LA LETTRE - N°13
 Direction Générale des Entreprises
 

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La Russie
Par Étienne Coffin et Alain Miermont, Direction générale des entreprises

La Fédération de Russie, en plein renouveau économique, présente des opportunités pour les entreprises françaises dans de nombreux secteurs.

La Russie est un pays hors du com-mun par sa superficie et l'importance de ses ressources naturelles. Sa forte croissance, l'amélioration de sa situation financière, ses énormes ressources minières (pétrole, gaz, charbon, métaux), sa population aspirant à améliorer son niveau de vie en font une économie aux vastes perspectives.
Deux économies russes paraissent coexister. L'une, héritière du système soviétique, demeure régie par certains principes d'une économie administrée. Cette forme d'organisation reste présente dans les villes moyennes et au-delà de l'Oural. L'économie des grandes villes, en revanche, est prospère. Moscou est l'une des villes du monde qui change le plus ; la circulation, les magasins, la publicité en fournissent des signes très visibles.
La rente pétrolière et gazière n'explique pas seule ce développement. L'industrie russe présente des points forts, appuyés sur de réelles compétences scientifiques, techniques et industrielles. Elle bénéficie en outre d'un système éducatif de très bonne qualité, notamment dans le domaine scientifique, fondamental et appliqué : la Russie est un pays d'ingénieurs. La technologie russe se situe aux tout premiers rangs mondiaux dans des domaines comme les matériaux, l'optique ou les nanotechnologies. Moins avancée dans les technologies de l'information, la Russie occupe néanmoins des positions solides dans certains domaines du logiciel grâce à ses compétences en mathématiques.
Sur le plan institutionnel, un droit des entreprises se met en place. La réglementation douanière et fiscale se clarifie. Destinée au marché intérieur plus qu'à l'exportation, la contrefaçon demeure présente dans un pays où le régime de la propriété intellectuelle reste à préciser, mais les autorités publiques manifestent l'intention de traiter la question.

Des secteurs propices aux coopérations
Aujourd'hui, l'économie russe est considérée comme suffisamment saine et prometteuse pour que les entreprises françaises de toutes tailles s'y intéressent. Les échanges entre la France et la Russie sont à leur plus haut niveau historique et se développent rapidement, mais une marge de progression importante demeure : la Russie n'est encore que le 18e client de la France et notre pays le 9e fournisseur de la Russie. La Russie offre notamment des possibilités de débouchés dans les secteurs de l'aéro-nautique, du spatial, des services urbains.
En 2005, plus de 400 entreprises françaises étaient présentes dans le pays, comme Renault avec la Logan. Les implantations passent parfois par des coopérations avec des entreprises russes, notamment dans l'énergie, l'aéronautique (Aérospatiale et Snecma développent un avion régional conjointement avec Sukhoi), la sidérurgie (Arcelor a créé voici plusieurs années une entreprise commune dans le Nord de la Russie). D'autres secteurs offrent des opportunités aux entreprises françaises : les télécommunications, les transports urbains et ferroviaires ou la protection de l'environnement.

Certaines PME-PMI dynamiques ont entrepris de pénétrer le marché russe avec parfois des succès remarquables (voir ci-dessous l'interview de M. Darlet). Avec la Chine, l'Inde, le Japon et les États-Unis, la Russie est l'un des pays prioritaires retenus dans le cadre de Cap Export, initiative gouvernementale lancée en octobre 2005 afin de soutenir les exportations des PME-PMI.La Mission économique et Ubifrance organisent en Russie de nombreuses actions visant à favoriser l'action locale des entreprises françaises. En particulier, des «Rencontres Russie» annuelles permettent à des entreprises de nouer des contacts avec des partenaires ayant développé des compétences sur place. Désormais, la Mission économique organise des actions hors des grands pôles économiques que sont Moscou et Saint-Pétersbourg, en direction des villes moyennes comme Nijni-Novgorod, Samara ou Rostov-sur-le-Don.

Dans le cadre de la priorité donnée par les deux gouvernements à la coopération dans les hautes technologies, la Direction générale des entreprises a mis en place avec l'Ambassade de France à Moscou et les autorités russes un réseau d'appui aux entreprises françaises. Il repose principalement sur :
    - une coopération entre Oséo-anvar et son homologue russe,
    - la création de centres de transferts de technologies,
    - l'organisation de missions d'information et de séminaires sur des thèmes porteurs comme les nanotechnologies, les bio-technologies ou l'optoélectronique.
Les pôles de compétitivité devraient aussi constituer un élément important dans la coopération entre la DGE et ses homologues russes. Les Russes, qui souhaitent mieux valoriser les résultats de leur recherche fondamentale ou appliquée, sont intéressés par la démarche des pôles. Eux-mêmes ont constitué des «zones économiques spéciales» qui s'apparentent à des parcs technologiques ou des clusters. Cette démarche commune devrait faciliter les coopérations techno-logiques et institutionnelles.

