LA LETTRE - N°12
 Direction Générale des Entreprises
 

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La santé à domicile
Propos recueillis auprès de Marie-Claire Sebag, Direction générale des entreprises

Souhaitée par les patients, la santé à domicile est un terrain prometteur pour la R&D et un important gisement d'emplois.

La santé à domicile ne se limite pas à l'hospitalisation à domicile, prescrite par un médecin en substitution d'une hospitalisation classique. Elle inclut l'ensemble des acti-vités de santé pratiquées à domicile : soins, surveillance, aide aux personnes dépendantes...
Les produits et services destinés au marché de la santé à domicile sont donc extrêmement divers. Ils vont des simples aides techniques — cannes, déambulateurs... — aux installations lourdes comme les équipements de dialyse ou de chimiothérapie à domicile, accompagnés des prestations et fournitures nécessaires à leur fonctionnement.
Le marché est d'ores et déjà considérable : environ 4 milliards d'euros (dont 2,8 pour les matériels et les prestations de service associées). Il occupe déjà 40 000 personnes, et le nombre d'emplois pourrait progresser de 20 à 30 % dans les cinq prochaines années. En outre les technologies de l'information et de la communication sont en train de modifier la donne : grâce à ces technologies, le patient peut être directement relié à l'équipe médicale. Ainsi, des capteurs sont en mesure de signaler à des centres de télésurveillance une chute du patient dans son logement, un dérèglement de son rythme cardiaque ou l'oubli d'un traitement de chimiothérapie. Encore embryonnaires, ces activités sont appelées à se développer largement du fait du vieillissement de la population, qui exigera de plus en plus de surveillance.
Sur le plan industriel, le marché des dispositifs médicaux progresse de 7 à 8 % par an en France comme dans le monde. La France est notamment bien placée dans des secteurs comme la télécardiologie, l'assistance respiratoire ou les capteurs pour la télémédecine.
Dans le domaine des services, la distribution est assurée à la fois par les fabricants eux-mêmes et par des prestataires de services, les pharmaciens, des associations et des magasins spécialisés. L'installation, l'exploitation, la maintenance des matériels sont assurées par les industriels eux-mêmes ou par des prestataires comme Air Liquide Santé, Bastide ou LVL Médical, souvent engagés dans des partenariats avec les industriels.
La santé à domicile comporte des enjeux importants pour l'économie française. C'est un vaste gisement d'emplois de services à la personne ; son expansion va nécessiter de nouveaux personnels, de nouveaux métiers, de nouvelles formations qualifiantes. Elle offre de nouveaux marchés pour des entreprises industrielles et de services et devrait devenir un domaine naturel d'utilisation du nouveau chèque emploi service universel.
Le développement de la santé à domicile est une quasi-certitude. Pour que les entreprises françaises puissent prendre demain une part significative du marché, elle doivent donner la priorité aux projets de R&D et s'engager dans le développement de produits et de services innovants.

Préparer l'avenir avec la R&D

Le secteur de la santé à domicile occupe dès aujourd'hui une place importante dans les appels à projets de R&D, qu'ils soient lancés par l'Agence nationale de la recherche (ANR), Oséo-Anvar ou le Fonds de compétitivité des entreprises géré par la Direction générale des entreprises. LA DGE s'est en particulier fortement impliquée dans la création du réseau national des technologies pour la santé (RNTS), géré depuis 2005 par l'ANR.
Parmi les projets retenus par le RNTS (http://rnts.enst-bretagne.fr) en 2005, une vingtaine – soit plus de 15 % – concernent directement la santé à domicile ; ce thème sera également l'une des priorités de son appel à projets 2006, lancé prochainement. Il devrait aussi avoir sa place dans les projets de certains pôles de compétitivité (par exemple le pôle Innovations thérapeutiques).
Parmi les thèmes de R&D les plus prometteurs figurent notamment :
- les aides respiratoires,
- les systèmes de délivrance de médicaments,
- la dialyse,
- la télésurveillance et le télétraitement.
La plupart de ces thèmes appellent presque par nature une recherche collaborative. Ainsi les projets de télé-surveillance associeront-ils par exemple des PME spécialistes des capteurs, des opérateurs de télécommunications ou de télétransmission et des laboratoires d'analyse.


Pour en savoir plus
www.industrie.gouv.fr/enjeux/sante.htm

Contact
marie-claire.sebag@industrie.gouv.fr

Les Français et les soins à domicile (1)

• Les Français, quel que soit leur âge, sont très favorables à la santé à domicile : 88 % ont une très bonne opinion de ce mode de soins.
• Parmi les personnes de 35 à 65 ans, 75 % souhaitent être soignées à domicile, 25 % à l'hôpital.
• C'est dans les villes de moins de 20 000 habitants que cette demande est la plus forte (72 %).
• En ce qui concerne les soins liés au grand âge et à la dépendance, 81 % des personnes interrogées souhaitent rester à domicile, 18 % préfèrent les maisons de retraite.

(1) Sondage Sofres réalisé en septembre 2005 pour le Syndicat de l'industrie des dispositifs de soins médicaux Appamed

Que représente le marché de la santé à domicile ?

