LA LETTRE N° 47
Direction Générale de la Compétitivité de l’Industrie et des Services
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: : Le dossier
Le « web 2.0 », un atout pour les entreprises
Par Julien Chaumond, chargé de mission réglementation, usages mobiles et web à la Dgcis.

Les nouveaux usages d’internet, fondés sur une forte interaction des usagers, se sont développés à l’origine autour de dimensions privées. Ils intègrent progressivement l’univers professionnel et bien des entreprises pourraient gagner en compétitivité en utilisant les atouts du « web 2.0 ».

Communautaire et interactif, le web 2.0, une nouvelle manière d’utiliser internet, a très vite séduit les usagers dans leurs usages privés. Les blogs, les réseaux sociaux du type Facebook (qui compte d’ores et déjà 200 millions d’utilisateurs), les bases de connaissance type wikipedia, rencontrent un incontestable succès. Ces usages, à l’origine personnels, se diffusent dans la sphère professionnelle. Les outils collaboratifs et sociaux qui font le web 2.0 sont susceptibles d’améliorer pour les entreprises le travail en équipe, la diffusion de l’information et donc leur efficacité et leur créativité. EDF a, par exemple mis en place une plateforme de veille collaborative – Hermès – dont le résultat semble prometteur avec 7 000 sources d’informations, 25 000 posts (commentaires) publiés et 90 wikis créés. Car, dans ce type de réseau, la diffusion de l’information ne se fait plus uniquement de manière hiérarchique et s’opère donc de manière beaucoup plus fluide. Le recours à ce type d’outils semble particulièrement pertinent dans trois domaines : la gestion de la connaissance, la communication et la diffusion d’informations. La disponibilité et la facilité d’accès et de mise à jour des connaissances est en effet un facteur clé de la compétitivité de toute entreprise dont la valeur ajoutée réside dans la production et/ou l’assemblage de contenus intellectuels. Cette diffusion des connaissances peut être interne à l’entreprise (base interne) ou externe (essor des blogs d’entreprises). Les systèmes de gestion de contenus les plus adaptés à un usage interne sont aujourd’hui les wikis qui permettent à tous les employés de participer à un même document et de l’améliorer au cours du temps.
Dans le domaine de la communication, de nombreux outils issus du web 2.0 induisent des transformations dans les usages : le précurseur dans ce domaine a été le forum de discussion, moyen simple de permettre les échanges entre les employés d’une même entreprise ou administration. Ces outils ont ensuite évolué vers ce que l’on appelle les réseaux sociaux. Ils s’intègrent progressivement aux outils existants avec, par exemple, des systèmes de gestion de contenu qui proposent également des modules de forum et de messagerie interne. Chaque utilisateur possède par ailleurs une page de profil qui permet aux autres utilisateurs de voir qui il est, d’accéder à ses derniers articles ou commentaires et de le contacter. Enfin, la diffusion de l’information, en perdant sa dimension hiérarchique, évolue profondément. Les outils web 2.0 les plus emblématiques en la matière sont les outils de social bookmarking et de micro blogging. Les outils de social bookmarking permettent de noter des articles web jugés intéressants, voire de les commenter brièvement, ce qui fait remonter automatiquement les articles les plus intéressants pour l’ensemble de la communauté, selon le principe du « crowdsourcing ». Une application naturelle de ces outils est donc la veille collaborative. Par ailleurs, les outils de microblogging du type Twitter reposent sur le même principe de partage d’information et d’engagement de conversations.
Aujourd’hui, les grandes fonctions d’entreprise particulièrement impactées par les usages collaboratifs sont la communication entre l’entreprise et ses clients (gestion de la relation client), les relations publiques, la communication, le travail collaboratif interne, et donc notamment R&D. Dans le domaine de la relation client par exemple, une étude Coleman Parkes Research démontre le caractère stratégique de l’adoption de ce type d’outils : plus de 80 % des sondés estiment que les contenus sociaux créés par les clients vont, dans les prochaines années, avoir un impact important sur leur manière de travailler. De même, dans le travail collaboratif de conception et de R&D, les bénéfices sont réels même s’il est encore difficile de présenter des données chiffrées.
L’adoption d’outils du web 2.0 dans les entreprises représente donc d’importants enjeux de compétitivité. Certaines sociétés françaises l’ont bien compris et les bénéfices en termes de communication, de créativité et de réactivité, justiferaient sûrement que les autres s’y attardent davantage.

julien.chaumond@finances.gouv.fr

Glossaire

Web 2.0 : il correspond aux nouvelles formes d’utilisation d’internet, plus participatives et sociales. Cette évolution renvoie aussi bien aux technologies employées qu’aux usages qu’en font les internautes. Il permet à ceux-ci de produire et d’interagir avec le contenu des pages web (sites de partage de vidéos, par exemple) mais aussi entre eux (forums, blogs…).

