 |
|
|
|
Pour recevoir gratuitement tous les mois la Lettre de la Direction générale des entreprises :
cliquez ici
|
| : : Le dossier |
|
La coopération franco-allemande en vedette au forum de Strasbourg
|
 |
Par Alain Liger, directeur régional de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) d’ Alsace.
|
|
Le forum sur le financement de l’innovation, organisé le 14 décembre à Strasbourg, porte sur deux axes majeurs du développement économique alsacien : le pôle de compétitivité « Innovations thérapeutiques » et la coopération franco-allemande.
|
|
Le 6e forum sur le financement de l’innovation et de la compétitivité, organisé à Strasbourg autour du pôle « Innovations thérapeutiques », est exceptionnellement élargi à la coopération des « pôles de compétitivité » et de leurs équivalents allemands, les « réseaux de compétence ».
Les équipes de la DRIRE Alsace se sont fortement mobilisées afin d’organiser ce forum avec leurs homologues allemands, qu’il s’agisse du choix des thèmes prioritaires à développer dans les ateliers, de celui des animateurs, des messages communs ou encore de l’organisation d’une traduction simultanée en français et en allemand. De fait, si les forums régionaux sont traditionnellement organisés autour d’un pôle de compétitivité à vocation mondiale, celui de Strasbourg prend en compte une spécificité régionale forte : l’importance des liens entre les entreprises alsaciennes et leurs homologues allemandes. D’où la volonté d’instaurer un débat franco-allemand sur le financement de l’innovation.
Développer la coopération franco-allemande
Les attentes de la DRIRE, en matière de coopération franco-allemande, sont multiples. Il s’agit d’abord de mieux connaître les responsables de l’économie des régions limitrophes, notamment ceux de la plaine de Bade, le pendant de l’Alsace sur la rive droite du Rhin.
Mais surtout de comprendre les mécanismes de financement de la création d’entreprise ou du développement des entreprises innovantes. Ensuite, il est souhaitable de renforcer les stratégies d’attractivité communes aux deux régions. Les thèmes d’intérêt des financeurs en fonds propres, par exemple, n’ont aucune raison d’être limités aux frontières nationales. Il y a donc là matière à mettre en œuvre des actions permettant de soutenir le développement économique de l’Alsace au travers du soutien en fonds propres des entreprises.
Le pôle « Innovations thérapeutiques »
Le pôle « Innovations thérapeutiques » restera cependant au cœur des débats du forum. Ce pôle présente une très forte capacité dans le domaine de la santé, qu’il s’agisse de micro-instrumentation, avec des techniques développées autour des compétences de chirurgie mini-invasive de l’équipe de l’IRCAD présidée par le professeur Marescaux (voir interview) ou encore des nouvelles molécules à l’étude dans les nombreuses start-up du pôle.
Ce pôle, à vocation mondiale, présente des ambitions couvrant l’ensemble des innovations thérapeutiques, et pas seulement celles des médicaments stricto sensu. Il a de fortes relations avec la DRIRE Alsace, qui donne son appui permanent au pilotage du pôle. Ce rôle est en effet dévolu à l’Association de gouvernance du pôle Innovations thérapeutiques (AGIP). C’est le conseil d’administration de cette association qui prend les décisions stratégiques et labellise ou non les différents projets coopératifs de recherche et développement présentés par les diverses composantes du pôle.
Le soutien aux financements
La DRIRE Alsace joue également un rôle important en termes d’accompagnement à l’organisation des financements car il s’agit d’un pôle à vocation mondiale dont le succès économique à moyen terme est un enjeu stratégique pour l’Alsace. Elle accompagne les intervenants dans la préparation des dossiers de projets de recherche et développement présentés, par exemple, au Fonds de compétitivité des entreprises, en les aidant à valoriser les éléments susceptibles de leur permettre de bénéficier du concours de ce fonds.
