Publications périodiques
   
 
 
Industries graphiques : le temps des regroupements

Victimes de la concurrence des nouvelles technologies de l’information et de la communication, les entreprises de l’industrie graphique française se sont engagées dans une stratégie d’alliances.

Largement atomisée (avec plus de 5 000 entreprises, dont 80 % de moins de 20 salariés, réparties sur l’ensemble du territoire national), l’industrie graphique française évolue dans un univers très concurrentiel qui l’oblige à investir davantage que les autres industries manufacturières. «Et pourtant, peut-on lire dans un numéro hors-série de la collection Chiffres clés du Sessi publié récemment par Bercy, malgré de nombreux équipements ultramodernes combinant à la fois l’informatique, l’optique et la robotique, le secteur peine à conserver ses parts de marché tant en France qu’à l’étranger. »

D’où le souhait de l’Etat et des organismes professionnels concernés de mettre en place des pôles de productivité dont l’objectif est d’inciter les entreprises du secteur à entreprendre des démarches communes pour se développer à l’exportation ou mutualiser leurs travaux de recherche. Si l’on met à part l’activité d’impression des journaux quotidiens qui est généralement prise en charge, directement ou indirectement, par les éditeurs eux-mêmes, l’imprimerie, dite de labeur, reste la principale composante de l’industrie graphique française.

Avec environ 4 000 entreprises, un effectif salarié de plus de 70 000 personnes et un chiffre d’affaires de l’ordre de 10 milliards d’euros, elle représente au moins 80 % de l’ensemble du secteur qui compte également, en amont, un peu moins d’un millier d’entreprises – pour la plupart de petites unités – exerçant une activité dite de prépresse et, en aval, quelque 250 ateliers spécialisés dans les travaux de finition tels que la reliure, le brochage ou le pliage… A noter que, selon la dernière enquête annuelle Entreprises du Sessi, cinq régions françaises regroupent, compte tenu de leur position géographique privilégiée, près de 60 % des effectifs totaux du secteur. Il s’agit dans l’ordre d’importance de l’Île-de-France, du Nord - Pas-de-Calais, de la région Centre, des Pays de la Loire et de Rhône-Alpes.

Nouvelles technologies : frein à la croissance

Pénalisée par la percée des nouveaux médias, l’internet notamment, et confrontée au dynamisme de plusieurs de nos voisins européens, la production graphique du labeur français tend à reculer régulièrement depuis le début de la décennie : -1,2 % en moyenne annuelle entre 2000 et 2007.

Autre indicateur important : celui du poids total des produits imprimés qui a atteint l’an dernier un niveau de l’ordre de 3 millions de tonnes. Soit 10 % de moins par rapport au chiffre de l’année 2000. Une moyenne globale qui est la résultante d’une évolution contrastée selon les segments de marché concernés.

Ainsi, la production des imprimés en continu enregistre le recul le plus spectaculaire : -5,7 % par an en moyenne. A la différence des autres familles de produits d’imprimerie, celle-ci souffre, en effet, depuis plusieurs années déjà de la tendance à la dématérialisation de nombreux documents constatée au sein des entreprises françaises. Même phénomène pour les catalogues de vente par correspondance qui, après avoir bien résisté jusqu’en 2004, sont aujourd’hui victimes du développement des sites commerciaux sur le réseau internet, et pour les imprimés publicitaires qui commencent à ressentir les effets de l’ouverture à la grande distribution de la publicité télévisée et de la migration croissante de certains investissements publicitaires vers l’internet.

Quant à l’activité d’impression des périodiques et des livres, elle est restée pratiquement stable au cours des dernières années avec une production de l’ordre de 1,2 million de tonnes. Enfin, l’activité d’impression sur les produits d’emballage – papier souple, papier-carton ou carton ondulé croît régulièrement depuis plusieurs années. Elle couvre actuellement une production totale d’environ 7 millions de tonnes de matériaux imprimés.

Nouvelles technologies : moteur de croissance

Bref, une situation difficile qui a conduit les entreprises du secteur à rechercher des gains de productivité importants. Moyen privilégié : le recours massif aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Outre les chaînes d’impression qui se sont largement automatisées – l’électronique se substituant aux procédés purement mécaniques –, l’amélioration des systèmes de transmission des données constitue aujourd‘hui la priorité des entreprises du secteur. C’est ainsi que l’utilisation de l’internet haut débit s’est généralisée et les sites en propre se sont répandus dans tout le secteur : selon l’enquête TIC 2007 réalisée par les services de l’Insee, la quasi-totalité des entreprises répondant à la classification « Edition, imprimerie, reproduction » s’est aujourd’hui dotée d’équipements à large bande autorisant des débits supérieurs à 2 millions de bits par seconde.

Malgré cela, la rentabilité du capital immobilisé n’est pas toujours assurée. Elle s’élève en effet en moyenne à 11 % dans l’industrie graphique alors qu’elle se situe à 17 % dans l’ensemble de l’industrie manufacturière. Conséquence : les entreprises se trouvent contraintes de resserrer leurs marges commerciales et la valeur ajoutée moyenne du secteur graphique se situe désormais aux environs de 14 %. Soit six points de moins qu’il y a dix ans et environ dix points de moins que le taux de marge brute de l’ensemble de l’industrie française.

Une situation qui a conduit récemment l’Etat et la Fédération de l’imprimerie et de la communication graphique (FICG) à envisager la création de pôles de productivité graphique fondés sur la constitution d’alliances stratégiques interentreprises dans l’ensemble, du secteur. Plusieurs pistes, de réflexion sont lancées. On imagine soit le rapprochement d’un certain nombre d’entreprises autour d’un projet commun, soit la mise à disposition d’outils communs permettant une mutualisation des offres, soit encore un dispositif de consolidation de la chaîne graphique à l’intérieur d’un territoire géographique déterminé. Autant d’idées qui devraient déboucher sur la création à terme, au-delà des quelque 200 groupes de dimension nationale qui existent déjà, de plusieurs groupes de taille internationale qui font défaut.

On remarque en effet aujourd’hui sur notre territoire la présence d’environ 60 groupes importants d’origine étrangère qui réalisent un chiffre d’affaires au moins équivalent à celui de la totalité des grands groupes à capitaux français.

Imprim’Vert : une démarche pour le respect de l’environnement

La Fédération de l’imprimerie et de la communication graphique (FICG) s’est associée avec les chambres de commerce et d’industrie et les chambres de métiers pour initier un projet commun nommé Imprim’Vert. Cette initiative vise à améliorer l’élimination et le stockage des déchets dangereux ainsi que l’abandon des produits étiquetés toxiques au profit de produits moins dangereux.

Pragmatique et volontaire, cette démarche implique un véritable engagement de la part des industriels à travers notamment la signature de la charte Imprim’vert qui leur permet d’utiliser le logo éponyme dans tous leurs supports de communication.

L’opération fait d’ailleurs boule de neige au sein de l’industrie graphique puisque les fabricants d’encre développent désormais une démarche analogue baptisée Coatings Care.


A lire

L’industrie graphique en chiffres, collection Chiffres clés du Service des études et des statistiques industrielles (SESSI).



© Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, 24/10/2008