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Compétitivité et innovation : les entreprises relèvent le défi
des compétences. Bercy, 8 janvier 2008.
Compétences dans les pôles de compétitivité
Compétences PME et MIPI : développer la compétence
innovation
Hubert GRANDJEAN
Je vais demander à André Bonal de bien vouloir me
rejoindre pour cette première partie. Pour introduire cette
thématique, je vous propose de nous donner un regard avec
un peu plus de hauteur, un peu plus de généralité
sur la notion de pôle de compétences pour entrer, ensuite,
dans le projet qui nous intéresse sur le capital humain.

André BONAL
Je rappelle déjà que je suis lorrain avant tout. Ce
n'est pas parce que je vais présenter un projet Meurthe-et-Moselle
que je ne suis pas lorrain, mais il faut avoir une terre d'expérience
et nous ne pouvons le faire que dans la proximité. Nous servons
donc de test en Meurthe-et-Moselle avec l'intention d'aller plus
loin dès que les résultats seront considérés
comme concluants.
Le MEDEF Lorraine a lancé les pôles de compétitivité.
Il y a deux pôles en Lorraine : MIPI (Matériaux intelligents,
produits innovants) et le pôle de compétitivité
" Fibres " dont le siège est à Epinal. Personnellement,
je suis plus impliqué dans le pôle MIPI parce que je
suis forgeron et que ce pôle m'intéressait fortement.
Au départ, nous voulions surtout faire travailler les PME-PMI,
et ce n'est pas simple parce que la plupart des patrons de PME-PMI
n'ont pas un niveau de formation élevé. Souvent, on
dit que les patrons de petites entreprises ont des niveaux BTS,
et c'est souvent le cas. Mais si nous voulons les mettre en face
de chercheurs, ils ont du mal à se comprendre, il faut donc
arriver à démocratiser un peu tout cela.
Nous avons démarré le pôle de compétitivité
avec un certain nombre de projets, des projets qui ont déjà
abouti, en s'apercevant que les PME n'étaient pas très
parties prenantes parce qu'elles n'osaient pas y aller, et venaient
simplement quand on leur disait que cela n'allait pas leur coûter
grand-chose et que cela pouvait leur apporter beaucoup. Néanmoins,
elles ne tiraient pas la charrette. Aujourd'hui, les PME proposent
leurs projets et tirent tout cela de façon à aboutir.
Ce n'est pas particulier au pôle lorrain, c'est ainsi partout
en France.
Nous avons répondu à un appel d'offres qui s'appelle
" Performances PME ". Je vais vous en parler peu, Messieurs
Bruchhauser et Queudot vous en parleront plus longuement. Pour ma
part, je vais vous présenter la démarche que nous
avons initiée pour essayer d'aller plus loin.
Nous sommes partis d'un premier constat qui est de dire que les
effectifs de la métallurgie sont en train de fondre de façon
importante puisque nous sommes passés de 82 000 emplois au
31 décembre 2000 à 75 000 au 31 décembre 2005.
L'UIMM a fait une prospective sur les années à venir,
et nous pensons que nous allons perdre entre 1,5 et 3% d'emplois
par an jusqu'en 2015. Le Président du Conseil régional
m'a dit que ce n'était donc plus la peine de faire de la
formation, et je lui ai répondu que, comme pour la fonderie,
nous allions avoir les mêmes problèmes. L'UIMM a 100
000 personnes à recruter par an, , avec la formation nécessaire
sous-jacente, pour compenser le papy-boom et tous les départs
naturels qui peuvent se faire dans les années à venir.
Vous avez entendu les problèmes de la crise du textile. Il
y a une vingtaine d'années, tout le monde disait que le textile
allait mourir dans dix ans. On a pourtant attendu sept à
huit ans pour créer un " Monsieur Textile " et
essayer de réagir. Aujourd'hui, en Lorraine, le textile est
quasiment mort.
C'est pourquoi il ne faut pas faire du curatif, mais essayer de
faire du préventif. Nous nous sommes donc dit qu'il fallait
trouver des solutions pour aider les entreprises à se développer
et éventuellement à muter. Ce n'est pas simple pour
les entreprises, il faut leur expliquer qu'il faut faire de la stratégie.
