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  Plasturgie : Le défi de la concurrence mondiale

Face à une concurrence internationale croissante, la plasturgie française réagit avec dynamisme en pariant sur l'innovation technique et sur le travail en réseau.

Récemment parue dans la collection Chiffres clés du Sessi, une étude présente une monographie particulièrement détaillée du secteur de la plasturgie en France. Le panorama général tout d'abord. Celui d'une industrie qui se porte bien : avec un chiffre d'affaires global
de 26 milliards d'euros l'an dernier, elle occupe le deuxième rang européen et le quatrième rang mondial.
Employant 170 000 salariés, elle est composée de quelques grands groupes et d'une majorité
d'entreprises petites ou moyennes : 1 400 environ. En effet, les entreprises de moins de 250 salariés représentent neuf entreprises sur dix et réalisent la moitié du chiffre d'affaires
de la profession.
Après avoir vécu, comme ses principaux partenaires européens, une décennie de croissance
soutenue à un rythme annuel de l'ordre de 6 % par an dans les années 1990, le secteur atteint désormais un palier : depuis le début des années 2000, il ne progresse plus que de 2 % par an en moyenne. Les raisons ? Le ralentissement de l'économie et la concurrence des nouveaux
pays producteurs, la Chine notamment. Déjà largement tributaire du cours des matières premières, la plasturgie française subit, en outre, les pressions de ses principaux clients : les groupes chimiques internationaux et les grands donneurs d'ordre de l'agroalimentaire
ou de l'automobile.
Une réalité qui exclut toute marge de manoeuvre sur les prix. En cas de hausse du coût
des matières premières, c'est le cas pour le pétrole aujourd'hui, il est pratiquement
impossible aux plasturgistes d'augmenter leurs prix de vente dans des proportions
équivalentes.
Paradoxalement, ces contraintes ont eu un effet positif sur le comportement des industriels
du secteur : au lieu de les subir, ils les affrontent en se livrant à une véritable course à l'innovation. Un dynamisme qui a permis aux matières plastiques de s'enrichir de fonctionnalités nouvelles (résistance mécanique, tenue au feu, recyclabilité) et de s'imposer
sur de nombreux marchés dans l'automobile, l'emballage, le bâtiment, l'industrie électrique et électronique ou encore l'aéronautique, le spatial et le médico-chirurgical.
C'est ainsi par exemple qu'au cours des dernières années, la production de matériaux composites à base de polymères s'est largement accrue. Elle pourrait atteindre 10 millions
de tonnes l'an prochain contre 7 millions en 2000. Soit une hausse moyenne de l'ordre de
6 % par an en volume.
Autre évolution significative : certaines entreprises, généralement de petite taille, ont
misé sur leur réactivité en adoptant la stratégie des séries limitées tandis que d'autres
s'engageaient résolument sur la voie du regroupement et des réseaux. Témoin, le réseau
industriel Filière plasturgie qui a été créé en septembre 2003 à l'initiative conjointe des organisations professionnelles et des pouvoirs publics. Sa mission ? Coordonner et soutenir
les projets collectifs d'innovation intéressant les grands enjeux stratégiques de la profession
: la technologie, la R&D, la compétitivité, le management, la collaboration interentreprises,
l'environnement, la communication et l'internationalisation.

La mise en place de cette organisation vise à permettre aux PME adhérentes de se positionner sur des produits à forte valeur ajoutée et d'accélérer leur développement à l'international, notamment vers les nouveaux marchés de l'Union européenne.
Car la plasturgie française doit s'ouvrir davantage aux marchés extérieurs. Avec un taux
d'exportation qui est passé de 19,2 % en 1996 à 23,3 % en 2002, la France est devenue le
cinquième pays exportateur mondial de matières plastiques.
Mais on est encore loin de celui qui est réalisé par les entreprises allemandes : 32,5 %. Et le solde de nos échanges extérieurs en produits de la plasturgie demeure déficitaire. Un bon signe toutefois : la balance commerciale hors Union européenne est positive depuis 2002.
Mais peut-on vraiment parler de déficit ? En effet, si l'on tient compte de l'intégration des
produits de la plasturgie dans l'agroalimentaire, la parfumerie, les cosmétiques ou la
construction automobile, sous la forme d'emballages ou d'équipements par exemple,
la part de nos exportations est en réalité nettement plus importante.

En outre, le développement international de la plasturgie française passe par un phénomène qui va en s'amplifiant : nombre d'équipementiers plasturgistes ont désormais tendance à suivre
leurs donneurs d'ordre lorsqu'ils s'installent à l'étranger.
En 2002, le nombre de filiales de groupes français de la plasturgie implantées à l'étranger dépassait ainsi le chiffre des 200. C'est dans les pays de l'Union européenne - l'Allemagne,
l'Espagne et le Royaume- Uni représentent l'essentiel de ces implantations - que ces fournisseurs s'installent encore le plus souvent. Mais le vent tourne : les investissements
de ce type se développent surtout dans les nouveaux Etats membres de l'Union européenne et dans les pays du Maghreb.

Les différentes familles de matières plastiques

Dans le secteur de la plasturgie, on distingue trois grandes familles de produits :

les thermoplastiques : ils sont formables à chaud sans modification chimique. Le polyéthylène, le polypropylène, le polychlorure de vinyle (PVC) et le polystyrène en constituent les principaux composants. En France, 80 % de la production de matières plastiques portent sur les thermoplastiques ;
les thermodurcissables : ils sont également formables à chaud mais avec modification chimique. Les phénoplastes, les aminoplastes et les résines époxydes appartiennent à cette catégorie et ne représentent que 7 % de la production nationale de matières plastiques ;
les plastiques techniques : ils sont destinés à des applications spécifiques en fonction de leurs propriétés intrinsèques. Le polytétrafluoroéthylène en est un exemple.

La plasturgie à l'heure européenne

Avec un chiffre d'affaires de 180 milliards d'euros, l'Europe à 25 constitue la deuxième zone mondiale de production de matières plastiques de base derrière les Etats-Unis et devant le Japon. A elle seule, la plasturgie allemande fournit le quart de la production communautaire. Le secteur y compte 39 000 entreprises, principalement des PME, et emploie plus d'un million de salariés. Il représente 4,5 % des effectifs et 4 % de la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière européenne dans son ensemble (hors agroalimentaire).
La balance commerciale sectorielle des pays de l'Union européenne reste excédentaire malgré le développement de la concurrence de plusieurs pays asiatiques.

A lire

  • L'industrie de la plasturgie et du caoutchouc industriel - Chiffres clés du Sessi (octobre 2005)
  • Panorama de la plasturgie (Edition 2005) - Fédération de la plasturgie.
  • La plasturgie à l'heure européenne - Collection 4 Pages du Sessi (mai 2004)
  • Rapport sur la compétitivité de la plasturgie française dans l'Union européenne


    Laurence Chesnais

    Source : Cahier Industries n° 110 Janvier 2006

     

  • © Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 06/02/2006