LA LETTRE N° 22
Direction Générale des Entreprises
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: : Le dossier
LA GÉNÉRALISATION DES ÉTIQUETTES ÉLECTRONIQUES (RFID)
Olivier Rouxel Par Olivier Rouxel, chargé de mission au service des technologies et de la société d’information de la Direction générale des entreprises
Une étude du Minefi sur les étiquettes électroniques utilisant la technologie RFID souligne les enjeux de ce développement pour les entreprises, ses conséquences en matière d’organisation, mais aussi les bonnes pratiques à respecter.
Une puce de la taille d’une tête d’épingle, une antenne de trois centimètres par trois, une étiquette pour rassembler le tout, voilà ce qui constitue un « Tag RFID » (Radio Frequency IDentification). Si l’on y ajoute un lecteur, l’identification par radiofréquence permet la lecture, voire l’écriture, d’informations à distance, et sans besoin de visibilité directe entre le lecteur et le Tag. Cette technologie qui devrait à terme remplacer les fameux « codes-barres » se développe depuis plusieurs années et devrait se généraliser parce qu’elle améliore l’identification, la traçabilité ou la préservation de l’intégrité d’un produit. C’est ce que montre l’étude approfondie menée en 2006 par le Minefi sur les étiquettes électroniques (www.telecom.gouv.fr/rfid).
Dans les dix prochaines années, le marché devrait être multiplié par dix au niveau mondial et passer de 2,3 milliards d’euros en 2006 à 11 milliards en 2010 et 23 milliards en 2016. Dans le même temps, avec la baisse des coûts de production, le nombre d’étiquettes vendues sera multiplié par 450. Un développement qui, en France, devrait se faire en plusieurs étapes avec, dans un premier temps, l’utilisation des étiquettes électroniques sur les palettes de produit, puis, à partir de 2009, sur les emballages carton, et enfin, à l’horizon 2014, sur les produits individuels.

Traçabilité et gains de productivité
Ce développement devrait permettre à un grand nombre d’entreprises de réaliser des gains de productivité non négligeables et d’enregistrer, si le projet est bien préparé, des retours sur investissement rapides, parfois même inférieurs à un an. Le recours à ces technologies permet en effet une lecture instantanée et simultanée des informations de plusieurs produits, sans manipulation ni déballage, et donc leur remontée immédiate dans les systèmes d’informations, ce qui n’est pas sans impact sur l’organisation de l’entreprise. Une entreprise pourra ainsi connaître l’état de son stock en temps réel, savoir où se trouve telle ou telle pièce dans une chaîne de montage ou encore connaître instantanément le contenu d’une livraison.
Des contraintes subsistent encore. D’abord le fait que ces informations peuvent être lues à distance, sans visée directe, ce qui pose le problème de la protection des données de la vie privée, du consommateur, du salarié tout comme celles de l’entreprise. Dans cette perspective, il est recommandé d’assurer la plus grande vigilance dans le choix des solutions, pour ne pas être en infraction vis-à-vis des critères éthiques, législatifs et réglementaires. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a d’ailleurs identifié l’intrusion dans la vie privée que pourrait constituer l’utilisation de la RFID. Il existe en outre des « déçus » de la RFID, des entreprises qui se sont équipées il y a quelques années, alors que le marché n’était sans doute pas assez mûr, et qui n’en ont pas tiré les bénéfices escomptés.

Un guide des bonnes pratiques
Pour éviter ces écueils, un guide baptisé « Déploiement de solutions RFID – Bonnes pratiques pour mener à bien un projet » accompagne l’étude du Minefi. Il détaille, en particulier, les étapes à suivre par l’entreprise pour mener à bien un projet RFID (voir encadré). Il souligne notamment que « la mise en place d’un projet RFID est indéniablement un projet de conduite du changement ». La technologie RFID, utilisée depuis plusieurs années en « boucle fermée » (au sein de l’entreprise) par certains grands groupes industriels, est appelée à se développer en « boucle ouverte », une liaison où interviennent de multiples acteurs, fournisseurs, entreprises de transformation, de logistique et distributeurs, par exemple, avec comme ultime maillon de la chaîne, le consommateur. L’étiquette est alors mise à jour à tout moment de son parcours. Elle permet également, par la lecture de l’identifiant de sa puce, l’actualisation des informations dans les bases de données des partenaires. C’est pourquoi le développement de standards d’usage de la RFID par filières est actuellement à l’étude.
Les étapes d’un projet RFID

  • Qualifier et quantifier les besoins de traçabilité
  • Qualifier le besoin de RFID
  • Cibler les objets à suivre
  • Définir le taux de non-lecture acceptable des étiquettes
  • Identifier les données à traiter
  • Définir la gamme de lecture/écriture c’est-à-dire le type d’interrogateur (fixe ou mobile), la taille admissible des antennes, la distance de lecture, etc.
  • Définir les gammes de fréquences possibles
  • Définir le logiciel d’échange de données
  • Définir l’intégration complète dans le système d’information
  • Réaliser le déploiement physique du projet
Votre avis sur les RFID