Par ailleurs, la DRIRE organise, sous l’autorité du préfet de Région, la commission des financeurs. Forte de sa connaissance des dossiers, elle peut discuter en amont avec les financeurs de leurs possibilités d’intervention et permet ainsi d’avoir des comités techniques plus efficaces. Enfin, la DRIRE accompagne le lancement de l’association de gouvernance, en particulier de sa structure d’animation . La DRIRE Alsace a mis en place des financements pour cette phase de démarrage, avec l’objectif de donner au pôle les moyens d’assumer sa propre gouvernance. En phase de développement, elle reste prête à examiner et financer les actions collectives qui lui seront présentées par le pôle ou par des entreprises du pôle.
|
L’Allemagne privilégie la mise en réseau
Alors que les pôles de compétitivité français sont largement basés sur un système de regroupement territorial de compétences, leurs équivalents allemands sont fondés sur la notion de mise en réseau. L’objectif de l’initiative « Kompetenznetze » qui regroupe les 130 réseaux de compétence, soutenus par le ministère fédéral de l’Économie et de la Technologie, vise à mieux faire connaître leurs capacités et leur savoir-faire auprès d’un public national et international, et ce notamment dans le but de convaincre les investisseurs étrangers de l’attractivité de l’Allemagne.
Ainsi, plutôt que de financer des investissements en matière de recherche et développement, comme c’est le cas en France, l’idée est-elle de faciliter le marketing international des centres d’innovation allemands et d’offrir une base de données et un espace de communication pour les demandeurs d’information et de coopération nationaux et étrangers.
« Kompetenznetze Deutschland » a pour vocation de rassembler les meilleurs réseaux d’innovation en Allemagne. Le titre de membre de « Kompetenznetze Deutschland » est de facto un label de qualité.
|
|
| |
 |
Jacques Marescaux, président de l’Association de gouvernance du pôle « Innovations thérapeutiques » (AGIP)
|
| « Depuis la création du pôle, cinquante projets ont été analysés dont douze labellisés pour un coût total de 28,6 millions d’euros » |
|
Qu'attendez-vous, en tant que président du pôle « Innovations thérapeutiques », du forum du financement de l'innovation ?
Ce forum, à l’instar des précédents forums du financement de l’innovation et de la compétitivité de Paris, Lyon, Grenoble, Toulouse, Rennes ou Marseille, apportera une certaine visibilité au pôle « Innovations thérapeutiques ». Par ailleurs, il permettra de renforcer le caractère propre du pôle au cœur de la BioValley, cluster trinational (franco-germano-suisse) intéressant les industries pharmaceutiques et bio-technologiques. Ce forum est placé dans une optique internationale, puisqu’il s’agit d’un forum franco-allemand. Il sera également l’occasion de donner un coup de projecteur sur les entreprises innovantes en Alsace. Enfin, il est évidemment l’occasion de faciliter l’accès des entreprises à de nouveaux financements.
Quels sont concrètement pour vous les atouts du système de pilotage des pôles ?
De façon générale, l’atout majeur réside dans l’émancipation vis-à-vis de certaines contraintes imposées par les administrations publiques et les grands organismes de recherche. Ainsi, la gouvernance du pôle « Innovations thérapeutiques » permet une grande réactivité et une grande liberté d’expérimentation, qu’il s’agisse de prospection internationale ou de plateforme technologique.
Quelles ont été les principales contraintes ou difficultés rencontrées ?
En matière de projets de coopération, nous nous heurtons aux délais de paiement, surtout pour les PME, mais aussi aux délais de mise en place des cofinancements en raison de l’absence de coordination entre les procédures des différents financeurs. De plus, nous rencontrons des difficultés à faire financer des projets internationaux, car les financements disponibles ne sont pas adaptés au soutien des projets de collaboration internationale.
Quelles sont vos relations avec la DRIRE sur le pilotage des pôles ? À combien d'appels à projets avez-vous participé ?
Nous avons d’excellentes relations avec la DRIRE Alsace qui joue parfaitement son rôle de représentant de l’État en Région. La DRIRE et le préfet sont très accessibles et nous avons un accès direct au groupe de travail interministériel au travers d’un correspondant désigné. Nous participons à tous les appels à projets. Depuis la création du pôle « Innovations thérapeutiques », cinquante projets ont été analysés dont douze labellisés pour un coût total de 28,6 millions d’euros.
|
| |
 |
Jörg Sydow, professeur d’économie des entreprises à Berlin, président du Conseil scientifique de l’initiative « Kompetenznetze Deutschland ».
|
| « Il ne s’agit pas de prescrire d’en haut les domaines dans lesquels doivent se développer des clusters mais d’offrir à ceux qui existent sur le marché de meilleures conditions pour se développer. » |
|
Pour la première fois, les Français et les Allemands vont pouvoir comparer leur modèle en matière de dynamisation de l’innovation dans les PME. Quelles sont, selon vous, les forces de votre système (Kompetenznetze) ?