Par ailleurs, un des moyens pour s'en sortir aujourd'hui est l'innovation
Il faut donc trouver des solutions pour que les entreprises n'aient
plus peur de l'innovation. C'est sans doute identique dans les autres
régions, mais avant que nous mettions en place les pôles
de compétitivité, nous ne connaissions pas les entreprises,
ni les laboratoires dans le domaine des matériaux qui existaient
en Lorraine. Aujourd'hui, nous les connaissons. Par ailleurs, nous
avons un certain nombre de centres de transfert de technologie qui
travaillaient individuellement, et si vous alliez voir un centre
pour lui poser une question qui ne relevait pas de son domaine,
il ne vous dirigeait pas sur un autre centre plus adéquat.
Aujourd'hui, nous avons réussi à mettre tous ces centres
en réseau et ils travaillent ensemble. Nous avons donc déjà
fait un premier progrès.
Maintenant, nous devons parvenir à motiver les entreprises,
à les intéresser au sujet. Comment faire ? Premièrement,
en Meurthe-et-Moselle, nous avons envoyé un courrier à
toutes les entreprises de la métallurgie, en élargissant
au verre et à la plasturgie, pour les informer de notre démarche.
Nous avons prévu un certain nombre de conférences,
la première concernera la reconversion des territoires. Ainsi,
Jacques Chérèque, spécialiste de reconversion
de territoires, viendra expliquer que les territoires bougent et
qu'il faut se reconvertir. Nous avons prévu une conférence,
avec Oséo Innovation et Oséo Financement, pour expliquer
aux entreprises qu'elles peuvent obtenir des moyens et faire un
certain nombre de choses.
Puis, nous avons mis en place ce que nous avons appelé des
dîners technologiques. Nous nous sommes dit que les chefs
d'entreprise avaient souvent un niveau BTS, et que si nous les mettions
en face de chercheurs, l'incompréhension pourrait être
assez importante. Selon nous, le meilleur moyen était d'arriver
à ce que les gens se comprennent bien. Nous avons donc mis
en place ces dîners technologiques au cours desquels se rencontrent
des patrons et des chercheurs. Nous avons organisé le premier,
et trois sont prévus au total. Des chefs d'entreprises, de
5 à 800 personnes, sont venus à ce dîner technologique
organisé dans une entreprise, ainsi qu'un certain nombre
de directeurs d'écoles d'ingénieurs, de centres de
transfert de technologie et de chercheurs. Le sous préfet
chargé du développement économique en Meurthe-et-Moselle
participait également à ce dîner. Au début,
tout le monde se regardait et à la fin, tout le monde était
content. Les gens ont vu qu'ils pouvaient se parler et nous avons
commencé à envisager de changer des choses. Dans les
quinze jours qui suivaient, le centre de transfert de technologie
" CRITT Métal TT " avait trois dossiers d'entreprises
qu'il n'avait jamais pu contacter. La presse a également
relayé l'organisation de ce dîner technologique.
Concernant la GPEC, l'inconvénient est que souvent, les
entreprises et les syndicalistes pensent que cela va faire un plan
social. Il faut changer les choses, et nous avons signé avec
la DRTEFP et le Préfet de Meurthe-et-Moselle un accord de
motivation à la GPEC. Nous aurons terminé au mois
de mars, et aurons passé 150 entreprises. Derrière,
nous irons plus loin. En effet, nous expliquons que nous cherchons
à faire quelque chose qui n'entraînera pas des problèmes
de ce type. Nous avons tenu informées les organisations syndicales
parce que nous devons travailler ensemble. Nous avons donc réuni
une commission de l'emploi de la métallurgie du département,
où nous avons expliqué toute la démarche. Je
leur ai d'ailleurs proposé de s'associer à nous, je
n'ai pas encore de retour et j'espère que cela viendra parce
que c'est l'avenir de tous. Quand on parle d'amélioration
des compétences, ce n'est pas uniquement pour les entreprises,
mais c'est pour les entreprises et les salariés.
Dans le cadre de cette démarche globale, la métallurgie
en Lorraine est chef de file du projet " Performances PME ".
Nous avons commencé à regarder ce que nous pouvons
faire d'autre qui nous permettrait d'avancer. On parle d'innovation
et de choses pour aller plus vite. Nous avons négocié
avec une école d'ingénieurs de Saint-Dié une
formation que nous appelons " TII ". Nous avons bâti
ensemble le programme de formation que nous avons défendu
ensemble auprès de la commission des titres. Nous avons obtenu
l'agrément, et nous avons ouvert la première promotion
au mois de septembre avec peu de personnes parce que nous avons
eu l'agrément au mois d'août. Nous avons ainsi démarré
une formation d'ingénieurs par apprentissage.
