Loi de finances 2006 - Un budget pour l'emploi
Réforme de l'imposition sur le revenu des personnes physiques
et de la taxe professionnelle acquittée par les entreprises
au profit des collectivités territoriales : adopté
par le Conseil des ministres du 28 septembre dernier, le projet
de loi de finances pour l'année 2006 annonce une évolution
significative de notre droit fiscal qui prendra son plein effet
en 2007. En attendant, le texte du gouvernement contient, comme
tous les ans, nombre de dispositions intéressant le monde
de l'entreprise et visant essentiellement à favoriser la
reprise de la croissance, et donc de l'emploi, dans le pays.
Industries présente ici le détail de l'ensemble
de ces mesures.
Des mesures fiscales favorables aux entreprises
Traduisant la priorité gouvernementale en faveur de
l'emploi, le projet de loi de finances 2006 contient un certain
nombre de dispositions visant à alléger la fiscalité
sur les entreprises. Il annonce également la réforme
de la taxe professionnelle qui devrait entrer en vigueur en 2007.
Annoncée en juin dernier par Dominique de Villepin, Premier
ministre, lors de sa déclaration de politique générale
devant le Parlement, la priorité du gouvernement pour l'emploi
se trouve confirmée quelque trois mois plus tard avec le
projet de loi de finances pour l'année 2006 présenté
par Thierry Breton, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie,
et adopté par le Conseil des ministres du 28 septembre dernier.
Outre les nombreuses mesures intéressant la fiscalité
des particuliers et dont les médias destinés au grand
public se sont largement fait l'écho, le texte qui sera débattu
au Parlement tout au long de la session d'automne vise à
desserrer sensiblement la pression fiscale pesant actuellement sur
les entreprises. Une bonne dizaine de dispositions nouvelles relativement
significatives concernant la fiscalité d'Etat seront ainsi
appliquées à compter du 1er janvier 2006. En attendant
l'importante réforme de la taxe professionnelle qui entrera
en vigueur en 2007 et dont le gouvernement a souhaité en
présenter les grandes lignes dès maintenant afin de
permettre aux chefs d'entreprise de s'y préparer.
Les mesures applicables l'an prochain tout d'abord. Elles s'ordonnent
autour de trois priorités visant à adapter la fiscalité
des entreprises françaises à l'évolution récente
de notre environnement économique. C'est ainsi qu'une première
série de dispositions permettant aux entreprises de faire
face aux conséquences de l'augmentation du prix du pétrole
brut (et en même temps à réduire les émissions
de gaz à effet de serre dans notre pays) sont proposées.
Il s'agit d'inciter les entreprises à s'équiper désormais
d'une flotte de véhicules propres. D'où la modification
du régime fiscal des biocarburants. D'où encore la
création d'une taxe additionnelle sur certaines cartes grises
et la limitation des possibilités d'amortissement concernant
les modèles de véhicules les plus polluants. A noter
également la suppression définitive de la traditionnelle
vignette pour les voitures de sociétés qui sera remplacée
par un nouveau barème de taxes assises non plus sur la puissance
fiscale des véhicules mais sur le niveau de leurs émanations
de gaz carbonique dans l'atmosphère.
Impôt sur les sociétés : 33,33 %
Avec la suppression en deux ans de la surtaxe mise en place il y
a une dizaine d'années, le taux de l'impôt sur les
sociétés retrouvera l'an prochain son niveau de 1993.
Soit 33,33 %. Un chiffre qui place notre pays sensiblement au-dessus
de la moyenne européenne qui se situe à 31,4 %. Une
comparaison à manier avec prudence, explique en substance
le Conseil des impôts dans un récent rapport. Car,
en France, l'assiette sur laquelle est calculé cet impôt
est généralement plus étroite que dans d'autres
pays grâce aux nombreuses déductions prévues
par le Code général des impôts. En fait, pour
l'ensemble des impôts qui pèsent sur les entreprises,
la France se situerait dans la moyenne de ses partenaires européens
avec un taux de l'ordre de 13,6 % de la valeur ajoutée. Soit
un niveau légèrement supérieur à celui
de l'Allemagne (13,1 %) et légèrement inférieur
à celui du Royaume-Uni : 13,8 %.
Crédit d'impôt recherche et capital-risque
Deuxième idée : améliorer la compétitivité
de nos entreprises par un renforcement des aides à la recherche
et à l'investissement. A cette fin, le gouvernement propose
d'améliorer les mécanismes du crédit d'impôt
recherche qui constitue depuis plusieurs années déjà
l'outil privilégié du soutien public à la recherche
privée dans notre pays. Dans la même optique, le gouvernement
souhaite favoriser aussi le développement du capital-risque
en offrant de nouvelles déductions à l'impôt
sur le revenu pour les particuliers qui accepteront de prendre des
participations dans le capital des jeunes entreprises innovantes.
