Un nouvel essor pour lindustrie chimique
Pour affronter une concurrence internationale de plus en plus vive,
l'industrie chimique française est bien décidée
à accomplir un certain nombre de mutations importantes.
Elle le fera notamment avec l'appui des services du ministère de l'Economie,
des Finances et de l'Industrie.
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Près
de 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier,
plus de 240 000 emplois directs et certainement le double si
l'on y ajoute les emplois induits : l'industrie chimique constitue
traditionnellement l'un des points forts de l'économie
française. Héritière des travaux de recherche
initiés par des savants aussi célèbres
que Lavoisier, Berthelot ou Pasteur, elle occupe aujourd'hui
le deuxième rang en Europe et le cinquième dans
le monde. Une position de premier plan que le gouvernement tient
tout naturellement à préserver face à une
concurrence internationale de plus en plus vive. Tel est le
sens de l'installation officielle à Bercy le 24 novembre
dernier par François Loos, ministre délégué
à l'Industrie, du Conseil stratégique de l'industrie
chimique. Composée d'une trentaine de membres représentatifs
de l'ensemble de la branche et des industries clientes (la pharmacie,
les cosmétiques, la plasturgie…) ainsi que des
différentes administrations concernées et présidée
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par le ministre en charge de l'Industrie,
cette instance est chargée de tracer les perspectives
de développement des industries chimiques pour les dix
années à venir.
« La recherche et l'innovation,
a indiqué ce jour-là François Loos, seront
les axes clés de ses travaux. Elle sera en effet chargée
d'anticiper les évolutions et de s'y préparer
afin d'améliorer la compétitivité de l'industrie
chimique française tout en veillant au respect des exigences
environnementales indispensables. » |
Tout commence en septembre 2004, lorsque le gouvernement demande à Daniel Garrigue, député de la Dordogne, de conduire un groupe de travail sur l'avenir de notre industrie chimique à l'horizon 2015. La raison ? Si la chimie française reste forte, plusieurs indicateurs apparaissent préoccupants. En effet, on constate alors une certaine stagnation des efforts en recherche et développement qui restent inférieurs d'un ou deux points à ceux qui sont consentis dans la plupart des grands pays industriels. Autre problème : les investissements en capacité de production accusent une baisse notable depuis le début de la décennie. Conséquence : le nombre des emplois tend à diminuer dans l'ensemble du secteur.
Gestion des compétences et compétitivité des entreprises
Comment réagir ? Présentés pour la première fois le 23 mai dernier, devant plus de 200 industriels, lors d'une session des Entretiens de l'industrie qui se tiennent régulièrement à Bercy, les travaux des cinq sousgroupes mis en place par la mission Garrigue ont fait l'objet d'un Outre l'institution du Conseil stratégique, mis en place récemment, il contient une trentaine de propositions concrètes destinées à renforcer l'ensemble de la filière chimique dans notre pays au cours des dix années à venir. Principaux thèmes évoqués : la compétitivité des entreprises françaises, l'intensification de la recherche et développement, l'attractivité de la profession, l'évolution de la réglementation et l'image de cette industrie auprès de l'opinion.
Autant de sujets relativement sensibles sur lesquels les services de la Direction générale des entreprises ont déjà beaucoup travaillé au cours des derniers mois. Largement inspirée des conclusions du rapport, une première série de mesures a déjà été prise. Et tout d'abord la création fin juillet d'un consortium des industries électro-intensives (dans lequel on trouve de nombreuses entreprises chimiques) qui devrait lancer bientôt un appel d'offres auprès des producteurs d'électricité pour bénéficier de tarifs plus compétitifs qu’aujourd’hui. Ensuite, le gouvernement a décidé de financer dès 2005 un nombre important de projets issus des pôles de compétitivité
dédiés au secteur chimique dans notre pays. Enveloppe totale dégagée à cet effet : 5,3 millions d'euros. Enfin, l'Union des industries chimiques a accepté de relayer activement la campagne de revalorisation des métiers de l'industrie conduite par le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie depuis le milieu du mois de novembre dernier. « Il est certain, a confirmé François Loos, en conclusion des 3es Rencontres parlementaires de la chimie qui se sont tenues le 6 octobre dernier à l'Assemblée nationale, que l'industrie chimique française est actuellement à un tournant de son histoire et que le temps est maintenant venu d'agir. »
Aujourd'hui, c'est donc au Conseil stratégique qu'il revient de coordonner la réflexion des entreprises, des syndicats et de l'administration sur le sujet. Pour cela, elle dispose d'une feuille de route précise qui lui a été rappelée le jour de son entrée en fonction : élaborer des programmes innovants éligibles aux financements de l'Agence pour l'innovation industrielle ou aux crédits européens de recherche. Autres pistes de réflexion : la gestion des compétences, en matière de toxicologie notamment, suite à l'adoption récente à Bruxelles du règlement communautaire Reach, et les perspectives d'embauche dans la profession à l'horizon 2010.
Un dossier sans aucun doute difficile. Pour les responsables de l'industrie chimique française, il s'agit en effet, dans un contexte réglementaire en pleine évolution de conjuguer compétitivité, sûreté, sécurité et respect de l'environnement. « C'est alors le rôle de l'Etat et, plus spécialement des services du ministère de l'Industrie, a conclu François Loos devant le Conseil stratégique, d'accompagner les mutations de cette filière en l'aidant à rester une industrie majeure en France et en Europe. »
Les chiffres clés du secteur
Traditionnellement, on distingue dans l'industrie chimique trois
sous-secteurs :
- la chimie de base qui produit des matières
premières entrant dans la composition d'autres produits utilisés
dans l'automobile, le textile ou le bâtiment ;
- la chimie fine qui fabrique essentiellement des produits finis destinés
au grand public, comme les médicaments et les cosmétiques;
- la pétrochimie qui assure la production des matières
plastiques. En France, ces trois branches d'activité comptent
au total près de 1 200 entreprises de plus de 20 salariés.
Elles ont représenté en 2004 un chiffre d'affaires
global de 93,7 milliards d'euros dont 55,1 milliards à l'exportation.
Deuxième secteur industriel français derrière
l'automobile, la chimie est ainsi notre premier secteur exportateur.
Dans ce domaine, la balance commerciale française est structurellement
bénéficiaire : plus de 11 milliards d'euros d'excédent
l'an dernier.
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Photo : BASE
Source : n° 110 janvier 2006
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