L’étude menée en 2006 sur les étiquettes électroniques (RFID) est en ligne sur www.industrie.gouv.fr et www.telecom.gouv.fr/rfid. Menée sous l’égide de la DGE, cette étude a réuni représentants de l’administration, industriels, chercheurs et universitaires. Elle fait état de la technologie, de ses usages, de ses enjeux et formule des recommandations pour les entreprises et les pouvoirs publics sur cinq thèmes : sécurité et vie privée, applications à la lutte contre la contrefaçon, impact économique de la réglementation sur la traçabilité, mise en oeuvre des étiquettes radios, architectures et systèmes d’information associés. Le ministère invite l’ensemble des parties prenantes à faire part de leurs commentaires sur les recommandations avant le 15 avril 2007 à l’adresse rfid@telecom.gouv.fr.
: : L'interview
« La mise en oeuvre a été extrêmement simple et le
coût de revient minime »
Albert Barbier Albert Barbier, responsable de production chez Turrini
La société d’assemblage de meubles Turrini tire un premier bilan très positif de l’introduction des étiquettes électroniques RFID sur sa chaîne de montage.
Quelle est l’activité de votre entreprise ?
Turrini est une PME de 60 personnes installée à une dizaine de kilomètres de Lorient. Nous intervenons sur les phases de finition de meubles contemporains. Nous recevons des panneaux de bois ou des meubles en partie constitués et continuons à les monter, les coller et les assembler. Puis nous appliquons les peintures et les vernis avec toutes les phases de ponçage nécessaires avant d’ajouter les charnières, portes et coulisses. Enfin, nous emballons ces meubles avant de les expédier dans le monde entier. Nous avons en effet pour particularité d’avoir pour clients exclusifs les magasins Roche- Bobois dans le monde et réalisons un chiffre d’affaires annuel d’environ 7 millions d’euros.

Pourquoi avoir adopté un système RFID ?
Pour nous, ce système présente deux avantages. Le premier est qu’il nous permet de disposer en permanence du montant du chiffre d’affaires dans l’atelier puisque, grâce aux étiquettes électroniques et au couplage en temps réel avec notre logiciel de gestion de ressources (ERP), nous connaissons la position de chaque meuble dans la chaîne de montage, ce qui permet un suivi de production permanent et précis. De plus, nous devons réaliser périodiquement des « campagnes de saisie de temps » afin de connaître le temps passé à élaborer un meuble pour calculer son coût de revient et ordonnancer la production. Auparavant, ce type de campagne mobilisait trois ou quatre personnes s’installant auprès des différents postes de travail pour effectuer des chronométrages. C’était long, trois à quatre mois, et gênant pour les opérateurs. Aujourd’hui, la lecture des étiquettes électroniques en entrée et sortie de poste de travail nous permet de connaître ces temps sans autre intervention que celle de l’opérateur habituel du poste.

Quelles solutions techniques avez-vous retenues ?
Nous avons opté pour le système TAGest de la société QIO Software, une solution qui ne demande pas d’investissements lourds, ni de câbles à installer dans tout l’atelier. Elle repose sur des téléphones portables dotés d’un lecteur d’étiquettes électroniques (fonctionnalité NFC) et de liaisons GPRS pour transmettre les données. Les étiquettes, elles, sont apposées sur les chevalets à côté des meubles. La mise en oeuvre a donc été extrêmement simple et le coût de revient minime. Nous avons en effet acquis deux téléphones destinés au suivi de production, en louons une dizaine d’autres le temps que durera la « campagne saisie des temps », et réglons à notre prestataire un forfait en volume de données pour les informations qui transitent entre les téléphones et le serveur.

Quel premier bilan tirez-vous de cette expérience ?
Nous avons mis en place cette solution début janvier 2007 et nous en sommes très satisfaits. Elle a été très bien acceptée par les collaborateurs de l’entreprise. Nous leur avons clairement expliqué que nous cherchions à mesurer les temps de fabrication pour calculer les coûts et ordonnancer la production et non pas à contrôler leur activité. Nous leur avons montré les résultats que l’on pouvait obtenir et assuré qu’ils seraient informés des résultats d’ensemble. En termes de suivi de production, c’est également un avantage puisque nous connaissons en temps réel l’avancement de chaque meuble. C’est important car, lorsque nous expédions des meubles d’une même commande à Séoul ou à Mexico, nous devons impérativement les envoyer en même temps. Comme les départs se font le vendredi, cela nous permet d’ajuster notre activité afin que les différentes pièces d’une même commande soient achevées simultanément. De plus, la saisie des temps de fabrication nous coûte beaucoup moins puisque ce sont les opérateurs eux-mêmes qui le font, ce qui d’ailleurs les responsabilise. Nous économisons donc pratiquement l’équivalent d’un poste de technicien, pour une mise de fonds nettement moindre. Ce premier bilan est donc très positif et il n’est pas interdit de penser qu’à terme, nous apposerons les étiquettes électroniques sur les meubles eux-mêmes afin de bénéficier d’un suivi logistique une fois la commande sortie de nos ateliers.

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Direction générale des entreprises - 12 rue Villiot - 75572 Paris cedex 12
Directeur de la publication : Gérard Mathieu
Correspondance :
murielle.pascal@industrie.gouv.fr
Crédit photographique :
Photos Sircom
ISSN 1772-1407
Publication Mars 2007

Pour consulter les précédentes Lettres de la DGE :
www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/dossiers/dge/sb_dge.htm

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