Pour en savoir plus:
http://www.missioneco.org/russie
Contact:
etienne.coffin@industrie.gouv.fr et alain.miermont@industrie.gouv.fr


Un groupe de travail « Innovation » avec la Russie

Les autorités russes et françaises ont créé en 2005 un groupe de travail « Innovation » animé par la DGE. Il a tenu sa troisième réunion fin mars 2006. Parmi ses principaux thèmes :
   - les mécanismes de transferts de technologies
   - les réseaux de facilitation
   - les pôles de compétitivité
   - la lutte contre la contrefaçon


Un forum pour les professionnels

Organisé par Ubifrance, La réalité des affaires en Russie est un forum de discussion sur internet réservé aux professionnels de l'international. Il permet à près de 400 participants clairement identifiés de communiquer et de partager leurs expériences. L'accès est gratuit.
Pour en savoir plus:
http://www.ubifrance.fr/forums/forum.asp?idforum=1

Des interlocuteurs d'un haut niveau technique
Entretien avec Jean-Pierre Darlet, président de DMT SA Sur le marché russe, la persévérance est indispensable. DMT y a rencontré des investisseurs dynamiques, loyaux et d'un excellent niveau technique.

Comment avez-vous abordé le marché russe ?
Nous concevons et réalisons des installations pour la fabrication de films plastiques principalement destinés à l'emballage des produits de consommation. Nous avions livré des machines en URSS dans les années 1980. Depuis, nous avons conservé des relations d'assistance technique et sommes restés sur le marché, convaincus que la Russie aurait besoin tôt ou tard de nos machines. En effet, le pays se réindustrialise à toute vitesse, le niveau de vie augmente, le système de distribution se modernise et le marketing est en plein essor. Notre persévérance a payé : nous avons obtenu notre premier contrat local en 2002.

Que représente la Russie dans votre activité ?
Notre marché est mondial et fortement cyclique. Il connaît aujourd'hui une reprise forte, animée surtout par la Russie et l'Amérique latine – or les trois quarts des installations commandées par la Russie depuis 2002 l'ont été à DMT. En 2005, la Russie a représenté environ 40 % de nos prises de commandes. Cela nous a propulsés largement au premier rang de notre industrie. Le marché russe présente une caractéristique intéressante : contrairement aux pays émergents, il a tout de suite réclamé des emballages haut de gamme, analogues à ceux d'Europe de l'Ouest. Il lui faut des machines sophistiquées, et le contrat que nous avons obtenu voici quelques jours avec le premier producteur d'eaux minérales russes est le plus gros signé par DMT à ce jour. De plus, il porte sur une machine qui sera sans doute la plus polyvalente jamais réalisée.

Quelle aide avez-vous reçue des pouvoirs publics ?
La Mission économique de Moscou et Ubifrance nous ont bien aidés à identifier les nouveaux interlocuteurs, organiser des visites sur place, participer aux foires et salons professionnels... Mais le point le plus important a été la garantie des crédits acheteurs par la Coface. Cela a vraiment changé la donne. Nos banques françaises prêtent à nos clients russes les capitaux nécessaires à leur investissement avec une assurance de la Coface, tandis que les grandes banques russes font office de garants. DMT a joué un rôle pionnier en montant les deux premières opérations de ce type en Russie. 

Trouvez-vous de bons interlocuteurs ?
L'un des grands attraits du marché russe est la qualité intellectuelle de nos interlocuteurs. Les investisseurs russes analysent bien leurs dossiers et sont techniquement capables d'apprécier nos offres. La rédaction des contrats est néanmoins longue et compliquée, car les Russes ont en mémoire la crise de 1998. Mais une fois la confiance établie, tout peut aller très vite. Les Russes sont des partenaires loyaux et fidèles.
Ils constituent des équipes de qualité. Dès le premier jour de notre premier contrat, tout a très bien fonctionné.

Vous demande-t-on d'intégrer des composants russes dans les machines ?
Nous achetons de nombreux composants, mais nos clients russes sont très soucieux de qualité et nous demandent de leur fournir ce qui se fait de mieux, quelle qu'en soit la provenance. N'oubliez pas qu'ils risquent leurs propres capitaux : ils font tous partie de la première génération d'entrepreneurs privés.

http://www.biax.com


 

 
 

Direction générale des entreprises - 12 rue Villiot - 75572 Paris cedex 12
Directeur de la publication : Gérard Mathieu
Correspondance : dominique.de-tonnac@industrie.gouv.fr
Téléphone : (+33) 1 44 87 17 17 Crédit photographique : P. Bagein / Sircom
ISSN 1772-1407
Publication Avril 2006

Pour consulter les précédentes Lettres de la DGE :
www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/dossiers/dge/sb_dge.htm

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