Le capital humain
   
 

Compétitivité et innovation : les entreprises relèvent le défi des compétences. Bercy, 8 janvier 2008.

Compétences dans les pôles de compétitivité
Compétences PME et MIPI : développer la compétence innovation

Hubert GRANDJEAN
Je vais demander à André Bonal de bien vouloir me rejoindre pour cette première partie. Pour introduire cette thématique, je vous propose de nous donner un regard avec un peu plus de hauteur, un peu plus de généralité sur la notion de pôle de compétences pour entrer, ensuite, dans le projet qui nous intéresse sur le capital humain.

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André BONAL
Je rappelle déjà que je suis lorrain avant tout. Ce n'est pas parce que je vais présenter un projet Meurthe-et-Moselle que je ne suis pas lorrain, mais il faut avoir une terre d'expérience et nous ne pouvons le faire que dans la proximité. Nous servons donc de test en Meurthe-et-Moselle avec l'intention d'aller plus loin dès que les résultats seront considérés comme concluants.

Le MEDEF Lorraine a lancé les pôles de compétitivité. Il y a deux pôles en Lorraine : MIPI (Matériaux intelligents, produits innovants) et le pôle de compétitivité " Fibres " dont le siège est à Epinal. Personnellement, je suis plus impliqué dans le pôle MIPI parce que je suis forgeron et que ce pôle m'intéressait fortement. Au départ, nous voulions surtout faire travailler les PME-PMI, et ce n'est pas simple parce que la plupart des patrons de PME-PMI n'ont pas un niveau de formation élevé. Souvent, on dit que les patrons de petites entreprises ont des niveaux BTS, et c'est souvent le cas. Mais si nous voulons les mettre en face de chercheurs, ils ont du mal à se comprendre, il faut donc arriver à démocratiser un peu tout cela.

Nous avons démarré le pôle de compétitivité avec un certain nombre de projets, des projets qui ont déjà abouti, en s'apercevant que les PME n'étaient pas très parties prenantes parce qu'elles n'osaient pas y aller, et venaient simplement quand on leur disait que cela n'allait pas leur coûter grand-chose et que cela pouvait leur apporter beaucoup. Néanmoins, elles ne tiraient pas la charrette. Aujourd'hui, les PME proposent leurs projets et tirent tout cela de façon à aboutir. Ce n'est pas particulier au pôle lorrain, c'est ainsi partout en France.

Nous avons répondu à un appel d'offres qui s'appelle " Performances PME ". Je vais vous en parler peu, Messieurs Bruchhauser et Queudot vous en parleront plus longuement. Pour ma part, je vais vous présenter la démarche que nous avons initiée pour essayer d'aller plus loin.

Nous sommes partis d'un premier constat qui est de dire que les effectifs de la métallurgie sont en train de fondre de façon importante puisque nous sommes passés de 82 000 emplois au 31 décembre 2000 à 75 000 au 31 décembre 2005. L'UIMM a fait une prospective sur les années à venir, et nous pensons que nous allons perdre entre 1,5 et 3% d'emplois par an jusqu'en 2015. Le Président du Conseil régional m'a dit que ce n'était donc plus la peine de faire de la formation, et je lui ai répondu que, comme pour la fonderie, nous allions avoir les mêmes problèmes. L'UIMM a 100 000 personnes à recruter par an, , avec la formation nécessaire sous-jacente, pour compenser le papy-boom et tous les départs naturels qui peuvent se faire dans les années à venir. Vous avez entendu les problèmes de la crise du textile. Il y a une vingtaine d'années, tout le monde disait que le textile allait mourir dans dix ans. On a pourtant attendu sept à huit ans pour créer un " Monsieur Textile " et essayer de réagir. Aujourd'hui, en Lorraine, le textile est quasiment mort.