Pour les entreprises, nous avons fait une formation à l'innovation
et avons servi de cobaye à l'UIMM nationale sur cette formation.
Nous créons actuellement une formation à l'innovation
au niveau des salariés des entreprises dans le cadre de notre
AFPI 54-88 (Meurthe et Moselle/Vosges).
En termes de résultats, par exemple pour le pôle de
compétitivité, nous voulons faire de Nancy une plateforme
importante dans le domaine du brasage. Nous avons donc travaillé
ensemble pour la mise en place d'un four de traitement technique
sous vide, nous l'avons inauguré très récemment.
Ceci a déjà entraîné la création
d'emplois dans une entreprise nommée " Carbone Lorraine
", et entraînera la création d'emplois dans d'autres
entreprises.
En termes de démarche plus complète, nous sommes
partis du pôle de compétitivité qui nous a permis
de répondre à l'appel d'offres lancé par les
pouvoirs publics sur " Performances PME ". A côté
de cela, nous avons lancé une démarche beaucoup plus
large, qui va de la GPEC à l'innovation, à la formation
d'une école d'ingénieurs, à la prise en compte
de formations au niveau de notre CFAI de Meurthe-et-Moselle Vosges
Meuse. Aujourd'hui, de nombreuses entreprises viennent au pôle
de compétitivité pour présenter leur dossier.
Puisque nous sommes au ministère des Finances, je me permets
de dire que lorsque l'on aide les entreprises, et que l'on veut
qu'elles aillent sur des projets d'innovation, il ne faut pas que
nous attendions six mois ou un an. Nous avons l'obligation d'aller
assez rapidement si nous voulons innover quelque chose. Sinon, nous
sommes vite dépassés.
Hubert GRANDJEAN
Merci de nous avoir expliqué ce qu'est un pôle de compétitivité,
et surtout toutes les actions nécessaires à mettre
en place. Les compétences vont depuis la formation des jeunes
jusqu'à l'accompagnement des entreprises dans les compétences,
mais aussi dans l'innovation et les techniques d'innovation. Cela
nous permet la transition avec le projet " Compétences
PME et MIPI : développer les compétences en innovation
". Je vais demander à Monsieur Queudot de bien vouloir
nous rejoindre ; il va nous donner l'exemple des partenariats nécessaires
pour faire travailler les acteurs dans l'intérêt du
territoire. Je vous remercie de nous présenter le concept
et la mise en oeuvre de ce projet.

Vincent QUEUDOT, Institut national polytechnique de Lorraine
Vous avez entendu parler de " Performances PMI MIPI "
qui était le nom de dépôt lors de l'appel à
propositions " capital humain ". Ce nom a rapidement été
transformé en " Compétences PME " pour d'une
part, mettre en avant les compétences, d'autre part les entreprises
et notre cible privilégie les PME. Nous nous partagerons
la parole avec Florent Brucchauser puisque nous avons souhaité
vous présenter des exemples très concrets au sujet
de ce projet et de ses débuts de réalisation. Nous
avons commencé, en mars, par l'embauche des deux personnes
qui sont dans la cellule opérationnelle. Nous fonctionnons
en année universitaire donc, très concrètement,
cela a démarré à partir du mois d'octobre 2007.
Les partenaires sont au nombre de trois, sachant qu'à chaque
fois, l'UIMM est porteur du projet puisque nous avons souhaité
que ce soient bien les entreprises qui soient les porteurs de ce
projet de sorte de les impliquer le plus fortement dans le dispositif.
Ensuite, il y a le pôle de compétitivité MIPI
puisque l'idée originale venait d'un des enseignants chercheurs,
Jean-Marie Dubois, qui avait bien noté que sur l'aspect scientifique,
transfert de technologie, valorisation, le pôle de compétitivité
était relativement bien armé. En revanche, au niveau
de la formation, il y avait là un défaut et nous devions
nous réunir pour essayer de proposer quelque chose d'original
dans le cadre du concept de formation. Le concept est assez simple,
bien qu'il soit plus facile de le présenter sur un diaporama,
d'autant que nous sommes intervenus, en tant que chef de file, pour
l'ensemble des universités lorraines, mais également
des écoles d'ingénieurs, écoles de commerce
et autres organismes de formation continue privés, l'INPL
étant une université qui regroupe sept écoles
d'ingénieurs. Très rapidement, quand nous nous sommes
mis autour de la table et avons réfléchi à
une offre de formation possible dans le domaine des matériaux,
nous avons invité les universitaires scientifiques plus classiques,
des organismes tels que l'Institut de soudure, mais également
l'ENSAM. Dans un premier temps, cela n'a pas été simple
parce que les cultures étaient relativement différentes.
