(synthèse
du rapport de Didier Lombard - février 1998)
Ce rapport
est remis à M. Christian Pierret, Secrétaire d'Etat à
l'Industrie, dans le cadre d'une mission qu'il m'a confirmée en juillet
1997 et qui m'avait d'abord été confiée par M. Franck
Borotra, Ministre de l'Industrie, de la Poste et des Télécommunications.
Les contacts
que j'ai pu nouer pour mener à bien cette mission m'ont montré
à quel point, dans une économie mondialisée de la connaissance,
la propriété industrielle est un enjeu majeur pour la compétitivité
des entreprises. Elle doit faire partie intégrante d'une politique
dynamique d'innovation. Or, en France, il reste beaucoup à faire pour
que les entreprises, et tout particulièrement les PME, recourent plus
souvent ou plus efficacement au brevet.
C'est
également un objectif pour l'Europe. Le rapport propose donc un ensemble
de mesures dont la mise en oeuvre demande, dans certains cas, une concertation
interministérielle et, plus souvent encore, une concertation au niveau
européen.
Ce travail
n'aurait pas été possible sans les contributions et les réflexions
de très grande qualité des nombreuses personnalités rencontrées
dans le cadre de cette mission. Qu'elles en soient remerciées ici,
ainsi que Sabine Jordan-Dassonville, Dominique Deberdt et Jacques Serris
qui, au sein du Service de la Technologie et de la Stratégie, ont apporté
leur concours à l'élaboration de ce rapport.
Didier
LOMBARD
Le brevet
pour l'innovation
Le thème
de la propriété industrielle a semblé pendant longtemps
une affaire de spécialistes. Il est apparu sur le devant de la scène
en 1993-1994, lors de la négociation des accords pour la mise en place
de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), comme un sujet stratégique
pour le commerce international. Sous l'impulsion des Etats-Unis, en effet, l'accord
relatif aux «aspects des droits de propriété intellectuelle
qui touchent au commerce» (ADPIC) a instauré des standards minima
que doivent respecter les Etats membres et mis en place un mécanisme
de règlement des différends qui organise la possibilité
de sanctions commerciales.
Confrontée
au problème endémique des contrefaçons sur les marchés
émergents, l'Europe a emboîté le pas aux Etats-Unis. Cependant
cette vision défensive est trop restrictive car, dans la nouvelle économie
mondialisée de la connaissance, la compétitivité dépend
de la capacité à consolider et à valoriser ses connaissances.
La négociation
de l'accord ADPIC est la manifestation d'une mobilisation forte de l'ensemble
du système américain de propriété intellectuelle.
Partant du constat que le développement technologique du Japon s'est
fait sans contrepartie sur la base des connaissances américaines, les
Etats-Unis ont accompli une remise en ordre profonde de leur système
de brevets.
Aujourd'hui,
trois blocs économiques représentent 85 % de la demande internationale
de brevets, mais leurs performances à l'extérieur de leur territoire
sont très dissemblables, comme l'illustre le graphique ci-contre. La
performance de l'Europe en matière de brevets apparaît comme faible
par rapport à celles du Japon et des Etats-Unis. Ces deux pays comptent
ensemble pour environ la moitié des demandes de brevets européens,
alors que les Etats membres de l'OEB ne représentent que 4 % des
demandes au Japon et 16 % aux Etats-Unis. Au cours des deux dernières
décennies, les dépôts de brevets américains et japonais
ont progressé en Europe aux dépens des brevets européens.
Cela pourrait n'être qu'un effet de la mondialisation si on constatait
un effet symétrique de progression des dépôts européens
aux Etats-Unis et au Japon. Or, les dépôts d'origine européenne
stagnent dans ces deux pays, tandis que les dépôts japonais ont
progressé aux Etats-Unis. On retrouve le même schéma que
dans l'industrie automobile : les Etats-Unis sont plus présents en Europe
que les Européens aux Etats-Unis et le Japon est très dominant
chez lui alors qu'il a pris aussi des positions importantes en Europe et aux
Etats-Unis.
Avec l'adoption
par la Commission européenne, en juin 1997, d'un Livre vert sur les brevets
qui pose la question de la nécessité d'une harmonisation communautaire,
l'Europe prend conscience d'un retard que le «Livre vert sur l'innovation»
avait déjà dénoncé en 1995 et envisage de restructurer
son système de brevets. Le moment est donc venu, en France, d'intégrer
la propriété intellectuelle - et tout particulièrement
le brevet - dans une politique dynamique d'innovation.
1 - Une économie mondialisée de la connaissance
1 - Une
économie mondialisée de la connaissance
Avec la mondialisation,
l'espace économique sur lequel s'exerce l'activité des entreprises
s'élargit. De nouveaux marchés s'ouvrent, la concurrence s'intensifie et
les entreprises doivent faire face à un environnement complexe, contraignant
et en constante mutation. L'objectif de compétitivité implique
la recherche de nouveaux avantages concurrentiels et une mobilisation de toutes
les ressources : inventer des produits et des procédés nouveaux,
générer de nouveaux marchés, améliorer la qualité,
accroître la performance de l'appareil de production, mieux répondre
aux attentes des consommateurs et des clients. Tout cela ne peut s'envisager
sans un effort permanent d'innovation. Alors que des impératifs de coût
peuvent conduire certaines activités de main-d'oeuvre à délocaliser,
les pays développés comme la France restent les mieux placés
pour les activités de conception et de recherche, substrat de l'innovation.