C'est pourquoi il ne faut pas faire du curatif, mais essayer de faire du préventif. Nous nous sommes donc dit qu'il fallait trouver des solutions pour aider les entreprises à se développer et éventuellement à muter. Ce n'est pas simple pour les entreprises, il faut leur expliquer qu'il faut faire de la stratégie. Par ailleurs, un des moyens pour s'en sortir aujourd'hui est l'innovation Il faut donc trouver des solutions pour que les entreprises n'aient plus peur de l'innovation. C'est sans doute identique dans les autres régions, mais avant que nous mettions en place les pôles de compétitivité, nous ne connaissions pas les entreprises, ni les laboratoires dans le domaine des matériaux qui existaient en Lorraine. Aujourd'hui, nous les connaissons. Par ailleurs, nous avons un certain nombre de centres de transfert de technologie qui travaillaient individuellement, et si vous alliez voir un centre pour lui poser une question qui ne relevait pas de son domaine, il ne vous dirigeait pas sur un autre centre plus adéquat. Aujourd'hui, nous avons réussi à mettre tous ces centres en réseau et ils travaillent ensemble. Nous avons donc déjà fait un premier progrès.

Maintenant, nous devons parvenir à motiver les entreprises, à les intéresser au sujet. Comment faire ? Premièrement, en Meurthe-et-Moselle, nous avons envoyé un courrier à toutes les entreprises de la métallurgie, en élargissant au verre et à la plasturgie, pour les informer de notre démarche.

Nous avons prévu un certain nombre de conférences, la première concernera la reconversion des territoires. Ainsi, Jacques Chérèque, spécialiste de reconversion de territoires, viendra expliquer que les territoires bougent et qu'il faut se reconvertir. Nous avons prévu une conférence, avec Oséo Innovation et Oséo Financement, pour expliquer aux entreprises qu'elles peuvent obtenir des moyens et faire un certain nombre de choses.

Puis, nous avons mis en place ce que nous avons appelé des dîners technologiques. Nous nous sommes dit que les chefs d'entreprise avaient souvent un niveau BTS, et que si nous les mettions en face de chercheurs, l'incompréhension pourrait être assez importante. Selon nous, le meilleur moyen était d'arriver à ce que les gens se comprennent bien. Nous avons donc mis en place ces dîners technologiques au cours desquels se rencontrent des patrons et des chercheurs. Nous avons organisé le premier, et trois sont prévus au total. Des chefs d'entreprises, de 5 à 800 personnes, sont venus à ce dîner technologique organisé dans une entreprise, ainsi qu'un certain nombre de directeurs d'écoles d'ingénieurs, de centres de transfert de technologie et de chercheurs. Le sous préfet chargé du développement économique en Meurthe-et-Moselle participait également à ce dîner. Au début, tout le monde se regardait et à la fin, tout le monde était content. Les gens ont vu qu'ils pouvaient se parler et nous avons commencé à envisager de changer des choses. Dans les quinze jours qui suivaient, le centre de transfert de technologie " CRITT Métal TT " avait trois dossiers d'entreprises qu'il n'avait jamais pu contacter. La presse a également relayé l'organisation de ce dîner technologique.

Concernant la GPEC, l'inconvénient est que souvent, les entreprises et les syndicalistes pensent que cela va faire un plan social. Il faut changer les choses, et nous avons signé avec la DRTEFP et le Préfet de Meurthe-et-Moselle un accord de motivation à la GPEC. Nous aurons terminé au mois de mars, et aurons passé 150 entreprises. Derrière, nous irons plus loin. En effet, nous expliquons que nous cherchons à faire quelque chose qui n'entraînera pas des problèmes de ce type. Nous avons tenu informées les organisations syndicales parce que nous devons travailler ensemble. Nous avons donc réuni une commission de l'emploi de la métallurgie du département, où nous avons expliqué toute la démarche. Je leur ai d'ailleurs proposé de s'associer à nous, je n'ai pas encore de retour et j'espère que cela viendra parce que c'est l'avenir de tous. Quand on parle d'amélioration des compétences, ce n'est pas uniquement pour les entreprises, mais c'est pour les entreprises et les salariés.

Dans le cadre de cette démarche globale, la métallurgie en Lorraine est chef de file du projet " Performances PME ". Nous avons commencé à regarder ce que nous pouvons faire d'autre qui nous permettrait d'avancer. On parle d'innovation et de choses pour aller plus vite. Nous avons négocié avec une école d'ingénieurs de Saint-Dié une formation que nous appelons " TII ". Nous avons bâti ensemble le programme de formation que nous avons défendu ensemble auprès de la commission des titres. Nous avons obtenu l'agrément, et nous avons ouvert la première promotion au mois de septembre avec peu de personnes parce que nous avons eu l'agrément au mois d'août. Nous avons ainsi démarré une formation d'ingénieurs par apprentissage.

