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La Russie
Par Étienne Coffin et Alain Miermont, Direction générale des entreprises
La Fédération de Russie, en plein renouveau économique, présente des opportunités pour les entreprises françaises dans de nombreux secteurs.
La
Russie est un pays hors du com-mun par sa superficie et l'importance
de ses ressources naturelles. Sa forte croissance, l'amélioration
de sa situation financière, ses énormes ressources
minières (pétrole, gaz, charbon, métaux),
sa population aspirant à améliorer son niveau
de vie en font une économie aux vastes perspectives.
Deux économies russes paraissent coexister. L'une,
héritière du système soviétique, demeure
régie par certains principes d'une économie
administrée. Cette forme d'organisation reste présente
dans les villes moyennes et au-delà de l'Oural. L'économie
des grandes villes, en revanche, est prospère. Moscou est
l'une des villes du monde qui change le plus ; la circulation,
les magasins, la publicité en fournissent des signes très
visibles.
La rente pétrolière et gazière n'explique
pas seule ce développement. L'industrie russe présente
des points forts, appuyés sur de réelles compétences
scientifiques, techniques et industrielles. Elle bénéficie
en outre d'un système éducatif de très
bonne qualité, notamment dans le domaine scientifique, fondamental
et appliqué : la Russie est un pays d'ingénieurs.
La technologie russe se situe aux tout premiers rangs mondiaux dans
des domaines comme les matériaux, l'optique ou les
nanotechnologies. Moins avancée dans les technologies de
l'information, la Russie occupe néanmoins des positions
solides dans certains domaines du logiciel grâce à ses
compétences en mathématiques.
Sur le plan institutionnel, un droit
des entreprises se met en place. La réglementation douanière
et fiscale se clarifie. Destinée au marché intérieur
plus qu'à l'exportation, la contrefaçon
demeure présente dans un pays où le régime
de la propriété intellectuelle reste à préciser,
mais les autorités publiques manifestent l'intention
de traiter la question.
Des
secteurs propices aux coopérations
Aujourd'hui, l'économie russe est considérée
comme suffisamment saine et prometteuse pour que les entreprises
françaises de toutes tailles s'y intéressent.
Les échanges entre la France et la Russie sont à leur
plus haut niveau historique et se développent rapidement,
mais une marge de progression importante demeure : la Russie n'est
encore que le 18e client de la France et notre pays le 9e fournisseur
de la Russie. La Russie offre notamment des possibilités
de débouchés dans les secteurs de l'aéro-nautique,
du spatial, des services urbains.
En 2005, plus de 400 entreprises françaises étaient
présentes dans le pays, comme Renault avec la Logan. Les
implantations passent parfois par des coopérations avec des
entreprises russes, notamment dans l'énergie, l'aéronautique
(Aérospatiale et Snecma développent un avion régional
conjointement avec Sukhoi), la sidérurgie (Arcelor a créé voici
plusieurs années une entreprise commune dans le Nord de la
Russie). D'autres secteurs offrent des opportunités
aux entreprises françaises : les télécommunications,
les transports urbains et ferroviaires ou la protection de l'environnement.
Certaines PME-PMI dynamiques ont entrepris
de pénétrer le marché russe avec parfois des
succès remarquables (voir ci-dessous l'interview de
M. Darlet). Avec la Chine, l'Inde, le Japon et les États-Unis,
la Russie est l'un des pays prioritaires retenus dans le cadre
de Cap Export, initiative gouvernementale lancée en octobre
2005 afin de soutenir les exportations des PME-PMI.La Mission économique
et Ubifrance organisent en Russie de nombreuses actions visant à favoriser
l'action locale des entreprises françaises. En particulier,
des «Rencontres Russie» annuelles permettent à des
entreprises de nouer des contacts avec des partenaires ayant développé des
compétences sur place. Désormais, la Mission économique
organise des actions hors des grands pôles économiques
que sont Moscou et Saint-Pétersbourg, en direction des villes
moyennes comme Nijni-Novgorod, Samara ou Rostov-sur-le-Don.
Dans le cadre de la priorité donnée par les deux gouvernements à la
coopération dans les hautes technologies, la Direction générale
des entreprises a mis en place avec l'Ambassade de France à Moscou
et les autorités russes un réseau d'appui aux
entreprises françaises. Il repose principalement sur :
- une coopération entre Oséo-anvar et son homologue
russe,
- la création de centres de transferts de technologies,
- l'organisation de missions d'information et de séminaires
sur des thèmes porteurs comme les nanotechnologies, les bio-technologies
ou l'optoélectronique.