Cet effort
d'innovation doit se décliner sur différents plans : commercial,
organisationnel... mais surtout technologique. Cela ne signifie pas que seules
les hautes technologies soient concernées ; à côté
des innovations de rupture qui donnent un avantage majeur, des innovations plus
modestes sur des produits existants permettent de prolonger et d'entretenir
l'avantage concurrentiel.
La nécessité
de mettre très rapidement les produits sur les marchés et la contrainte
de mobiliser des ressources considérables pour la recherche-développement
imposent aux entreprises de définir avec discernement les technologies
essentielles qu'il leur faut impérativement développer (et maîtriser
en interne) et celles qu'il est possible d'acquérir à l'extérieur
ou par des coopérations. Les transferts de technologie et la recherche
coopérative deviennent des pratiques courantes. Les entreprises cherchent
à accéder à l'ensemble des connaissances et des ressources
technologiques mondiales, elles mettent en place des réseaux de recherche,
partagent les coûts et les risques avec des partenaires ou encore tissent
des liens de recherche avec des clients et des utilisateurs.
2 - Une
politique active de propriété intellectuelle
Les entreprises
: intégrer la propriété intellectuelle dans leur stratégie
Si l'effort
d'innovation pour les entreprises est un facteur essentiel de compétitivité,
celui-ci doit impérativement pouvoir être consolidé et valorisé
par une attitude active en matière de propriété intellectuelle.
Sans protection de son patrimoine intellectuel, en effet, l'entreprise s'expose
à voir les résultats de sa recherche-développement utilisés,
voire appropriés, par des tiers et ses investissements commerciaux récupérés
par ses concurrents. Son attitude en ce domaine doit être à la
fois offensive et défensive. Offensive pour pénétrer les
marchés en écartant les concurrents ou en affaiblissant l'attrait
de leur offre, pour négocier dans une position favorable avec des partenaires
ou avec des concurrents ; et défensive pour se protéger des contrefaçons
et maintenir ses droits d'exploitation.
La mondialisation
multiplie les risques d'imitation et de contrefaçon. L'entreprise doit
avoir une vision prospective du développement de ses produits et de ses
marchés de façon à se mettre dans une position favorable
tout en se protégeant. Cette protection doit évidemment être
obtenue dans les pays où l'entreprise est présente, mais également
dans ceux où des concurrents existent ou peuvent apparaître, ainsi
que dans ceux où elle envisage, à moyen terme, de produire et
commercialiser (que ce soit directement ou par l'intermédiaire de licenciés
et de partenaires).
Cette protection
indispensable doit reposer sur une veille technologique et concurrentielle solide.
L'entreprise ne doit courir le risque ni de consacrer inutilement des ressources
à réinventer des technologies qui auraient pu être acquises
à moindre coût à l'extérieur, ni de s'engager dans
un processus de contrefaçon qui peut conduire à des litiges coûteux
et à des sanctions douloureuses.
L'entreprise
doit être très vigilante vis-à-vis du brevet (voir encadré).
Le déposant porte à la connaissance de ses concurrents des informations
qui pourront faciliter un effort de rattrapage technologique en contournement
de ses brevets. Cependant, contrairement à une croyance trop répandue,
le secret est souvent une alternative peu réaliste. Il faut en réalité
le considérer plutôt comme complémentaire : le brevet peut
être consolidé par l'existence d'un savoir-faire non breveté,
constitué par un ensemble de connaissances spécifiques non formalisées,
acquises par l'expérience et que certaines précautions rendent
inaccessibles aux tiers.
Une attitude
active en matière de brevet repose sur une organisation appropriée
dans l'entreprise. La veille technologique est un préalable nécessaire.
Parmi les informations qu'il convient de recueillir et de traiter, l'information
brevets constitue une ressource incomparable pour l'analyse de l'état
de l'art scientifique et technique et la surveillance de la concurrence. Cette
fonction reste largement méconnue dans les entreprises et les laboratoires
de recherche. Enfin, la sensibilisation du personnel et la mise en place de
procédures adaptées permettent de détecter l'ensemble des
inventions et innovations qui prennent naissance dans l'entreprise et sont susceptibles
d'enrichir son patrimoine technologique. A cet effet, un dispositif d'intéressement
des inventeurs salariés peut contribuer à créer un climat
favorable.
Les pouvoirs
publics : créer une dynamique favorable
La propriété
intellectuelle recouvre un large ensemble d'instruments (voir définitions),
l'industrie étant particulièrement concernée par les brevets,
les marques, les dessins et modèles, la protection des bases de données
et même le droit d'auteur, qui a été étendu à
la protection de certains aspects des logiciels. Le brevet n'est donc pas le
seul instrument de la propriété intellectuelle, mais c'est par
excellence l'outil de protection de l'innovation technologique, et sans doute
celui que la France et ses entreprises utilisent le moins bien. Il appelle donc
une action spécifique.
Les Etats-Unis
ont montré qu'une politique volontariste pouvait avoir des résultats.
La création en 1982 d'une cour d'appel unique au niveau fédéral
pour les brevets et le triplement des sanctions financières infligées
au contrefacteur «délibéré et conscient» - système
très dissuasif - ont beaucoup contribué à rendre confiance
dans le brevet et à développer son utilisation.