Pour les entreprises, nous avons fait une formation à l'innovation et avons servi de cobaye à l'UIMM nationale sur cette formation. Nous créons actuellement une formation à l'innovation au niveau des salariés des entreprises dans le cadre de notre AFPI 54-88 (Meurthe et Moselle/Vosges).

En termes de résultats, par exemple pour le pôle de compétitivité, nous voulons faire de Nancy une plateforme importante dans le domaine du brasage. Nous avons donc travaillé ensemble pour la mise en place d'un four de traitement technique sous vide, nous l'avons inauguré très récemment. Ceci a déjà entraîné la création d'emplois dans une entreprise nommée " Carbone Lorraine ", et entraînera la création d'emplois dans d'autres entreprises.

En termes de démarche plus complète, nous sommes partis du pôle de compétitivité qui nous a permis de répondre à l'appel d'offres lancé par les pouvoirs publics sur " Performances PME ". A côté de cela, nous avons lancé une démarche beaucoup plus large, qui va de la GPEC à l'innovation, à la formation d'une école d'ingénieurs, à la prise en compte de formations au niveau de notre CFAI de Meurthe-et-Moselle Vosges Meuse. Aujourd'hui, de nombreuses entreprises viennent au pôle de compétitivité pour présenter leur dossier. Puisque nous sommes au ministère des Finances, je me permets de dire que lorsque l'on aide les entreprises, et que l'on veut qu'elles aillent sur des projets d'innovation, il ne faut pas que nous attendions six mois ou un an. Nous avons l'obligation d'aller assez rapidement si nous voulons innover quelque chose. Sinon, nous sommes vite dépassés.

Hubert GRANDJEAN
Merci de nous avoir expliqué ce qu'est un pôle de compétitivité, et surtout toutes les actions nécessaires à mettre en place. Les compétences vont depuis la formation des jeunes jusqu'à l'accompagnement des entreprises dans les compétences, mais aussi dans l'innovation et les techniques d'innovation. Cela nous permet la transition avec le projet " Compétences PME et MIPI : développer les compétences en innovation ". Je vais demander à Monsieur Queudot de bien vouloir nous rejoindre ; il va nous donner l'exemple des partenariats nécessaires pour faire travailler les acteurs dans l'intérêt du territoire. Je vous remercie de nous présenter le concept et la mise en oeuvre de ce projet.

Consulter le diaporama de M. QUEUDOT

Vincent QUEUDOT, Institut national polytechnique de Lorraine
Vous avez entendu parler de " Performances PMI MIPI " qui était le nom de dépôt lors de l'appel à propositions " capital humain ". Ce nom a rapidement été transformé en " Compétences PME " pour d'une part, mettre en avant les compétences, d'autre part les entreprises et notre cible privilégie les PME. Nous nous partagerons la parole avec Florent Brucchauser puisque nous avons souhaité vous présenter des exemples très concrets au sujet de ce projet et de ses débuts de réalisation. Nous avons commencé, en mars, par l'embauche des deux personnes qui sont dans la cellule opérationnelle. Nous fonctionnons en année universitaire donc, très concrètement, cela a démarré à partir du mois d'octobre 2007.

Les partenaires sont au nombre de trois, sachant qu'à chaque fois, l'UIMM est porteur du projet puisque nous avons souhaité que ce soient bien les entreprises qui soient les porteurs de ce projet de sorte de les impliquer le plus fortement dans le dispositif. Ensuite, il y a le pôle de compétitivité MIPI puisque l'idée originale venait d'un des enseignants chercheurs, Jean-Marie Dubois, qui avait bien noté que sur l'aspect scientifique, transfert de technologie, valorisation, le pôle de compétitivité était relativement bien armé. En revanche, au niveau de la formation, il y avait là un défaut et nous devions nous réunir pour essayer de proposer quelque chose d'original dans le cadre du concept de formation. Le concept est assez simple, bien qu'il soit plus facile de le présenter sur un diaporama, d'autant que nous sommes intervenus, en tant que chef de file, pour l'ensemble des universités lorraines, mais également des écoles d'ingénieurs, écoles de commerce et autres organismes de formation continue privés, l'INPL étant une université qui regroupe sept écoles d'ingénieurs. Très rapidement, quand nous nous sommes mis autour de la table et avons réfléchi à une offre de formation possible dans le domaine des matériaux, nous avons invité les universitaires scientifiques plus classiques, des organismes tels que l'Institut de soudure, mais également l'ENSAM. Dans un premier temps, cela n'a pas été simple parce que les cultures étaient relativement différentes. Nous avons déjà appris à parler entre nous, et à parler avec les entreprises. Nous avons pu également utiliser tous les réseaux des formations très professionnalisées, de manière à être le plus proche possible des besoins des entreprises.