En Allemagne, nous nous sommes très tôt intéressés à la coopération et à la mise en réseau des petites et moyennes entreprises entre elles et avec les grandes entreprises, mais également entre les entreprises, les universités et les laboratoires de recherche. La réussite éclatante de cette politique économique a été, au milieu des années 90, le concours « BioRegio ». Certains esprits critiques vous diront que ce succès était prévisible puisque ce sont précisément les régions où les biotechnologies étaient déjà développées, comme par exemple celle de Munich, à qui l’on a octroyé des fonds sur une période de cinq ans.
Mais c’est bien de cela qu’il s’agit : contrairement à d’autres programmes, celui-ci avait pour objectif de renforcer systématiquement les forces existantes plutôt que de compenser les faiblesses. La politique allemande, et c’est sa force, a fait le choix, depuis le début, de miser sur l’initiative des régions, des entreprises et des organisations scientifiques. Elle s’est contentée d’amorçer le processus et d’apporter les moyens financiers nécessaires. Mais c’était aux acteurs du monde économique et scientifique que revenait la responsabilité de la réalisation concrète, dans la phase de conception aussi bien que pour la mise en œuvre.
On n’a rien changé à ce concept, tout au plus a-t-il été affiné au cours des années, et je suis très impatient de voir les résultats du concours actuel « BioIndustrie 2021 » (www.bmbf.de/foerderungen/6671.php), dont je suis membre du jury. Après dix ans d’expérience, je pense que les concepts de mise en réseaux des acteurs des monde économique, politique et scientifique sont devenus plus sophistiqués, d’autant plus qu’ils seront intégrés dans la « stratégie high-tech » du gouvernement fédéral, qui mise elle-même largement sur la coopération et la mise en réseaux des acteurs au sein de clusters.
Le système français est plus récent, qu’en pensez-vous ?
Je ne connais pas assez bien le système français pour pouvoir répondre à cette question. Pour ce qui est de l’initiative « Kompetenznetze Deutschland », il ne s’agit pas pour le politique de prescrire d’en haut les domaines dans lesquels doivent se développer des clusters ou de financer directement la création de tels clusters ou leurs projets, mais plutôt d’offrir à ceux qui existent sur le marché de meilleures conditions pour se développer.
Cela passe d’une part par l’attribution du label « Kompetenznetze », gage de qualité, mais aussi par toute une série d’activités qui permettent aux « Kompetenznetze » de se présenter, d’échanger des informations, de trouver des partenaires nationaux comme internationaux, etc. En outre, l’initiative permet de rendre visible la compétence technologique de l’Allemagne et par là d’attirer investisseurs nationaux comme internationaux. Mais je suis persuadé que le Forum de Strasbourg sera l’occasion pour chacun de mieux comprendre les objectifs des initiatives de part et d’autre du Rhin.
Que pensez-vous en particulier du couple spécialisation/territoire ?
Le besoin de coopération et de mise en réseau s’est fortement accru cette dernière décennie, car les entreprises, mais aussi les autres organisations, se concentrent davantage sur ce qu’elle savent le mieux faire. On parle dans ce contexte, à juste titre, d’une convergence entre spécialisation et mise en réseau. Les deux phénomènes sont d’ailleurs la caractéristique principale des clusters régionaux, même si certaines entreprises multi ou transnationales, au cœur de tels clusters, n’ont pas réalisé cette spécialisation au degré souhaité.
Cette spécialisation doit s’opérer au niveau des organisations, et non au niveau des clusters. Une spécialisation trop accrue des clusters peut se révéler néfaste. En effet, si un espace économique est trop fortement spécialisé sur une branche ou une technologie particulières, les interdépendances au sein du cluster peuvent rendre le développement de la région très dépendant de l’évolution de cette branche.
Quelles sont, pour vous, les priorités de la coopération franco-allemande en la matière ?
Le remède contre cette dépendance est précisément l’ouverture des clusters régionaux à l’international, que ce soit en termes d’investissement directs ou de coopération internationale. Dans ce contexte, les alliances entre clusters – comme celle des clusters optiques de Berlin, Tucson et Ottawa – ont un sens, tout comme l’apprentissage au fonctionnement de ces clusters ou des politiques engagées dans d’autres pays en leur faveur, comme par exemple en Allemagne et en France.
|
|
 |