En France,
il reste beaucoup à faire pour que les entreprises, tout particulièrement
les PME, soient convaincues de l'intérêt économique du brevet
et y accèdent plus facilement. Le système national d'innovation
et le cadre institutionnel européen dans lequel il s'insère doivent
s'adapter rapidement aux conditions de la mondialisation de l'économie
et de la compétition technologique. Au besoin, les pouvoirs publics doivent
provoquer les évolutions nécessaires du cadre juridique et institutionnel.
Les nouveaux champs technologiques, comme les biotechnologies ou les logiciels
notamment, qui évoluent rapidement et dont le potentiel de croissance
est élevé, ont besoin - plus encore que les autres - que leurs
spécificités soient prises en compte. De même, les nouvelles
formes de recherche coopérative doivent pouvoir bénéficier
d'un environnement adapté.
3 - Le système
actuel est-il à même de répondre aux besoins ?
Le système
international de brevets a accompli des progrès très significatifs
depuis deux décennies. Au niveau mondial, il intègre désormais
la quasi totalité des pays. L'harmonisation du droit et des procédures
progresse. En Europe, un système «régional» a été
mis en place avec un certain succès. Cependant, de nombreux acteurs (PME,
laboratoires de recherche et inventeurs individuels) ne sont pas véritablement
en mesure de tirer le meilleur parti du système.
Un système
complexe et morcelé...
Les premiers
accords internationaux sur les brevets sont relativement anciens : dès
1883, la Convention d'Union de Paris a jeté les bases d'un droit international
de la propriété industrielle. Pourtant il n'existe toujours pas
aujourd'hui de brevet international, titre unique produisant ses effets dans
un ensemble de pays. Même en Europe, les procédures existantes
aboutissent finalement à la délivrance de brevets nationaux indépendants
dans chacun des pays désignés par le déposant.
Le dispositif
mondial actuel de brevets est donc complexe et morcelé. Les systèmes
nationaux conservent de grandes disparités, tant du point de vue du droit
des brevets que de celui des procédures de délivrance ou du système
judiciaire. Certains pays ont instauré des systèmes de simple
enregistrement ; à l'opposé, dans d'autres pays, le brevet ne
s'obtient qu'au terme d'une procédure de recherche et d'examen lourde
et relativement longue, le contenu du titre et sa délivrance faisant
l'objet d'une véritable négociation entre l'Office et le déposant.
En Europe,
il n'existe pas encore de brevet communautaire qui serait valable pour l'ensemble
de l'Union européenne sans être susceptible d'interprétations
différentes suivant les pays. L'Office européen des brevets (OEB),
organisme non communautaire, gère le système du brevet européen,
régi par la Convention de Munich (1973). C'est un système incomplet
: la procédure unique d'examen et de délivrance débouche
en effet sur une multitude de brevets nationaux, propres à chacun des
18 Etats membres de l'OEB.
Au niveau mondial,
l'accord ADPIC, inséré dans les accords de Marrakech d'avril 1994
(négociations de l'OMC), représente une avancée majeure.
Il élargit à la quasi totalité des pays du monde le champ
d'application de la propriété industrielle et renforce le respect
des droits. L'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle
(OMPI), de son côté, gère une procédure dite PCT
(Patent Cooperation Treaty) qui permet, à partir d'une demande unique,
d'obtenir un brevet national dans plus de 90 pays. Sous l'effet de la mondialisation,
cette procédure connaît depuis quelques années un grand
développement.
Cependant l'harmonisation
reste encore très insuffisante. Les travaux actuellement poursuivis par
l'OMPI concernent essentiellement les formalités administratives, alors
qu'il reste beaucoup à faire pour réduire la complexité
du système international. Le droit américain des brevets conserve
notamment des particularismes comme le droit du premier inventeur (par opposition
au droit du premier déposant qui est pratiqué dans tous les autres
pays) ou la publication à la délivrance (la publication de la
demande de brevet a lieu dans les autres pays 18 mois après le dépôt).
...qui n'est
pas facile à utiliser par les PME
Dans les grands
pays industrialisés, le brevet est bien connu et largement utilisé
par les grandes entreprises qui en font un des instruments privilégiés
de leur développement à l'international. Il n'en est pas de même
pour les PME qui, souvent, méconnaissent le système ou l'utilisent
insuffisamment. Elles rencontrent en effet des difficultés spécifiques
pour accéder au brevet et en tirer le meilleur parti :
- il est rarement
possible à une PME de disposer d'un spécialiste de la propriété
industrielle ; or, la définition et la mise en oeuvre d'une stratégie
en ce domaine et la veille technologique sont chose complexe ;
- le coût
d'obtention d'un brevet dans plusieurs pays est élevé et constitue
une barrière à l'entrée des PME, pour lesquelles le dépôt
représente un pari plus risqué que pour une grande entreprise ;
- la protection
théoriquement conférée par le brevet est souvent inefficace
pour les PME plus vulnérables à la contrefaçon que les
grandes entreprises ; non seulement la contrefaçon peut mettre en péril
une proportion importante (voire la totalité) de leur chiffre d'affaires,
mais en plus, la longueur et le coût des procédures de litiges,
les aléas de l'issue des procès et la faiblesse des sanctions
les obligent, par manque de ressources financières, à abandonner
leur action ou à accepter une transaction peu satisfaisante.