Les pôles de compétitivité devraient aussi constituer
un élément important dans la coopération entre
la DGE et ses homologues russes. Les Russes, qui souhaitent mieux
valoriser les résultats de leur recherche fondamentale ou
appliquée, sont intéressés par la démarche
des pôles. Eux-mêmes ont constitué des «zones économiques
spéciales» qui s'apparentent à des parcs
technologiques ou des clusters. Cette démarche commune devrait
faciliter les coopérations techno-logiques et institutionnelles.
Pour en savoir plus:
http://www.missioneco.org/russie
Contact:
etienne.coffin@industrie.gouv.fr et alain.miermont@industrie.gouv.fr
Un groupe de
travail « Innovation » avec la Russie
Les autorités russes
et françaises ont créé en 2005 un groupe de travail « Innovation » animé par
la DGE. Il a tenu sa troisième réunion fin mars 2006. Parmi
ses principaux thèmes :
- les mécanismes de transferts de technologies
- les réseaux de facilitation
- les pôles de compétitivité
- la lutte contre la contrefaçon
Un
forum pour les professionnels
Organisé par
Ubifrance, La réalité des affaires en Russie est un forum de
discussion sur internet réservé aux professionnels de l'international.
Il permet à près de 400 participants clairement identifiés
de communiquer et de partager leurs expériences. L'accès
est gratuit.
Pour en savoir plus:
http://www.ubifrance.fr/forums/forum.asp?idforum=1
Des
interlocuteurs d'un haut niveau technique
Entretien
avec Jean-Pierre Darlet, président de DMT SA
Sur
le marché russe, la
persévérance est indispensable. DMT y a rencontré des investisseurs
dynamiques, loyaux et d'un excellent niveau technique.
Comment
avez-vous abordé le marché russe ?
Nous concevons et réalisons des installations pour
la fabrication de films plastiques principalement destinés à l'emballage
des produits de consommation. Nous avions livré des
machines en URSS dans les années 1980. Depuis, nous
avons conservé des relations d'assistance technique
et sommes restés sur le marché, convaincus
que la Russie aurait besoin tôt ou tard de nos machines.
En effet, le pays se réindustrialise à toute
vitesse, le niveau de vie augmente, le système de
distribution se modernise et le marketing est en plein essor.
Notre persévérance a payé : nous avons
obtenu notre premier contrat local en 2002.
Que
représente la Russie dans votre activité ?
Notre marché est mondial et fortement cyclique. Il connaît
aujourd'hui une reprise forte, animée surtout par
la Russie et l'Amérique latine – or les trois
quarts des installations commandées par la Russie depuis
2002 l'ont été à DMT. En 2005, la
Russie a représenté environ 40 % de nos prises
de commandes. Cela nous a propulsés largement au premier
rang de notre industrie. Le marché russe présente
une caractéristique intéressante : contrairement
aux pays émergents, il a tout de suite réclamé des
emballages haut de gamme, analogues à ceux d'Europe
de l'Ouest. Il lui faut des machines sophistiquées,
et le contrat que nous avons obtenu voici quelques jours avec
le premier producteur d'eaux minérales russes est
le plus gros signé par DMT à ce jour. De plus,
il porte sur une machine qui sera sans doute la plus polyvalente
jamais réalisée.
Quelle
aide avez-vous reçue des pouvoirs publics ?
La Mission économique de Moscou et Ubifrance nous ont bien aidés à identifier les nouveaux interlocuteurs, organiser des visites sur place, participer aux foires et salons professionnels... Mais le point le plus important a été la garantie des crédits acheteurs par la Coface. Cela a vraiment changé la donne. Nos banques françaises prêtent à nos clients russes les capitaux nécessaires à leur investissement avec une assurance de la Coface, tandis que les grandes banques russes font office de garants. DMT a joué un rôle pionnier en montant les deux premières opérations de ce type en Russie.
Trouvez-vous
de bons interlocuteurs ?
L'un des grands attraits du marché russe est la
qualité intellectuelle de nos interlocuteurs. Les investisseurs
russes analysent bien leurs dossiers et sont techniquement capables
d'apprécier nos offres. La rédaction des
contrats est néanmoins longue et compliquée, car
les Russes ont en mémoire la crise de 1998. Mais une fois
la confiance établie, tout peut aller très vite.
Les Russes sont des partenaires loyaux et fidèles.
Ils constituent des équipes de qualité. Dès
le premier jour de notre premier contrat, tout a très
bien fonctionné.
Vous
demande-t-on d'intégrer des composants russes
dans les machines ?
Nous achetons de nombreux composants, mais nos clients russes
sont très soucieux de qualité et nous demandent
de leur fournir ce qui se fait de mieux, quelle qu'en soit
la provenance. N'oubliez pas qu'ils risquent leurs
propres capitaux : ils font tous partie de la première
génération d'entrepreneurs privés.
http://www.biax.com
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