Une politique industrielle pour la croissance et l'emploi
En ce début d'année 2006,
François Loos, ministre délégué
à l'Industrie, nous livre une analyse exhaustive de la
politique impulsée dans un secteur clé sur l'échiquier
économique français, riche d'atouts pour anticiper les mutations
de notre société et relever les défis de demain.
La France est engagée dans la bataille pour l'emploi et pour la croissance. Dans ce combat, l'industrie occupe une place centrale. Avec ses 3,8 millions d'emplois directs et les 2 millions d'emplois qu'elle génère dans les services, l'industrie représente déjà 21,4 % des emplois de notre économie. Mais le renforcement de la concurrence internationale, l'accélération du progrès technologique, les nouvelles attentes en matière de sécurité des consommateurs et, depuis peu, la crise du pétrole contribuent à faire émerger une nouvelle donne économique.
Pour répondre à ces défis du XXIe siècle,
la France a besoin d'une véritable stratégie industrielle. De même qu'il ne peut y avoir de vraie politique sociale sans véritable politique de développement économique, il ne saurait y avoir de croissance sans politique industrielle. Celle-ci repose sur trois piliers qui me semblent déterminants pour agir efficacement sur l'emploi et la croissance : maîtriser l'énergie, mobiliser le potentiel d'innovation de notre pays en faveur de la compétitivité
et accompagner les entreprises face aux
mutations industrielles et enfin soutenir
la diffusion des technologies de l'information.
| Maîtriser l'énergie, c'est assurer la sécurité,
en quantité et en prix, de l'approvisionnement énergétique de la France,
en électricité, en pétrole ou en gaz.
La culture du développement se
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conjugue avec la culture de la sécurité. La loi du 13 juillet 2005 fixant les orientations de la politique énergétique traduit clairement la volonté du gouvernement de diversifier les sources d'énergie, en respectant trois impératifs : réduire notre dépendance énergétique par rapport au pétrole, limiter nos émissions de gaz à effet de serre, tout en maintenant la stabilité du prix de notre énergie. C'est une responsabilité dont nous avons pris pleinement la mesure. La lutte contre le changement climatique est une priorité de notre politique énergétique. Le groupe de travail « facteur 4 » fera des recommandations pour diviser par quatre d'ici à 2050 les émissions de gaz à effet de serre. Avec 40 % de son énergie d'origine nucléaire, la France possède déjà une longueur d'avance sur ses partenaires. L'entrée dans l'ère du « pétrole cher » nous contraint à des changements de comportement, notamment dans la production et la consommation d'énergie. Le gouvernement a choisi d'anticiper pour préparer la société française à ces évolutions.
La table ronde que nous
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avons tenue avec les acteurs du secteur a dressé le constat de l'épuisement à moyen terme des ressources pétrolières. Des engagements ont été pris en matière d'évolution des prix et de développement des énergies de substitution.
L'anticipation suppose en effet la recherche et le développement de filières nouvelles.
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Les énergies renouvelables représentent des enjeux majeurs en termes d'emplois nouveaux. On ne sait pas assez que la France occupe déjà le premier rang européen pour la production des énergies renouvelables et que cela représente 25 000 emplois dans l'industrie, 15 000 dans le secteur forestier et 60 000 dans l'agriculture. Les filières de l'énergie renouvelable constituent des gisements d'emplois. 21 % de notre électricité sera d'origine renouvelable en 2010 ; nous devrons incorporer 5,75 % de biocarburant dans notre essence dès 2007. L'Etat soutient la recherche et le développement des énergies renouvelables, bioénergie ou solaire, les économies d'énergie (véhicule propre et bâtiment économe). L'engagement du gouvernement, conjugué à l'excellence du travail accompli par les équipes du CEA, a permis à la France d'être retenue pour accueillir le projet mondial ITER qui doit permettre d'identifier les moyens de produire, dans quelques dizaines d'années, de l'électricité en grande quantité, à faible coût et dans le respect de l'environnement, à partir de la fusion nucléaire. Créateur de milliers d'emplois pour vingt ans dans notre pays, c'est un programme déterminant pour l'avenir énergétique de notre planète.