Cette question est au coeur du projet Maintien médicalisé à domicile (M2D), qui porte sur la réalisation d'une vaste étude de marché en vue du lancement d'un nouveau service de soins hospitaliers à domicile. Initiative d'AXA Assistance, France Télécom R&D et Eurogroup, le projet se déroulera en Belgique, en France, en Italie et en Pologne. L'étude de marché porte sur le suivi du patient par l'hôpital, grâce à des moyens technologiques de pointe (télé-assistance) et les prestations d'une société d'assistance au quotidien. M2D est financé à 50 % par la Commission européenne à travers le programme e-TEN, qui soutient la mise en place et le déploiement transeuropéen de services et d'applications électroniques.


Quelques projets labellisés par le RNTS en 2005

•Caphytex : CApteurs PHYsiologiques TEXtiles pour la surveillance du sommeil
•Tandem : Aide informatisée à domicile pour l'accompagnement de la maladie d'Alzheimer
•Telma : Téléphonie à l'usage desMalentendants
•Systoe : Automate de mesure de pression artérielle au gros orteil chez le diabétique
•Prédica : Prévision, détection, investigation contre la chute des personnes âgées



De nouveaux métiers entre le médecin et le patient

Entretien avec M. Thierry Veller, directeur des relations extérieures, Air Liquide Santé

Le développement de la santé à domicile suscite l'apparition de sociétés de services spécialisées qui élaborent des solutions, assistent les patients et rendent compte aux médecins des effets et suivis des traitements.

Comment votre groupe s'est-il intéressé au marché de la santé à domicile ?
Depuis très longtemps, Air Liquide Santé fournit aux hôpitaux des gaz médicaux tels que l'oxygène, le proto-xyde d'azote ou l'hélium utilisés dans des applications très diverses : pathologies respiratoires, anesthésies, traitements, diagnostics, etc. Quand l'hospitalisation à domicile est apparue, voici une vingtaine d'années, nous avons accompagné cette évolution. Nous avons d'abord fourni, comme à l'hôpital, de l'oxygène utilisé notamment dans le traitement des insuffisances respiratoires. Puis, nos activités se sont développées très naturellement vers d'autres pathologies. Une fois nos process validés et notre réseau de professionnels constitué, nous avons élargi nos prestations au-delà de notre coeur de métier vers la ventilation, l'apnée du sommeil, la nutrition entérale et parentérale, le diabète...

Fabriquez-vous les matériels utilisés à domicile ?
Nous assurons la conception et la fabrication des équipements de stockage de l'oxygène liquide ainsi que du matériel de mise en oeuvre des gaz, mais nous sommes aussi des intégrateurs : nous composons les meilleures solutions pour le patient à l'aide des équipements et fournitures disponibles dans notre groupe et à l'extérieur. Cela inclut le test des matériels, leur achat et leur stockage, leur mise en oeuvre, leur maintenance, leur désinfection, la formation du patient et de sa famille. Nos équipes sont en contact avec le médecin : même si nous n'intervenons pas dans la prescription, nous le conseillons pour la meilleure adéquation entre la pathologie du patient et la solution technique adaptée ainsi que sa bonne observance.

Ces activités exigent-elles des compétences spécialisées ?
Elles nécessitent des compétences médico-techniques et humaines dans le cadre d'une double relation avec le patient et avec le médecin. Les pays où la santé à domicile se développe bien sont ceux où ces compétences sont reconnues. Le Canada a ainsi créé de nouveaux métiers comme celui d'inhalothérapeute. Les inhalothérapeutes aident le malade à observer son traitement et en rendent compte au médecin. Notre groupe emploie 200 de ces spécialistes au Canada. Nous sommes très attentifs à la formation de nos équipes. Par exemple, une de nos filiales a organisé avec la Croix Rouge française une formation de conseillers médico-techniques, dont nous espérons faire un cursus diplômant. Ces métiers apportent de vraies satisfactions. Des liens affectifs se tissent avec les patients régulièrement suivis. Quand on voit des gens retrouver leur tonus après l'installation d'un équipement contre l'apnée du sommeil par exemple, on sait qu'on a fait un travail utile.

Utilisez-vous les technologies de l'information et de la communication ?
Dans certains pays comme en Italie avec notre filiale Medicasa, nous avons créé des centres de contrôle régionaux dont l'expertise est la « coordination de soins ».
Ils suivent divers paramètres (rythme cardiaque, tension...) à l'aide de modems installés chez les patients et déclenchent l'intervention du médecin. Nous ne nous substituons pas au médecin, mais nous raccourcissons le cycle de soins et nous en faisons un cercle vertueux, par exemple en veillant à ce que le patient n'oublie pas son traitement. C'est sécurisant pour le patient comme pour le médecin, qui sait qu'il disposera de données sûres.

Comment voyez-vous l'avenir de la santé à domicile ?
Il est prometteur parce que la démographie comme les souhaits des patients vont dans ce sens. Mais cela suppose une évolution du système de soins à la fois dans son organisation et dans son financement. En effet, il faudra définir une nouvelle répartition des tâches et des responsabilités et de nouvelles conditions de remboursement des produits et prestations.

www.airliquide.com

 

 
 

Direction générale des entreprises - 12 rue Villiot - 75572 Paris cedex 12
Directeur de la publication : Sabine Portier
Correspondance : dominique.de-tonnac@industrie.gouv.fr
Téléphone : (+33) 1 44 87 17 17 Crédit photographique : P. Bagein / Sircom
ISSN 1772-1407
Publication Mars 2006

Pour consulter les précédentes Lettres de la DGE :
www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/dossiers/dge/sb_dge.htm

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