Nous avons déjà appris à parler entre nous,
et à parler avec les entreprises. Nous avons pu également
utiliser tous les réseaux des formations très professionnalisées,
de manière à être le plus proche possible des
besoins des entreprises.
Le concept visait donc à mettre en place un programme de
formation basé sur l'innovation, pour les PME-PMI lorraines,
dans le cadre des grands secteurs d'activité du pôle
de compétitivité, à savoir métallurgie,
verre et plasturgie. Nous avons mis au centre la performance et
la compétitivité des entreprises, avec la forte volonté
d'arrimer l'entreprise à l'univers scientifique et technologique
des universités. Le financement est une enveloppe globale
de près d'1,4 M€, et nous remercions nos quatre financeurs
principaux. Si un message devait passer au cours de cette journée,
il pourrait être que les financeurs se regroupent de manière
à n'avoir qu'un interlocuteur pour les entreprises et les
établissements de formation, de sorte de faciliter l'ingénierie
financière parce que cela devient très vite compliqué.
L'objectif, relativement ambitieux, est de 300 entreprises à
accompagner, avec 32 ateliers de transfert et d'innovation et 27
modules de formation spécifiques.
Le concept était de partir d'un besoin de l'entreprise,
et non pas d'aller vers une offre catalogue.
Nous avions pour ambition de rencontrer l'entreprise et de faire
émerger, dans l'entreprise, une idée originale, bien
souvent stratégique pour la PME-PMI, de manière à
la formaliser et à l'accompagner, de manière à
ce qu'elle aille le plus rapidement possible jusqu'à son
industrialisation. Toute la subtilité consistait à
proposer un certain nombre de dispositifs pour que cet accompagnement
soit le plus efficace possible. Vous avez donc l'idée d'innovation
de l'entreprise qui est émise et ensuite, elle va passer
dans un dispositif que nous appelons ATI (ateliers de transfert
et d'innovation) et MFS (modules de formation spécialisés).
Ceci a pour ambition de mixer les publics, de former à la
fois des salariés des entreprises mais aussi les étudiants
des écoles, des IUT ou des masters qui sont associés.
Dans le cadre de l'atelier de transfert et d'innovation, il y a
un porteur qui est, bien sûr, une entreprise avec l'ensemble
des ressources de recherche et de développement que sont
les laboratoires de recherche et les centres de transfert, et une
ressource humaine supplémentaire pour l'entreprise qui est
une école, une université ou un organisme de formation.
L'atelier de transfert se déroule sur une année universitaire.
Une fois que Florent Brucchauser a détecté l'idée
dans une entreprise, il y a toute une phase de maturation qui permet
ensuite d'organiser concrètement l'atelier de transfert et
d'innovation. La première phase, qui se passe au premier
semestre, consiste à aider l'entreprise à formuler
son besoin, son projet, à apprendre à l'organiser
et à former l'ensemble des personnels à piloter ce
projet. L'ambition n'est pas de faire à la place de l'entreprise,
mais de lui apprendre à faire. Dans ce cas, nous travaillons
bien sur la compétence collective de l'entreprise, que ce
soit sur des projets d'innovation technologique, mais aussi sur
des projets d'innovation marketing ou en termes d'organisation de
management. Ensuite, une fois que les partenaires du projet (étudiants
et salariés) auront acquis la méthodologie, au second
semestre, ils vont dérouler le projet avec un accompagnant
qui est un tuteur bien souvent académique au niveau de l'école
d'ingénieurs ou de l'université.
Ensuite, nous nous sommes dit qu'il manquait une brique dans ce
dispositif, c'est-à-dire de bien prendre en compte le besoin
du salarié qui, lui, aura besoin d'une reconnaissance sous
la forme d'un diplôme. Au-delà des modules de formation
qualifiants, l'idée était de pouvoir les capitaliser
sous la forme de diplômes. Un certain nombre de stages de
formation sont donc proposés aux salariés des entreprises,
que nous appelons " modules de formation atelier ", "
modules de formation spécifiques ", mais également
des modules de formation de type catalogue commercialisés
par les organismes de formation. Actuellement, nous travaillons
jusqu'à la mise en place d'un CQPM, dans le cadre de l'UIMM,
dans le cadre du développement de la démarche d'innovation.