Mobiliser le potentiel d'innovation
de notre pays en faveur de la compétitivité, de la
croissance et de l'emploi : c'est l'ambition des pôles de
compétitivité, le nouvel instrument de politique industrielle
que le gouvernement a décidé de promouvoir.
Il répond directement à la nécessaire adaptation
de notre industrie aux nouveaux besoins du marché, en faisant
travailler en réseau les chercheurs, les entreprises et les
universitaires et en mutualisant leurs compétences. Il s'agit
de contribuer au renouvellement de notre production industrielle
à partir de la spécialisation des territoires. Soixante-sept
pôles de compétitivité représentent des
enjeux de recherche majeurs dans des domaines aussi variés
que la santé, l'agriculture et l'alimentation, les biotechnologies,
le textile technique, l'aéronautique, les nouvelles énergies.
Fondés sur le travail en commun des différents acteurs,
entreprises, universités et laboratoires, ils peuvent apporter
des réponses innovantes aux défis du futur, assurer
à l'industrie française un positionnement international
incontournable et donner une dynamique nouvelle à nos industries
traditionnelles. Notre démarche intéresse au plus
haut point nos partenaires européens et méditerranéens.
Je souhaite qu'elle débouche sur des coopérations
de pôle à pôle, au sein de l'Europe ou au-delà
: j'ai présenté nos pôles au Japon et l'accueil
a été très favorable.
Pour optimiser les capacités industrielles
et le potentiel technologique de notre pays, nous avons créé
l'Agence de l'innovation industrielle (AII). Elle vise à
orienter l'industrie française vers les secteurs les plus
innovants, en s'appuyant sur de grandes entreprises, pivots de programmes
mobilisateurs d'innovation industrielle (PMII). La création
de cette instance complète ainsi le dispositif de soutien
à l'innovation, associant Oséo, qui s'adresse aux
PME, et l'Agence nationale de la recherche, qui oriente et concentre
des moyens nouveaux en direction de projets de recherche sélectionnés
pour leur excellence scientifique.
C'est en innovant que les entreprises
françaises renforceront leur compétitivité
et créeront des emplois qualifiés sur notre territoire
: c'est dans cet esprit que les Forums du financement de l'innovation
et de la compétitivité sont organisés.
Conçus autour des pôles de compétitivité
mondiaux ou à vocation mondiale, ces Forums ont pour objectif
de faciliter le développement des PME innovantes afin notamment
de remédier à une difficulté typiquement française
: le manque d'entreprises moyennes. Ils permettront aux entrepreneurs
de se rencontrer et de nouer des accords avec tous les partenaires
nécessaires à leur croissance : leurs clients, leurs
partenaires financiers, scientifiques et technologiques, que ce
soit au niveau régional, national ou international. Les Forums
auront lieu dans sept villes à partir du mois de mars : à
Lyon, à Marseille, à Grenoble, à Paris, à
Toulouse, à Rennes, à Strasbourg. Ils sont organisés
en étroit partenariat, au niveau national et au niveau régional,
avec des acteurs privés et publics, notamment les collectivités
locales. Comme les pôles de compétitivité, ils
mettront en avant les initiatives locales exemplaires.
L'amélioration de la compétitivité
des entreprises doit impérativement mieux prendre en compte
la protection de la santé des personnes. C'est précisément
l'objectif du règlement européen Reach. L'industrie
chimique française, mais aussi toutes les entreprises utilisatrices
de produits chimiques ont compris la nécessité de
s'adapter aux nouvelles exigences des consommateurs. La mise en
place d'instruments d'évaluation et d'expertise des substances
chimiques donnera à ces secteurs industriels le crédit
de fiabilité et de responsabilité dont ils ne peuvent
plus se dispenser.
Enfin, la concurrence internationale nécessite
le renforcement des dispositifs de protection des créations
originales de nos entreprises. C'est pourquoi nous transposerons
prochainement la directive communautaire de 2004 sur la lutte contre
la contrefaçon. Par ailleurs, une grande campagne d'information
sensibilisera les consommateurs aux méfaits de la contrefaçon
et de la piraterie numérique.