La recherche
publique souvent à l'écart
La recherche
publique est un remarquable réservoir d'innovations. Elle développe
de plus en plus fréquemment avec des industriels des partenariats qui
conduisent à des dépôts de brevets. Lorsque la recherche
est moins appliquée et financée sur les fonds propres des laboratoires,
les chercheurs ignorent trop souvent les possibilités de protection offertes
par le brevet. Certes, les résultats de la recherche fondamentale sont
par nature rarement brevetables, mais d'autres travaux sont susceptibles de
générer des dépôts. Les organismes et les universités
ne sont cependant pas nécessairement en mesure de valoriser eux-mêmes
leurs innovations : il leur est en particulier difficile d'en apprécier
la brevetabilité et l'intérêt économique, comme de
trouver le partenaire industriel capable de prendre le relais du développement
et d'exploiter l'invention.
Les inventeurs
individuels : un gisement mal exploité
Les inventeurs
individuels constituent également un gisement potentiel d'innovations
mal exploité. Le plus souvent, les inventeurs individuels n'accompagnent
pas leur invention d'un approfondissement technique et d'une démarche
industrielle et commerciale. La protection qu'ils croient trouver dans
le processus juridique du dépôt de brevet se révèle
alors illusoire. Qu'ils n'aient pas conscience de cette nécessité,
ou qu'ils n'en aient pas les moyens ou le temps, de nombreux inventeurs individuels
n'engagent pas les développements ou les études de faisabilité
qui pourraient leur permettre d'intéresser une entreprise à leur
invention. Lorsqu'ils créent leur entreprise pour exploiter eux-mêmes,
ils sous-estiment souvent les délais et les difficultés (notamment
pour le financement du projet, l'évaluation des marchés et la
prospection commerciale). Cela les contraint alors à abandonner leur
brevet, faute d'avoir pu à temps trouver un partenaire industriel et/ou
commercial ou créer leur propre structure.
4 - La situation
en Europe et en France
En Europe,
comme l'avait noté en 1995 le «Livre Vert sur l'innovation»,
les dépôts de brevets stagnent. Beaucoup d'entreprises connaissent
mal le brevet, sous-estiment sa valeur économique et n'ont pas confiance
dans l'efficacité de la protection qu'il confère. Les entreprises
européennes subissent souvent le brevet comme un mal nécessaire,
une source de coût, alors que leurs homologues américaines adoptent
une attitude plus offensive. Cette différence reflète une prise
de conscience insuffisante de l'importance économique et du rôle
stratégique du brevet.
A cet égard,
la France ne fait pas mieux que la moyenne européenne. A effort de recherche
comparable, les entreprises françaises déposent nettement moins
de brevets que leurs concurrents allemands. La Suisse, la Suède et les
Pays-Bas manifestent une propension à breveter supérieure à
celle de la France. La stagnation de l'Europe et de la France est préoccupante
à un moment où l'on enregistre une augmentation sensible des dépôts
au niveau mondial ainsi que l'émergence de nouveaux pays comme la Corée
ou la Chine.
Si dans tous
les pays du monde (y compris au Japon et aux Etats-Unis) les PME rencontrent
des difficultés spécifiques pour accéder au brevet, ce
problème est beaucoup plus marqué en Europe, et en particulier
en France. Seulement 25 % des entreprises industrielles françaises ont,
dans leur histoire, déposé au moins un brevet. De plus, la profession
de conseils en propriété industrielle, dont le concours est indispensable
aux PME, est insuffisamment développée dans notre pays. La priorité
d'une politique de propriété industrielle doit donc être
de faire en sorte que les PME utilisent mieux le dispositif du brevet. La concurrence
et les marchés se situent au niveau mondial : la protection sur
le territoire français ne suffit pas, c'est au moins à l'échelle
européenne qu'il faut se placer.
Le système
européen, dont l'OEB est l'instrument essentiel, est actuellement l'objet
de vives tensions qui résultent en partie de son succès. De plus
une douzaine de pays, en particulier d'Europe orientale et centrale, souhaitent
y adhérer à court terme. Cet élargissement inéluctable
comporte des aspects positifs en termes d'unification de l'espace européen,
mais il constitue également un risque sérieux de lourdeurs, voire
de paralysie, alors qu'il convient, au contraire, que l'Europe puisse réagir
et se doter d'une politique efficace.
Il est d'autant
plus impératif de provoquer les évolutions nécessaires
que, sur le terrain des brevets, les pays émergents font irruption tandis
que les entreprises françaises et européennes tardent à
concrétiser leur développement international. De plus, les nouveaux
modes de production (notamment l'externalisation de la R-D dans le cadre de
coopérations technologiques) et de diffusion (en particulier par le développement
de l'Internet) des connaissances rendent plus nécessaire le support juridique
de la propriété intellectuelle.
Avec l'accord
ADPIC, conclu dans le cadre de l'OMC, de meilleures conditions de protection
intellectuelle sont mises en place pour les entreprises qui interviennent à
l'international. Les acteurs français doivent se mobiliser pour en tirer
parti.
L'INPI (Institut
National de la Propriété Industrielle) emploie 750 personnes.
Son budget est de l'ordre de 800 MF.
Son implantation
principale est en région parisienne, mais l'INPI a développé
une politique régionale. Il existe déjà 10 centres régionaux
: Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Rennes, Sophia-Antipolis,
Strasbourg, Toulouse.
Les missions
de l'INPI
L'INPI a les
missions principales suivantes :
L'insertion
de l'INPI dans le dispositif national d'innovation
La politique
de la propriété industrielle n'est pas élément isolé
: elle doit être partie intégrante de la politique nationale d'innovation.