Blog : est un site web constitué par de multiples billets écrits au fil du temps par le blogueur. Sorte de « journal intime » d’un internaute, d’un employé voire d’une entreprise toute entière, le blog peut être enrichi par les commentaires laissés par les autres utilisateurs.

Wiki : est un logiciel qui permet de gérer le contenu d’un site web. Il permet à tous les visiteurs autorisés de modifer les pages web directement. Il rend donc possible l’écriture collaborative, où chaque internaute peut contribuer et déposer ses connaissances. Le wiki le plus connu à ce jour est l’encyclopédie Wikipédia.

Réseaux sociaux : il s’agit de services permettant à des ensembles d’individus d’être reliés entre eux par des liens. Le web 2.0 a vu la multiplication et l’essor de réseaux sociaux. Facebook en est un bon exemple.

Microblogging : c’est un dérivé du blog, plus proche du SMS dans son format, mais public. Il permet de publier des textes très courts (moins de 140 caractères, par exemple). Le but est de partager de l’information avec n’importe quelle personne intéressée. Twitter en est le meilleur exemple.

Social bookmarking : ou « marque-page social ». Ces services permettent aux internautes de classer, trier, stocker et échanger leurs liens préférés. Les utilisateurs vont ainsi pouvoir enregistrer les ressources web qu’ils trouvent utiles, et les rendre accessibles aux autres internautes.

Podcast : contraction de « iPod » et de « broadcast ». Terme générique désignant la possibilité de publier via un blog et ses fils RSS du contenu audio ou vidéo, à destination d’un baladeur numérique.

Crowdsourcing : consiste à utiliser la créativité, les connaissances et les savoir-faire d’un grand nombre d’internautes. Cette « intelligence des foules » ou « intelligence collective » est très utilisée dans le web 2.0. Wikipédia est un exemple de « crowdsourcing ».
: : Les interviews
« Les collaborateurs de terrain doivent s’approprier l’outil »
Jean Leroux, directeur organisation et systèmes d’informations du Groupe Aelia.
Aelia, spécialisée dans la gestion des zones commerciales détaxées, a lancé « aeliapedia » à destination de ses points de vente. Explications.

Quelles sont les caractéristiques du groupe Aelia ?
Aelia est une entreprise du groupe Lagardère qui dispose d’un large portefeuille d’activités dans les principaux réseaux de voyage, notamment les activités classiques du commerce hors taxes : parfums & cosmétiques, alcools & tabacs, gastronomie, multimédia, mode & accessoires. Aelia est présent dans 22 aéroports en France, Grande-Bretagne, Irlande, Pologne, Espagne, Hong Kong et bien tôt en Australie. En particulier, Aelia opère dans les activités duty free des aéroports de Paris Charles de Gaulle et Paris-Orly, deux des premières plateformes aéroportuaires d’Europe Continentale. Ce groupe compte 2 100 salariés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 650 M€, dont une partie à l’étranger.

Qu’est-ce qui vous a fait créer « aeliapedia »?
Nous avons lancé ce wiki en mars dernier après un gros travail de préparation sur le contenu et l’usage. Nous avions délibérément choisi de mettre en ligne un contenu riche, car nous ne croyons pas au lancement d’une coquille vide. Nous avons décidé d’opter pour un périmètre assez large puisque, en plus des informations de l’intranet classique, essentiellement basées sur tout ce qui était ressources humaines et légales, nous avons rajouté des informations liées à la formation. Nous avons également élaboré une partie consacrée au développement d’affaires car nous avons besoin d’échanger avec nos filiales et de collecter un certain nombre d’informations. Dès le premier jour, 2 000 fiches produits étaient disponibles. Cela a été une véritable révolution, car auparavant nos points de vente n’avaient pas accès à l’intranet. Nous sommes donc passé de 300 à 2 000 usagers du jour au lendemain puisque les vendeurs peuvent accéder à aeliapedia depuis leurs caisses.