Ensuite, nous avons d'autres briques de formation qui peuvent se
capitaliser sous la forme de diplômes universitaires d'approfondissement
professionnel, dans le cadre de l'innovation, et des diplômes
universitaires d'approfondissement professionnel dans la spécialité
puisqu'il s'agit de différentes branches professionnelles.
L'ambition est d'aller jusqu'à une licence professionnelle,
de manière à pouvoir capitaliser ces compétences
jusqu'à obtenir un diplôme national. La licence professionnelle
est en cours d'étude, et probablement que des masters seront
étudiés, voire aussi des processus de validation des
acquis de l'expérience pour d'autres titres et diplômes.
Hubert GRANDJEAN
Ce sont des formations utiles puisque c'est la mixité entre
la réalité du terrain professionnel et le milieu étudiant.
C'est là toute la force de ce que vous faites, en mélangeant
ces étudiants, ces futurs 51
ingénieurs, ces futurs chercheurs avec le tissu économique
de l'entreprise et les collaborateurs de
l'entreprise.
André BONAL
Tout à l'heure, je disais que nous avions lancé une
formation d'ingénieurs par apprentissage. Avant cela, nous
avions fait une enquête auprès des entreprises pour
savoir si cela les intéressait. Initialement, nous pensions
devoir sortir de Lorraine pour trouver des candidats, mais nous
en avions suffisamment en Lorraine pour ouvrir la première
promotion.
Hubert GRANDJEAN
Florent Brucchauser, qu'en est-il maintenant en termes d'application
et de résultats ?
Florent BRUCHHAUSER, Compétences PME
Avant de présenter les résultats, je vais revenir
sur la notion d'innovation et sur une notion dont je n'ai pas entendu
parler depuis ce matin, celle de développement durable. Dans
le projet, nous considérons l'innovation, pas forcément
comme de l'innovation de produits ou de l'innovation qui va révolutionner
nos modes de consommation, mais comme une amélioration continue
dans une société : le développement des compétences
qui peut être rattaché à la GPEC, un développement
de marché, un développement de produit. Finalement,
nous essayons à la fois de développer la branche sociale,
la branche économique, et surtout nous introduisons une dose
d'environnement, en apprenant à maîtriser les énergies,
à faire de l'éco-conception. Les ATI sont le lieu
tout indiqué pour inculquer aux professionnels de nouvelles
compétences, et finalement, nous faisons du développement
durable.
" Compétences PME " est organisé de la
façon suivante. D'un coté, il y a les entreprises,
de l'autre, le réseau de ressources de formation. Entre les
deux, nous sommes à l'interface, dans la même position
que les pôles de compétitivité. Il y a une cellule
que nous avons volontairement appelée cellule d'exploitation
puisque c'est un terme couramment employé dans l'entreprise.
Elle est composée de deux personnes chacune ayant un rôle
différent. Mon collègue s'occupe de la branche réseau
et identifie l'offre de formation des laboratoires. Pour ma part,
je vais en prospection en entreprises. Tous les deux, nous organisons
la mise en oeuvre opérationnelle, nous essayons de relier
le besoin de l'entreprise avec l'offre de formation. Si nous devons
modifier l'offre de formation, nous demandons à l'adapter.
Au-dessus, se situe le comité opérationnel, l'UIMM
Lorraine, l'INPL et le pôle de compétitivité.
L'ensemble est contrôlé par un comité de pilotage
qui rassemble les financeurs, les représentants des syndicats
de salariés, le comité opérationnel, la cellule
d'exploitation et d'autres personnes si nécessaire.
Je vais vous présenter trois ateliers de transfert et d'innovation,
l'un sur l'abrasion, l'autre sur le recuit, le troisième
sur le brasage. Quand nous allons voir les entreprises, que l'entrepreneur
a un besoin soit détecté, soit sous-jacent, il faut
le formaliser et en écrire un modèle. Chaque ATI est
un modèle d'accompagnement en lui-même. Pour certains
ATI, nous devons être force de proposition, c'est-à-dire
que nous connaissons ce qui se passe dans le réseau, nous
essayons de formuler le besoin dans l'entreprise et de faire un
transfert de technologie après cette définition.