Pour créer une dynamique favorable à l'innovation, la priorité
doit être de faire en sorte que les entreprises, particulièrement
les PME, perçoivent mieux les enjeux économiques du brevet, qu'elles
puissent avoir davantage confiance dans la protection qu'il confère et,
en définitive, qu'elles fassent une meilleure utilisation du dispositif
au niveau international. Au delà de son rôle traditionnel de gestion
du système national de brevets et des autres titres de propriété
industrielle, l'INPI est l'instrument privilégié d'une politique
active. Faire connaître le brevet, développer en France une culture
de propriété industrielle sont des actions prioritaires de longue
haleine dont seul l'INPI peut être le moteur et le coordonnateur.
Les actions
déjà engagées doivent être renforcées. Ceci
nécessite que l'INPI consacre des moyens humains et financiers plus importants
à ces actions de sensibilisation, de formation et de promotion. L'effort
que les centres régionaux ont engagé pour se rapprocher des entreprises
doit être poursuivi en coordination avec les DRIRE, les délégations
territoriales de l'ANVAR et le Réseau de Diffusion Technologique.
1er axe
: Inciter l'Europe à se doter d'une véritable politique
en matière de brevet
A la différence
des Etats-Unis et du Japon, l'Europe n'a pas de véritable politique de
brevet qui fasse partie intégrante d'une politique de l'innovation. L'OEB
ne fait que gérer une procédure unifiée de délivrance
de brevet dans le cadre d'une convention internationale. Son président
est une personnalité reconnue mais il n'a pas de rôle politique
et ne peut pas, comme ses homologues américain et japonais, avoir un
rôle d'impulsion en accompagnement d'une politique d'innovation. En outre,
le conseil d'administration, composé essentiellement des chefs d'offices
nationaux, fait l'objet de critiques qui lui reprochent de manquer de vision
prospective et de défendre davantage les intérêts des offices
nationaux que l'optimisation du système européen.
Un rôle
majeur pour l'OEB
Il est donc
essentiel que l'Europe se dote enfin d'une véritable politique en matière
de brevet. Une réunion de l'OEB (une fois tous les deux ans), au
niveau des ministres en charge de la propriété industrielle dans
chacun des Etats membres, doit définir les orientations et prendre les
décisions majeures. L'OEB, qui remplit de manière très
satisfaisante sa mission de gestionnaire du brevet européen, doit rester
un instrument efficace. Il ne faut accepter ni qu'il soit dévitalisé
par un transfert abusif de ses ressources vers les systèmes nationaux,
ni que son élargissement aboutisse à sa paralysie. Pour éviter
ce dernier écueil, il est nécessaire, avant l'adhésion
des pays d'Europe centrale et orientale, de réviser certaines dispositions
institutionnelles de la Convention de Munich relatives aux mécanismes
de décision et au fonctionnement de l'organisation.
Relancer
le brevet communautaire
S'agissant
du brevet communautaire, il est positif que le récent «Livre vert
sur le système de brevets» entreprenne d'en relancer la dynamique.
Aux yeux des utilisateurs, le brevet communautaire présente a priori
l'avantage d'une protection uniforme sur un large territoire et d'une simplification
pour les procédures et la gestion des titres. Cependant cet instrument
ne sera intéressant que si son coût est abordable et si le système
juridictionnel mis en place n'est pas porteur d'insécurité juridique.
Dans la perspective d'une rationalisation du système européen,
le brevet communautaire peut prendre à terme le relais du système
actuel, mais cette opération ne sera efficace que s'il est suffisamment
attractif et si des passerelles entre le brevet communautaire et le brevet européen
permettent d'introduire une certaine flexibilité pendant la période
transitoire.
2ème
axe : Développer en France un environnement favorable au brevet
Ce sont les
petites et moyennes entreprises qui doivent être la cible prioritaire
d'actions de sensibilisation et de promotion du brevet.
Les chefs d'entreprise,
à quelques exceptions près, n'ont qu'une vision lointaine de la
propriété industrielle. Le brevet est souvent perçu comme
une matière aride que son double caractère, juridique et technique,
réserve à quelques spécialistes. En profitant du récent
Livre vert sur le brevet, il est possible de lancer un vaste débat national
qui pourrait être élargi à d'autres questions de propriété
industrielle. Celui-ci permettrait à la fois d'inciter les acteurs économiques
à réfléchir à ces sujets et de recueillir leurs
avis et leurs souhaits.
Des sujets
tels que l'instauration d'un brevet communautaire, le coût du brevet européen,
le fonctionnement du système judiciaire ou la brevetabilité des
logiciels méritent d'être débattus au-delà du cercle
traditionnel des spécialistes. Ces discussions pourraient prendre des
formes très diverses : réunions organisées en liaison avec
les fédérations professionnelles, forums insérés
dans des manifestations consacrées à l'innovation, demi-journées
régionales de sensibilisation destinées principalement aux dirigeants
de PME sur des thèmes tels que la lutte contre la contrefaçon
ou le recours aux conseils en propriété industrielle.
Développer
en France une culture de propriété industrielle est une action
de longue haleine dont l'INPI (Institut national de la propriété
industrielle) doit être le moteur et le coordonnateur. Cette action doit
se décliner sur plusieurs plans, depuis la sensibilisation jusqu'à
la formation de spécialistes.