Cette expérience est-elle une réussite ?
C’est indéniable. Ce qui m’apparaît indispensable, pour que l’on soit vraiment dans le web 2.0, c’est qu’il y ait une appropriation par le business, dans les processus opérationnels du groupe. Aujourd’hui, les points de vente ont accès en temps réel aux mêmes informations que les collaborateurs du siège, dans la limite de leurs droits. Les promotions sur les produits, par exemple, sont directement accessibles. Auparavant elles étaient transmises par mél et, la hiérarchie étant elle-même très occupée, les points de vente ne recevaient pas toujours l’information. Les échanges de méls avec pièce jointe sont désormais proscrits et les classeurs papier de fiches produits sont voués à disparaître. De fait, un vendeur peut à tout moment consulter en ligne ces fiches pour mieux conseiller un client. Nous dénombrons 15 à 20 pages vues par mois et par collaborateur, ce qui est relativement important. L’objectif, aujourd’hui, est de continuer à faire vivre ce réseau afin qu’il entre véritablement dans les habitudes de travail.

« Des gains de temps non négligeables »

Jacques Froissant, fondateur-dirigeant d’Altaïde
Altaïde est un spécialiste du recrutement web 2.0. Une approche du conseil et de la gestion des ressources humaines qui intègre l’utilisation des blogs, des réseaux sociaux ou des podcasts. Explications.

Quelle est l’activité de votre entreprise ?
Altaïde est une société de conseil en recrutement et en gestion des ressources humaines (RH) essentiellement tournée vers les start up, notamment les éditeurs de logiciel et les spécialistes du web. Nous effectuons, pour ces sociétés, des missions de recrutement, mais aussi de conseil : mise en place de stratégies RH, audit organisationnel, préconisations, accompagnement dans le développement RH, conduite du changement, communication interne, référentiels emplois/compétences, externalisation de fonctions RH… Créée en 2000, l’entreprise compte aujourd’hui une dizaine de salariés. L’une de nos caractéristiques est d’avoir été pionniers du web 2.0 avec une approche du recrutement intégrant tout d’abord l’utilisation des blogs, puis celle des réseaux sociaux ou des podcasts…

Comment utilisez-vous un réseau social comme BlueKiwi dans votre entreprise ?
Nous l’utilisons tout à la fois en interne et en externe. Au niveau interne, ce réseau nous sert d’outil de gestion de la connaissance. Nous y déposons les contrats, les descriptifs de postes ou les processus internes à l’entreprise, accompagnés de commentaires des salariés. Nous partageons également les découvertes que l’on peut faire sur internet lorsque nous faisons de la veille. Cela nous permet d’en garder une trace et de retrouver l’information beaucoup plus facilement qu’avec les onglets des systèmes de navigation classiques. Par ailleurs, nous avons développé des usages avec nos clients. Tout d’abord, ils peuvent suivre le déroulement des missions qu’ils nous ont confiées au travers d’ateliers dédiés auxquels n’ont accès que le client, le consultant et éventuellement le chargé de recherche. De plus, le réseau nous permet de partager avec nos clients des informations sur les thématiques liées au recrutement mais aussi d’échanger avec eux sur nos process et les améliorations qu’ils aimeraient que nous y apportions.

Quels sont les apports de ce réseau dans la vie de l’entreprise ?
Nous réalisons des gains de temps non négligeables. Lors d’une mission, il est possible de trouver très facilement des descriptifs de poste similaires à celui recherché et d’en construire un nouveau à partir de cet existant. De plus, en phase de prospection, nous pouvons indiquer à un client le nombre de missions similaires que nous avons déjà réalisées. Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que, grâce aux ateliers, nous parvenions à mieux gérer nos clients qu’au travers des méls. Ils sont plus réactifs, plus impliqués, et les délais sont de ce fait beaucoup mieux respectés. Enfin, nous avons une bien meilleure traçabilité de nos missions. Si un candidat a été écarté, nous pouvons lui en expliquer les motifs car le client nous fait part de ses commentaires dans l’espace qui lui est dédié sur le réseau.

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Direction générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services - 12 rue Villiot - 75572 Paris cedex 12
Directeur de la publication : Caroline Leboucher
Correspondance : murielle.pascal@finances.gouv.fr - alexandra.brunel@finances.gouv.fr
Crédit photographique :
Droits Réservés
ISSN 1772-1407
Publication Juin 2009

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www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/dossiers/dge/sb_dge.htm

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