Le concept visait donc à mettre en place un programme de formation basé sur l'innovation, pour les PME-PMI lorraines, dans le cadre des grands secteurs d'activité du pôle de compétitivité, à savoir métallurgie, verre et plasturgie. Nous avons mis au centre la performance et la compétitivité des entreprises, avec la forte volonté d'arrimer l'entreprise à l'univers scientifique et technologique des universités. Le financement est une enveloppe globale de près d'1,4 M€, et nous remercions nos quatre financeurs principaux. Si un message devait passer au cours de cette journée, il pourrait être que les financeurs se regroupent de manière à n'avoir qu'un interlocuteur pour les entreprises et les établissements de formation, de sorte de faciliter l'ingénierie financière parce que cela devient très vite compliqué. L'objectif, relativement ambitieux, est de 300 entreprises à accompagner, avec 32 ateliers de transfert et d'innovation et 27 modules de formation spécifiques.

Le concept était de partir d'un besoin de l'entreprise, et non pas d'aller vers une offre catalogue.
Nous avions pour ambition de rencontrer l'entreprise et de faire émerger, dans l'entreprise, une idée originale, bien souvent stratégique pour la PME-PMI, de manière à la formaliser et à l'accompagner, de manière à ce qu'elle aille le plus rapidement possible jusqu'à son industrialisation. Toute la subtilité consistait à proposer un certain nombre de dispositifs pour que cet accompagnement soit le plus efficace possible. Vous avez donc l'idée d'innovation de l'entreprise qui est émise et ensuite, elle va passer dans un dispositif que nous appelons ATI (ateliers de transfert et d'innovation) et MFS (modules de formation spécialisés). Ceci a pour ambition de mixer les publics, de former à la fois des salariés des entreprises mais aussi les étudiants des écoles, des IUT ou des masters qui sont associés.

Dans le cadre de l'atelier de transfert et d'innovation, il y a un porteur qui est, bien sûr, une entreprise avec l'ensemble des ressources de recherche et de développement que sont les laboratoires de recherche et les centres de transfert, et une ressource humaine supplémentaire pour l'entreprise qui est une école, une université ou un organisme de formation. L'atelier de transfert se déroule sur une année universitaire. Une fois que Florent Brucchauser a détecté l'idée dans une entreprise, il y a toute une phase de maturation qui permet ensuite d'organiser concrètement l'atelier de transfert et d'innovation. La première phase, qui se passe au premier semestre, consiste à aider l'entreprise à formuler son besoin, son projet, à apprendre à l'organiser et à former l'ensemble des personnels à piloter ce projet. L'ambition n'est pas de faire à la place de l'entreprise, mais de lui apprendre à faire. Dans ce cas, nous travaillons bien sur la compétence collective de l'entreprise, que ce soit sur des projets d'innovation technologique, mais aussi sur des projets d'innovation marketing ou en termes d'organisation de management. Ensuite, une fois que les partenaires du projet (étudiants et salariés) auront acquis la méthodologie, au second semestre, ils vont dérouler le projet avec un accompagnant qui est un tuteur bien souvent académique au niveau de l'école d'ingénieurs ou de l'université.