Sensibiliser
Les actions
de sensibilisation doivent être renforcées à tous les niveaux
: un élève de terminale devrait savoir ce qu'est un brevet ; les
étudiants des écoles d'ingénieurs, des écoles commerciales
et des universités scientifiques (c'est-à-dire les futurs dirigeants,
cadres et chercheurs), doivent être initiés aux enjeux du brevet
et aux notions de base ; l'INPI doit poursuivre l'effort de rapprochement
que ses centres régionaux ont engagé vis-à-vis des entreprises
et consacrer un pourcentage plus élevé de son budget à
des actions de formation.
Faciliter
l'accès au brevet
Plusieurs mesures
concrètes sont de nature à faciliter l'accès au brevet
pour les PME et les inventeurs indépendants : en particulier renforcer
l'aide au premier brevet, proposer aux PME des diagnostics d'évaluation
des besoins et des audits de propriété industrielle, promouvoir
activement le brevet auprès des entreprises moyennes par des entretiens
personnalisés avec leurs dirigeants, créer une Bourse de
l'innovation de façon à ce que les inventeurs individuels puissent
trouver des partenaires industriels et commerciaux.
Former des
spécialistes
Les acteurs
économiques ont besoin d'un nombre de spécialistes de haut niveau
qui exercent leur métier soit en entreprise, soit en profession libérale.
Une réforme du Centre d'études internationales de la propriété
industrielle (CEIPI) est nécessaire dans ce sens.
Développer
la profession du conseil
Les conseils
en propriété industrielle jouent un rôle indispensable pour
l'accès au brevet des PME et des acteurs de l'innovation. Ils doivent
se faire davantage connaître, développer des relations de proximité
avec leur clientèle potentielle et, au-delà de la rédaction
des brevets et de l'accomplissement des formalités, élargir leurs
prestations vers la gestion de l'innovation, notamment en apportant le concours
de leur compétence et de leur expérience aux négociations
d'accords de licence et de transferts de technologie.
3ème
axe : Réduire le coût de la protection
Le coût
total de la protection par brevet de l'industrie européenne représente
environ 24 milliards de francs par an, soit 3 % des dépenses de R-D.
Il s'agit là, bien évidemment, d'une moyenne, certaines entreprises
ayant des budgets beaucoup plus conséquents. Les entreprises qui renoncent
à demander une protection de leurs innovations par brevet estiment que
c'est le coût élevé du brevet qui constitue pour elles le
facteur dissuasif le plus important. Cette appréciation est particulièrement
décisive pour les PME. Le brevet français n'est pas cher. C'est
le coût de la protection internationale qu'il faut réduire et,
pour les entreprises françaises, en premier lieu sur le territoire européen.
Priorité
: le coût d'obtention du brevet
Il faut prendre
en compte le coût global du brevet : coûts internes (notamment ceux
des départements brevets des entreprises), recours aux conseils, traductions
obligatoires, taxes de procédure, taxes de maintien en vigueur, litiges.
L'effort de réduction des coûts doit porter sur tous ces éléments,
mais prioritairement sur le coût d'obtention du brevet. En effet les entreprises
définissent souvent un budget préétabli pour la protection
et le niveau élevé de coût les conduit à être
excessivement sélectives, en limitant les paris qu'elles prennent sur
les innovations ou en restreignant le nombre de pays désignés.
Le coût de maintien du brevet n'est certes pas négligeable mais,
dans de nombreux cas, le temps passant, le déposant a une meilleure vision
de l'intérêt économique de son brevet, de sorte que ces
dépenses n'ont plus le même caractère de risque.
Abaisser
les taxes
Les taxes officielles
représentent environ le cinquième du coût d'obtention du
brevet européen. L'OEB doit poursuivre le processus déjà
engagé d'abaissement de ses taxes. Cependant, les limites en seront rapidement
atteintes si une mesure plus décisive n'est pas prise en faveur des PME,
des universités et des inventeurs individuels : une réduction
de 50 % des taxes, comme cela existe déjà aux Etats-Unis, doit
être envisagée.
En liaison
avec nos partenaires européens, il doit également être possible
de revoir le niveau de certaines taxes nationales de validation et de maintien.
Résoudre
le problème des traductions
Les traductions,
qui représentent environ le tiers du coût d'obtention du brevet
européen, sont particulièrement mises en cause et leur utilité
très contestée. Sur cette question, le statu quo n'est pas tenable
pour le brevet européen. Le brevet communautaire ne sera pas utilisé
si une solution réaliste n'est pas trouvée au problème
des traductions.
4ème
axe : Renforcer la protection des droits
L'obtention
de droits est un leurre si, dans la pratique, il n'est pas possible de les faire
respecter. Or beaucoup d'entreprises qui se tiennent à l'écart
du brevet, et même de celles qui l'utilisent, mettent en doute l'efficacité
de la protection quand il s'agit de faire cesser et de réprimer la contrefaçon,
en particulier dans certains pays d'Asie.
Tirer parti
des accords ADPIC
Certains dispositifs
législatifs rendent difficiles les poursuites ou ne prévoient
que de faibles sanctions. D'autres sont en apparence satisfaisants mais, lorsqu'un
problème se pose, la mise en oeuvre du dispositif se heurte à
une absence de collaboration des pouvoirs publics ou à une inertie du
système judiciaire, voire à des discriminations vis-à-vis
des étrangers. En élevant les standards minima, l'accord ADPIC
représente un progrès significatif. Il prendra toute son importance
à l'issue des périodes de transition consenties aux pays en développement
et aux pays «moins avancés». Il est essentiel de veiller à
sa mise en application.
