent aujourd’hui sans aucun doute une arme essentielle dans la compétition que se livrent les entreprises du monde entier. »
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La Douane en première ligne
Premier rempart de la lutte anti-contrefaçon dans notre pays, comme dans tous les autres pays
du monde, la Douane française a procédé l’an dernier à la saisie – hors cigarettes – de plus de 4,6 millions d’articles contrefaits (+ 15 % par rapport à 2006) sur l’ensemble du territoire national pour une valeur marchande totale estimée à 412 millions d’euros. Soit plus de 50 % par rapport au montant équivalent de l’année précédente pour un nombre de constatations (15 357 précisément) supérieur de 19 % seulement. Domaines de prédilection : le vêtement
et ses accessoires, les jeux et les jouets ainsi que la bijouterie. En forte hausse, les médicaments, qui représentent désormais 17 % de la totalité des marchandises appréhendées, et les pièces détachées pour l’automobile. A noter que près de 15 000 articles de contrefaçon ont été saisis en liaison avec la Coupe du monde de rugby organisée par la France dont plus de 11 600, lors des contrôles spécifiquement mis en place au cours de la manifestation.
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Un simple chiffre : l’an dernier, c’est précisément 158 400 brevets mondiaux qui ont été déposés selon le système PCT (Patent Cooperation Treaty). Soit une nouvelle progression de l’ordre de 5,9 % par rapport à l’année précédente. Une évolution que Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, souhaite encourager largement dans le cadre de sa politique en faveur du développement de l’innovation. C’est ainsi qu’après le vote d’une loi destinée à aggraver les sanctions frappant les entreprises convaincues de contrefaçon, il a été demandé au Parlement, à l’automne 2007, de ratifier l’accord qui avait été signé à Londres il y a quelques années par plusieurs Etats membres de l’Office européen des brevets.
Entré en vigueur le 1er mai dernier dans 13 pays, il vise à diminuer notablement le coût d’un brevet européen. En offrant désormais aux entreprises désireuses de protéger une invention dans plusieurs pays européens un régime simplifié de traduction (elles pourront continuer à déposer leur brevet dans l’une des trois langues de l’Office, l’anglais, l’allemand ou le français, mais elles ne seront plus obligées de traduire l’ensemble des descriptions dans chacune des langues européennes), ce texte devrait entraîner une réduction des dépenses liées au brevet européen d’environ 25 % à 30 %. « Une disposition, explique Michel Blanc, chef de bureau au Service de l’innovation à Bercy, dont l’objet est naturellement de répondre au reproche relatif au coût souvent jugé excessif du dépôt des brevets. »
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Comprendre les statistiques sur les dépôts de brevets
Le nombre des brevets est-il un bon indicateur du niveau d’innovation technologique d’un pays ? « Une certaine prudence s’impose pour l’interprétation de telles données brutes », indique Rémi Lallement, directeur des Affaires économiques et financières du Centre d’analyse stratégique du gouvernement, dans une note sur le sujet publiée en novembre 2007. Pour lui, en effet, plusieurs raisons justifient sa méfiance envers les chiffres purement quantitatifs en la matière :
• le pays où le brevet est déposé et délivré ne correspond pas toujours à celui où l’invention sous-jacente a été réalisée. Ainsi, à l’office chinois des brevets, on estime que près de 60 % des brevets délivrés concernent des non-résidents. De même, nombre d’entreprises françaises déposent directement leurs brevets à l’Office européen depuis sa création il y a une trentaine d’années ;
• les systèmes institutionnels en vigueur dans certains pays incitent les inventeurs à la multiplication des dépôts. D’où l’idée de procéder à des comparaisons internationales reposant sur la base des brevets « triadiques », c’est-à-dire des demandes qui ont fait l’objet d’un dépôt en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, et qui visent, d’une manière générale, à protéger les inventions de grande valeur économique ;
• le nombre de brevets doit naturellement être rapporté à l’importance de la population du pays concerné. Un rapport de l’OCDE a montré l’an dernier que la France (avec une quarantaine de brevets triadiques par million d’habitants) se situe en position intermédiaire dans le monde, un peu en-dessous de la moyenne de l’OCDE et un peu au-dessus de la moyenne des Etats membres de l’Union européenne. En-tête de ce classement, on trouve le Japon (120 familles de brevets triadiques), la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède.
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C’est également pour rendre le brevet français plus attractif que le gouvernement vient d’inviter l’Inpi à doubler le montant de la réduction accordée aux petites et moyennes entreprises sur le calcul des redevances liées au dépôt d’un brevet auprès de l’office national de notre pays (la réduction est passée de 25 à 50 % à compter du 1er mai dernier).
Autre disposition intéressante : traditionnellement limitée au seuil de 250 salariés, la notion de PME sera, dans ce cas précis, étendue à toutes les entreprises employant moins de 1 000 salariés.
Car les statistiques sont formelles. Si les entreprises françaises sont de plus en plus nombreuses à déposer des brevets (12 113 demandes de dépôts de brevets à l’Inpi l’an dernier
: + 3,3 % par rapport à 2006 et + 10 % par rapport à 2004), les grandes entreprises restent largement dominantes en la matière. C’est ainsi qu’en 2007, on relève quatre entreprises du secteur automobile dans les vingt premières du classement (selon le nombre de brevets publiés), dont Peugeot-Citröen et Renault aux deux premières places, tandis que la première grosse PME (Heuliez SA) n’arrive qu’en 29e position avec 59 brevets déposés.
Et pourtant chacun en est maintenant convaincu : la mondialisation place plus que jamais la propriété industrielle au centre des stratégies de développement de toutes les entreprises, y compris les plus petites. « Même si le brevet n’est pas toujours synonyme de réussite, indique Béatrice Dubois, en charge des questions de politique industrielle au sein du groupe Oséo, il reste un bon moyen de valoriser les avantages concurrentiels que peut procurer toute innovation. »
C’est ainsi que la petite entreprise parisienne Nuxe, l’une des lauréates des Trophées de l’innovation 2007, a pu réaliser grâce à ses brevets une percée significative dans le secteur des produits cosmétiques face aux géants internationaux de la spécialité. Elle en a même fait un argument commercial en mentionnant le numéro des brevets correspondants sur les emballages de ses nouveaux produits. Autre exemple de PME ayant mis en œuvre une véritable politique de protection de la propriété industrielle au service de sa stratégie d’innovation : celui du groupe Torbel, implanté dans le département des Alpes-Maritimes.
Spécialisé dans la fabrication d’huisseries métalliques pour volets, portails, portes et fenêtres, elle est aujourd’hui titulaire de plus de 140 brevets déposés en France ou en Europe. « Chez nous, assure Louis Tordo, président du conseil de surveillance, on innove de manière tellement régulière que plus de la moitié des produits de notre catalogue ont été mis au point
il y a moins de cinq ans. »
Bref, on comprend la volonté du gouvernement de convaincre les entreprises françaises innovantes de faire de la propriété industrielle un bien immatériel important de leur patrimoine.
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A lire « Contrefaçon : comment vous protéger, vous défendre », 27 fiches conseils – Propriété industrielle réalisées par le Comité national anti-contrefaçon en partenariat avec le ministère en charge de l’Industrie, l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie et l’Institut national de la propriété industrielle.
Téléchargeable sur le site
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Source :
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