Ensuite, nous nous sommes dit qu'il manquait une brique dans ce dispositif, c'est-à-dire de bien prendre en compte le besoin du salarié qui, lui, aura besoin d'une reconnaissance sous la forme d'un diplôme. Au-delà des modules de formation qualifiants, l'idée était de pouvoir les capitaliser sous la forme de diplômes. Un certain nombre de stages de formation sont donc proposés aux salariés des entreprises, que nous appelons " modules de formation atelier ", " modules de formation spécifiques ", mais également des modules de formation de type catalogue commercialisés par les organismes de formation. Actuellement, nous travaillons jusqu'à la mise en place d'un CQPM, dans le cadre de l'UIMM, dans le cadre du développement de la démarche d'innovation. Ensuite, nous avons d'autres briques de formation qui peuvent se capitaliser sous la forme de diplômes universitaires d'approfondissement professionnel, dans le cadre de l'innovation, et des diplômes universitaires d'approfondissement professionnel dans la spécialité puisqu'il s'agit de différentes branches professionnelles. L'ambition est d'aller jusqu'à une licence professionnelle, de manière à pouvoir capitaliser ces compétences jusqu'à obtenir un diplôme national. La licence professionnelle est en cours d'étude, et probablement que des masters seront étudiés, voire aussi des processus de validation des acquis de l'expérience pour d'autres titres et diplômes.

Hubert GRANDJEAN
Ce sont des formations utiles puisque c'est la mixité entre la réalité du terrain professionnel et le milieu étudiant. C'est là toute la force de ce que vous faites, en mélangeant ces étudiants, ces futurs 51
ingénieurs, ces futurs chercheurs avec le tissu économique de l'entreprise et les collaborateurs de
l'entreprise.

André BONAL
Tout à l'heure, je disais que nous avions lancé une formation d'ingénieurs par apprentissage. Avant cela, nous avions fait une enquête auprès des entreprises pour savoir si cela les intéressait. Initialement, nous pensions devoir sortir de Lorraine pour trouver des candidats, mais nous en avions suffisamment en Lorraine pour ouvrir la première promotion.

Hubert GRANDJEAN
Florent Brucchauser, qu'en est-il maintenant en termes d'application et de résultats ?

Florent BRUCHHAUSER, Compétences PME
Avant de présenter les résultats, je vais revenir sur la notion d'innovation et sur une notion dont je n'ai pas entendu parler depuis ce matin, celle de développement durable. Dans le projet, nous considérons l'innovation, pas forcément comme de l'innovation de produits ou de l'innovation qui va révolutionner nos modes de consommation, mais comme une amélioration continue dans une société : le développement des compétences qui peut être rattaché à la GPEC, un développement de marché, un développement de produit. Finalement, nous essayons à la fois de développer la branche sociale, la branche économique, et surtout nous introduisons une dose d'environnement, en apprenant à maîtriser les énergies, à faire de l'éco-conception. Les ATI sont le lieu tout indiqué pour inculquer aux professionnels de nouvelles compétences, et finalement, nous faisons du développement durable.

" Compétences PME " est organisé de la façon suivante. D'un coté, il y a les entreprises, de l'autre, le réseau de ressources de formation. Entre les deux, nous sommes à l'interface, dans la même position que les pôles de compétitivité. Il y a une cellule que nous avons volontairement appelée cellule d'exploitation puisque c'est un terme couramment employé dans l'entreprise. Elle est composée de deux personnes chacune ayant un rôle différent. Mon collègue s'occupe de la branche réseau et identifie l'offre de formation des laboratoires. Pour ma part, je vais en prospection en entreprises. Tous les deux, nous organisons la mise en oeuvre opérationnelle, nous essayons de relier le besoin de l'entreprise avec l'offre de formation. Si nous devons modifier l'offre de formation, nous demandons à l'adapter. Au-dessus, se situe le comité opérationnel, l'UIMM Lorraine, l'INPL et le pôle de compétitivité. L'ensemble est contrôlé par un comité de pilotage qui rassemble les financeurs, les représentants des syndicats de salariés, le comité opérationnel, la cellule d'exploitation et d'autres personnes si nécessaire.

Je vais vous présenter trois ateliers de transfert et d'innovation, l'un sur l'abrasion, l'autre sur le recuit, le troisième sur le brasage. Quand nous allons voir les entreprises, que l'entrepreneur a un besoin soit détecté, soit sous-jacent, il faut le formaliser et en écrire un modèle. Chaque ATI est un modèle d'accompagnement en lui-même. Pour certains ATI, nous devons être force de proposition, c'est-à-dire que nous connaissons ce qui se passe dans le réseau, nous essayons de formuler le besoin dans l'entreprise et de faire un transfert de technologie après cette définition.