Créer
une assurance-litige
D'autre part,
le coût des litiges à l'étranger, notamment aux Etats-Unis,
et la longueur de certaines procédures représentent pour beaucoup
d'entreprises, en particulier les PME, des obstacles parfois insurmontables.
La proposition du Livre vert de créer un système d'assurance-litige
est particulièrement intéressante et mérite d'être
approfondie.
Un système
judiciaire plus efficace
Au niveau national,
une adaptation du système judiciaire paraît nécessaire.
Il faut examiner avec le ministère de la Justice les possibilités
de spécialiser davantage les tribunaux appelés à traiter
des dossiers de propriété industrielle et réévaluer
les dommages et intérêts accordés aux victimes de la contrefaçon.
En effet, en France, les indemnités sont fondées sur la réparation
du préjudice subi par le breveté, d'ailleurs souvent difficile
à évaluer avec précision, et non pas - comme aux Etats-Unis
- sur la confiscation des bénéfices illicites réalisés
par le contrefacteur. Il convient d'engager une réflexion sur ce thème,
de façon à rendre les sanctions plus dissuasives.
Harmonisation
internationale
Enfin, de manière
plus générale, la garantie des droits des entreprises dans des
conditions satisfaisantes de coûts, de sécurité juridique
et de simplicité de mise en oeuvre passe par une harmonisation internationale
des systèmes de brevet. De ce point de vue, puisque les discussions au
sein de l'OMPI semblent enlisées et que les principales divergences en
termes de droit des brevets sont celles que manifeste le système américain,
il convient d'aborder ces questions dans le cadre du «dialogue transatlantique».
5ème
axe : Adapter le système et les règles de propriété
industrielle aux diverses modalités de la recherche
Les technologies
nouvelles ne permettront de concrétiser de nouveaux avantages concurrentiels
et des créations d'emplois que si elles bénéficient d'un
système de propriété industrielle et de règles adaptés.
Intégrer
de nouveaux champs technologiques
Pour être
efficace et inciter les entreprises à innover, le système européen
de brevets doit être capable de s'ouvrir rapidement aux nouveaux champs
technologiques. S'il ne le fait pas, il pénalisera les entreprises européennes
qui s'y engagent ou les encouragera à se délocaliser dans des
pays où la protection de l'innovation est mieux assurée. Or, l'Europe
semble avoir des difficultés à engager les adaptations nécessaires
de son dispositif législatif et réglementaire.
Les inventions
biotechnologiques
L'absence de
directive sur la protection des inventions biotechnologiques
crée une situation très pénalisante pour l'industrie européenne.
Le vote d'un nouveau projet en première lecture le 16 juillet 1997 laisse
espérer une issue favorable.
Les logiciels
Les logiciels
jouent un rôle de plus en plus important dans l'ensemble des activités
économiques, en particulier dans le développement de la société
de l'information. En les excluant de la brevetabilité, la Convention
de Munich a accrédité dans le monde de l'informatique l'idée
qu'ils ne pouvaient bénéficier de la protection du brevet, alors
que la jurisprudence de l'OEB est pourtant favorable aux inventions liées
aux logiciels. La modification de la Convention de Munich sur ce point permettrait
de clarifier la situation et de remettre l'industrie européenne du logiciel
à armes égales avec ses concurrents américains et japonais.
Valoriser
les résultats de la recherche
En France,
la recherche publique a un poids relatif plus élevé que dans les
autres pays industrialisés. De ce fait, la question déjà
ancienne de la diffusion de ses résultats et de leur exploitation s'y
pose avec acuité. Le dépôt de brevet facilite et sécurise
ces transferts : cette option doit donc être examinée à
un stade précoce. Enfin, pour répondre aux difficultés
bien connues de la valorisation des résultats de la recherche, il convient
de favoriser la mise en commun des moyens financiers et humains des organismes
et des universités. La création d'entreprises sur la base de brevets
issus de la recherche publique doit également être facilitée,
notamment par la définition d'un cadre réglementaire adapté.
De meilleures
règles de propriété industrielle dans le PCRD
De nouvelles
modalités de la recherche se développent, en particulier des formes
complexes de partenariats. Les coopérations technologiques associant
plusieurs entreprises, ou des entreprises et des centres de recherche, jouent
ainsi un rôle croissant dans la dynamique du processus d'innovation.
La propriété
industrielle tient une place importante dans la mise en place et le bon déroulement
de ces coopérations, car elle fournit la base juridique indispensable
tant à la protection du savoir-faire et des connaissances acquises qu'à
l'appropriation des connaissances nouvelles. Tout participant à une action
concertée de R-D tient légitimement à être assuré
que son engagement n'est pas porteur de risques de diffusion ou d'exploitation
incontrôlées de ses connaissances propres et des résultats
acquis. Or, de ce point de vue, les règles de propriété
industrielle de la recherche pré-concurrentielle européenne (c'est-à-dire
du programme cadre de recherche-développement ou PCRD) sont jugées
inadéquates, voire dissuasives, par de nombreuses entreprises. Leur évolution
est nécessaire pour que le PCRD permette de soutenir des projets plus
stratégiques.
Propriété
intellectuelle. Recouvre la propriété industrielle ainsi que
la propriété littéraire et artistique (droit d'auteur et
droits voisins) et la protection des bases de données.