La diffusion des technologies
de l'information est aujourd'hui un vecteur majeur de création
d'emplois. Les technologies de l'information représentent
à elles seules 25 % de la croissance du produit intérieur
brut de l'Union européenne et 40 % de la croissance de la
productivité. Les niveaux d'investissement dans les technologies
de l'information sont étroitement liés à la
croissance des économies modernes. Dans ces conditions, le
gouvernement s'efforce de créer le cadre le plus favorable
à cette diffusion. Ce cadre doit d'abord répondre
à l'enjeu global de société qu'est le risque
de « fracture numérique » sur le territoire national.
Notre ambition : assurer une couverture territoriale complète
par les réseaux de téléphonie mobile ainsi
qu'une couverture de 99 % de la population française par
les réseaux Internet haut débit d'ici 2007. La France
a le marché européen le plus dynamique avec aujourd'hui
plus de huit millions d'abonnements à Internet haut débit.
Notre objectif de dix millions d'abonnements en 2007 sera très
certainement atteint dès 2006. Une étude est lancée
sur les actions publiques à conduire pour accélérer
le développement des prochaines générations
de haut débit, en association avec les industriels et les
opérateurs.
Les PME/PMI sont concernées au premier chef. Aujourd'hui,
seulement 20 % des entreprises de plus de 250 salariés disposent
d'un site Internet pour commander en ligne. Avec le plan TIC PME
2010, nous misons sur le renforcement des chaînes informatiques
interentreprises.
Enfin, le gouvernement porte une attention toute particulière
au développement de l'innovation dans le domaine des technologies
de l'information. Deux projets seront engagés dans ce domaine
par l'Agence de l'innovation industrielle, l'un relatif aux réseaux
très haut débit sécurisé (THDS) et l'autre
intitulé QUAERO, moteur de recherche sur les contenus multimédia.
Plusieurs pôles de compétitivité ont été
labellisés dans le secteur des technologies de l'information
: « Images et réseaux » en Bretagne, «
Technologies électroniques sécurisées »
en Normandie, « Solutions communicantes sécurisées
» en Paca
Chacun de ces pôles vise à faciliter
la coopération des entreprises et les transferts de technologie.
Ces mesures en direction des entreprises accordent également
une place privilégiée aux demandes des consommateurs.
Ainsi, la table ronde entre usagers et opérateurs de téléphonie
fixe et mobile m'a permis d'obtenir des avancées aussi significatives
que la gratuité du temps d'attente des usagers pour les appels
des services de support technique.
Les expérimentations en matière de télévision
mobile, la concertation avec nos voisins européens pour assurer
la diffusion de la télévision numérique terrestre
dans nos territoires frontaliers, la mise en place d'un crédit
d'impôt pour soutenir la production de jeux vidéos
en France sont autant d'initiatives qui visent à diversifier
l'offre proposée au public, trop souvent dominée par
les produits anglo-saxons : c'est clairement un enjeu de diversité
culturelle.
La valorisation de l'image des métiers
de l'industrie est indispensable. Trop d'emplois industriels
ne sont pas pourvus à cause de la mauvaise image de ces métiers
: des entreprises rencontrent de réelles difficultés
de recrutement et plus de 20 % des offres d'emplois de certains
secteurs industriels ne sont pas satisfaites alors qu'elles concernent
des compétences clés de l'entreprise. J'ai donc engagé,
avec les fédérations industrielles, une campagne de
communication qui s'adresse aux jeunes de 15 à 25 ans en
formation initiale ou en recherche d'emploi. L'enjeu est triple
: rapprocher l'école de l'entreprise- pour cela le ministère
de l'Education nationale est notre partenaire-, conduire les jeunes
sur le chemin de l'emploi en valorisant le travail tout en les sensibilisant
à la palette complète des métiers de l'industrie
et redynamiser nos entreprises en anticipant leurs besoins de compétences.
Notre industrie est à un tournant de son développement.
Elle possède de nombreux atouts pour faire face aux nouveaux
défis. Avec le gouvernement, je mets en oeuvre tous les moyens
pour préparer l'avenir, afin que notre industrie soit porteuse
d'emplois, de croissance, de richesse et de bien-être pour
les Français.
François Loos, ministre délégué à l'Industrie
Source : n° 110 janvier 2006
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