Autre élément essentiel : la simplification d'un certain
nombre de dispositions fiscales actuelles. Harmonisation des taux
d'intérêt, abaissement des seuils de télédéclarations
et modernisation de plusieurs règles relatives au contentieux
fiscal : un certain nombre de mesures du projet de loi de finances
2006 marqueront sans aucun doute une nouvelle étape dans
l'amélioration des rapports entre les contribuables et l'administration.
Il en va de même avec certaines dispositions diverses dont
l'objectif est de procéder à des ajustements devenus
nécessaires dans notre droit fiscal. Pour ce qui touche à
la vie des entreprises, ils porteront notamment sur l'imposition
forfaitaire annuelle des entreprises petites et moyennes, les provisions
pour dépréciation de titres et les mécanismes
de financement de l'apprentissage. Autant de mesures importantes
donc qui seront complétées en 2007 par un réaménagement
en profondeur de la taxe professionnelle qui constitue une part
importante des recettes des collectivités territoriales.
Deux orientations majeures dans le texte du gouvernement qui a été
présenté à la presse par Jean-François
Copé, ministre délégué au Budget et
à la Réforme de l'Etat, le 28 septembre dernier :
le plafonnement à 3,5 % de la valeur ajoutée du montant
de la somme due par toute entreprise et la pérennisation
au-delà du 31 décembre 2005 du dégrèvement
pour investissements nouveaux qui avait été institué
l'an dernier pendant toute la phase de préparation de la
réforme. " Dans cette affaire, a indiqué
Jean-François Copé, deux objectifs ont guidé
le gouvernement : alléger la charge fiscale des entreprises
pour préserver leur compétitivité dans le contexte
actuel de la mondialisation et responsabiliser les collectivités
territoriales pour favoriser les conditions d'un véritable
développement économique local. " Une fois
la réforme mise en place, c'est en effet plus de 45 000 entreprises
qui devraient voir baisser le montant de l'impôt dû
au titre de la taxe professionnelle. Soit un manque à gagner
relativement important pour les collectivités territoriales
concernées qui ne sera pas entièrement compensé
par l'Etat. Un mécanisme de " ticket modérateur
" destiné à responsabiliser les élus locaux
sera en effet institué : l'Etat ne prendrait à sa
charge que les montants de taxe professionnelle correspondant aux
hausses de taux intervenues entre 1995 et 2005.
En revanche, le gouvernement prévoit que l'administration
fiscale compensera intégralement auprès des collectivités
territoriales les dégrèvements qu'il souhaite accorder
au titre des investissements nouveaux : 100 % de la valeur du bien
la première année, deux tiers la deuxième année
et un tiers la troisième. Un dispositif qui présente
l'avantage pour les entreprises de ne pas acquitter de taxe professionnelle
sur un investissement tant qu'il n'est pas encore devenu réellement
productif.
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Des dépenses pour les entreprises :
Dans un contexte général de stabilisation de l'ensemble
de ses dépenses (elles resteront identiques en volume pour
la troisième année consécutive), l'Etat a décidé
de consentir en 2006 un effort particulier dans un certain nombre
de domaines intéressant les entreprises :
- l'accélération des contrats aidés prévus
par la loi de cohésion sociale du 18 janvier 2005. Ainsi
le programme " Accès et retour à l'emploi "
prévoit une enveloppe globale de 3,4 milliards d'euros qui
devrait permettre de financer jusqu'à 200 000 contrats d'avenir
et 120 000 contrats d'accompagnement dans l'emploi. Pour les jeunes
les plus en difficulté, la loi de finances 2006 table sur
une montée en puissance du contrat d'insertion dans la vie
sociale ainsi que des dispositifs associés ;
- un effort particulier pour les contrats d'apprentissage et les
contrats de professionnalisation : 160 000 entrées en professionnalisation
et 260 000 en apprentissage sont prévues l'an prochain ;
- une augmentation significative des dépenses de recherche
pour lesquelles le budget 2006 dégage 1 milliard d'euros
de moyens supplémentaires. Près de 3 000 emplois nouveaux
devraient ainsi être créés. Quant à l'Agence
pour l'innovation industrielle, récemment mise en place,
elle se verra dotée de 2 milliards d'euros de ressources
d'ici à 2007.
Dossier réalisé par Didier Willot. Photos : D.R.
Source : n° 108 octobre 2005
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