L'ATI abrasion est organisé pour l'entreprise ACMM (Ateliers
de Construction de Mécanique de Moselle), avec l'ENSAM de
Metz et le CRITT " métal TT ", un centre de transfert
de technologie dans les matériaux. Nous essayons d'approfondir
les connaissances sur les aciers anti-abrasion dans la chaudronnerie.
Ce modèle d'ATI est complexe et complet, dans le sens où
nous allons essayer de faire passer l'innovation depuis le client
de la société. En effet, la raison d'être des
sociétés c'est la satisfaction des besoins des clients.
Souvent, le besoin du client final n'est pas formalisé correctement.
Nous aidons donc cette société à faire de la
conception et à être préconisateur sur ses solutions
aciers anti-abrasion. Nous allons donc essayer de former en interne,
mais aussi les fournisseurs des matériaux et les sous-traitants
de cette société, en inculquant de l'innovation sur
tout le long de la chaîne. C'est donc la partie conception,
innovation, valeur ajoutée dans cette chaudronnerie. Nous
avons une deuxième partie, la mise en place de modes opératoires
très concrets dans l'atelier qui permet de gagner en compétitivité.
L'ATI de brasage, se fait avec la société GOUVY, une
société qui fait des demi-produits en matériaux
métalliques. L'idée était de rapprocher un
client potentiel et un fournisseur potentiel qui ne se connaissaient
pas et qui sont éloignés d'une soixantaine de kilomètres.
Le fournisseur peut proposer un demi-produit entrant dans le besoin
du client, mais il y a un peu de recherche et développement
à faire sur le brasage. C'est là où nous rejoignons
le dispositif mis en place en Meurthe-et-Moselle, et l'utilisation
de ce fameux four de brasage. Là, nous connaissons une offre,
les installations et les capacités, alors pourquoi ne pas
le vendre à notre tour, et comment faire pour développer
un nouveau produit. Ce développement de nouveau produit n'est
pas de la technologie, mais du développement de compétences.
Finalement, l'innovation dans l'entreprise, c'est le développement
du capital humain. Si on donne l'ensemble des compétences
à un salarié d'atelier qui devient capable de prendre
la direction de l'atelier ou du département, il monte en
échelon, il est capable de refaire de l'innovation sur ce
même type de produit ou d'aller un peu plus loin.
L'ATI sur le recuit est celui que Monsieur Schaeffer nous a confié.
Le modèle consiste en l'introduction d'un nouveau métier.
Le métier historique de Monsieur Schaeffer est la mécanosoudure
et la mécanique générale de grande dimension.
Sur l'Airbus, il fabrique le tracteur qui est devant. Sur la pelle
Liebherr au-dessus, il fabrique le godet ainsi que l'ensemble du
bras. Ces engins demandent un traitement thermique spécifique
dans des fours de grande dimension. Pour des raisons économiques,
Monsieur Schaeffer a décidé d'intégrer un four
de grande dimension dans son atelier, mais il n'a pas forcément
les compétences en traitement thermique. A travers cet ATI
" recuit ", nous lui mettons au point l'ensemble des méthodes
sur le traitement thermique, et nous formons ses salariés
qui vont pouvoir prendre les pièces et faire du travail à
façon.
Dans l'entreprise, nous avons mis également en place une
démarche qualité, et sur les trois premiers mois de
fonctionnement, nous avons quelques résultats qu'il va falloir
évaluer. L'idée est de mesurer l'impact de notre action,
de voir s'il est nécessaire de la corriger, et de connaître
ainsi la progression que nous avons pu amener à l'entreprise.
La démarche qualité permet aussi d'accompagner les
entreprises et le réseau. Aujourd'hui, nous parlons de formation
des salariés dans l'entreprise, mais nous nous apercevons
que nous devons former les enseignants chercheurs dans le réseau.
Ils sont spécialistes et peuvent, sur le traitement thermique
ou la maîtrise des matériaux, apporter un certain nombre
de choses, mais lorsqu'il s'agit de suivre un projet plus global
comme l'implantation d'un four qui demande de la maîtrise
des flux dans un atelier, la technologie sur des matériaux,
la maîtrise de la conduite du four, nous avons besoin d'aller
chercher d'autres ressources et de former des personnels pour entrer
dans des projets plus globaux. Cela permet également d'accompagner
les uns vers les autres, et d'avoir une traçabilité
des documents.
Hubert GRANDJEAN
Je vous remercie. Nous allons maintenant laisser la place à
un autre projet " pôle de compétitivité
". Pour cela, je vais demander à Eric Schenk et à
Driss Korchane de me rejoindre.
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