L'ATI abrasion est organisé pour l'entreprise ACMM (Ateliers de Construction de Mécanique de Moselle), avec l'ENSAM de Metz et le CRITT " métal TT ", un centre de transfert de technologie dans les matériaux. Nous essayons d'approfondir les connaissances sur les aciers anti-abrasion dans la chaudronnerie. Ce modèle d'ATI est complexe et complet, dans le sens où nous allons essayer de faire passer l'innovation depuis le client de la société. En effet, la raison d'être des sociétés c'est la satisfaction des besoins des clients. Souvent, le besoin du client final n'est pas formalisé correctement. Nous aidons donc cette société à faire de la conception et à être préconisateur sur ses solutions aciers anti-abrasion. Nous allons donc essayer de former en interne, mais aussi les fournisseurs des matériaux et les sous-traitants de cette société, en inculquant de l'innovation sur tout le long de la chaîne. C'est donc la partie conception, innovation, valeur ajoutée dans cette chaudronnerie. Nous avons une deuxième partie, la mise en place de modes opératoires très concrets dans l'atelier qui permet de gagner en compétitivité.
L'ATI de brasage, se fait avec la société GOUVY, une société qui fait des demi-produits en matériaux métalliques. L'idée était de rapprocher un client potentiel et un fournisseur potentiel qui ne se connaissaient pas et qui sont éloignés d'une soixantaine de kilomètres. Le fournisseur peut proposer un demi-produit entrant dans le besoin du client, mais il y a un peu de recherche et développement à faire sur le brasage. C'est là où nous rejoignons le dispositif mis en place en Meurthe-et-Moselle, et l'utilisation de ce fameux four de brasage. Là, nous connaissons une offre, les installations et les capacités, alors pourquoi ne pas le vendre à notre tour, et comment faire pour développer un nouveau produit. Ce développement de nouveau produit n'est pas de la technologie, mais du développement de compétences. Finalement, l'innovation dans l'entreprise, c'est le développement du capital humain. Si on donne l'ensemble des compétences à un salarié d'atelier qui devient capable de prendre la direction de l'atelier ou du département, il monte en échelon, il est capable de refaire de l'innovation sur ce même type de produit ou d'aller un peu plus loin.

L'ATI sur le recuit est celui que Monsieur Schaeffer nous a confié. Le modèle consiste en l'introduction d'un nouveau métier. Le métier historique de Monsieur Schaeffer est la mécanosoudure et la mécanique générale de grande dimension. Sur l'Airbus, il fabrique le tracteur qui est devant. Sur la pelle Liebherr au-dessus, il fabrique le godet ainsi que l'ensemble du bras. Ces engins demandent un traitement thermique spécifique dans des fours de grande dimension. Pour des raisons économiques, Monsieur Schaeffer a décidé d'intégrer un four de grande dimension dans son atelier, mais il n'a pas forcément les compétences en traitement thermique. A travers cet ATI " recuit ", nous lui mettons au point l'ensemble des méthodes sur le traitement thermique, et nous formons ses salariés qui vont pouvoir prendre les pièces et faire du travail à façon.

Dans l'entreprise, nous avons mis également en place une démarche qualité, et sur les trois premiers mois de fonctionnement, nous avons quelques résultats qu'il va falloir évaluer. L'idée est de mesurer l'impact de notre action, de voir s'il est nécessaire de la corriger, et de connaître ainsi la progression que nous avons pu amener à l'entreprise. La démarche qualité permet aussi d'accompagner les entreprises et le réseau. Aujourd'hui, nous parlons de formation des salariés dans l'entreprise, mais nous nous apercevons que nous devons former les enseignants chercheurs dans le réseau. Ils sont spécialistes et peuvent, sur le traitement thermique ou la maîtrise des matériaux, apporter un certain nombre de choses, mais lorsqu'il s'agit de suivre un projet plus global comme l'implantation d'un four qui demande de la maîtrise des flux dans un atelier, la technologie sur des matériaux, la maîtrise de la conduite du four, nous avons besoin d'aller chercher d'autres ressources et de former des personnels pour entrer dans des projets plus globaux. Cela permet également d'accompagner les uns vers les autres, et d'avoir une traçabilité des documents.

Hubert GRANDJEAN
Je vous remercie. Nous allons maintenant laisser la place à un autre projet " pôle de compétitivité ". Pour cela, je vais demander à Eric Schenk et à Driss Korchane de me rejoindre.


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24/07/2008 - DGE