Propriété
industrielle. Concerne les créations techniques et ornementales (brevets
d'invention, topographies des produits semi-conducteurs, obtentions végétales,
dessins et modèles) et les signes distinctifs (marques, dénominations
sociales, noms commerciaux et enseignes, appellations d'origine, indications
de provenance).
Brevet.
Il protège une invention, qui se définit comme la solution technique
apportée à un problème technique. C'est un titre de propriété
industrielle qui confère à son titulaire, pour une période
limitée de temps et sur un territoire donné, le droit d'interdire
à quiconque la reproduction de l'invention.
Marque. Elle
protège le signe distinctif d'un produit ou d'un service. Elle permet
de l'identifier et de le distinguer des produits ou services concurrents.
Dessins et
modèles. La protection des dessins et modèles s'applique à
tous les objets qui se distinguent de leurs similaires par une forme, une configuration
ou un effet extérieur leur conférant une physionomie propre et
nouvelle.
Droit d'auteur
et droits voisins. Le droit d'auteur protège les oeuvres littéraires
et artistiques. Il a été étendu et adapté à
la protection de certains aspects des logiciels.
Des droits voisins
sont reconnus aux artistes interprètes, aux producteurs de vidéogrammes
et de phonogrammes. Les entreprises de communication audiovisuelle ont également
des droits voisins du droit d'auteur.
Protection
des bases de données. Un droit «sui generis» s'applique
aux bases de données. Il prévoit pour le fabricant d'une base
de données le droit, sous certaines conditions, d'interdire l'extraction
et/ou la réutilisation de la totalité ou d'une partie substantielle
des données.
Le brevet est
un titre qui confère à son titulaire, pour une période
de 20 ans à compter du dépôt et sur un territoire donné,
le droit d'interdire à quiconque la reproduction (c'est-à-dire
la fabrication, l'utilisation ou la commercialisation) de l'invention. Le titulaire
du brevet peut céder son brevet à un tiers, ou en concéder
une licence d'exploitation, généralement contre rémunération.
Le monopole n'est accordé que sous réserve que le brevet soit
entretenu, c'est-à-dire que des taxes de maintien en vigueur soient payées
régulièrement.
En contrepartie,
l'invention sera divulguée : elle enrichira donc le patrimoine collectif
de connaissances. Cette recherche d'un équilibre entre la nécessité
de préserver une rémunération de l'innovation pour stimuler
la recherche et la volonté de diffuser les connaissances dans l'économie
et la société, constitue le fondement historique du brevet.
Le dépôt
d'un brevet est un pari car, le plus souvent, le marché potentiel du
produit ou du procédé concerné est encore incertain ou
mal défini et le développement lui-même, encore inabouti,
comporte des incertitudes techniques et économiques. A mesure que le
temps s'écoule, le titulaire acquiert une meilleure capacité d'appréciation
de l'intérêt économique du brevet. Les décisions
de maintien en vigueur peuvent donc reposer sur des évaluations mieux
informées et plus objectives de l'utilité du brevet.
Le brevet,
élément de la stratégie de développement de l'entreprise
Un bon brevet
est un brevet qui concourt au développement de l'entreprise et sert sa
stratégie. Il ne doit pas être isolé mais s'insérer
dans un portefeuille de brevets, régulièrement renouvelé
par des perfectionnements et des applications nouvelles, de façon à
éviter les contournements ou les blocages, à prolonger sa vie
et à élargir ses marchés. Il peut aussi marquer une réaction
aux avancées des concurrents. Plus généralement, le portefeuille
de brevets renforce le pouvoir de négociation de l'entreprise.
Le portefeuille
de brevets est également une composante essentielle du patrimoine intellectuel,
dont l'importance ne cesse de croître lorsqu'il s'agit d'évaluer
la valeur d'acquisition ou de cession d'une entreprise. Certes il est difficile,
voire impossible, d'attribuer une valeur monétaire à un brevet
ou à un portefeuille de brevets. Pourtant, les entreprises sont de plus
en plus nombreuses qui s'essaient à cet exercice, ne serait-ce que par
souci de bonne gestion : réduire les coûts liés aux brevets,
prendre les décisions de maintien à bon escient, privilégier
la qualité des brevets par rapport à leur quantité.
S'ils doivent
toujours avoir une finalité économique, les brevets peuvent jouer
des rôles très divers au service de la stratégie de l'entreprise
: obtenir, sinon une position de monopole temporaire, du moins un avantage concurrentiel
qui pourra ensuite être maintenu et consolidé ; développer
une politique de licences génératrice de revenus ; faciliter les
coopérations techniques ; convaincre ou rassurer les partenaires financiers
et commerciaux ; assurer le succès d'une technologie ; gêner
la concurrence ; se protéger des attaques.
Obtenir et maintenir
un brevet n'a guère de sens si l'on n'est pas capable de l'exploiter
industriellement ou commercialement, que ce soit directement ou comme outil
de négociation, et si, dans la pratique, il n'est pas possible d'identifier,
de poursuivre et de faire condamner les contrefacteurs.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, février 1998

Source : Trilateral
Statistical Report 1996
2 - Une politique active de propriété intellectuelle
3 - Le système actuel est-il à même de répondre aux besoins ?
4 - La situation en Europe et en France
5 - Agir maintenant
Propositions
Insérer l'INPI dans le dispositif national d'innovation
Définitions
Le brevet : principes généraux