LA LETTRE N° 23
Direction Générale des Entreprises
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: : Le dossier
SE PRÉPARER À REACH, UN ENJEU MAJEUR POUR LES ENTREPRISES
Marc Rohfritsch Par Marc Rohfritsch, chargé de mission au bureau Chimie de la DGE
Inventaire des produits chimiques utilisés dans l’entreprise, formalités de pré-enregistrement ou d’enregistrement, l’entrée en vigueur du règlement Reach sur les substances chimiques suppose une préparation minutieuse de la part des entreprises.
Adopté fin décembre 2006 par le Parlement et le Conseil européens, le règlement Reach entrera en vigueur le 1er juin 2007*. Il vise à améliorer la connaissance des propriétés des substances chimiques fabriquées ou mises sur le marché dans l’Union européenne, à assurer la maîtrise des risques liés à leurs usages et, si besoin est, à restreindre et interdire leur emploi. Cela concerne tout particulièrement les très nombreuses « substances existantes » commercialisées sans avoir été soumises à notification préalable.
Par une procédure d’enregistrement auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (AEPC) basée à Helsinki, producteurs et importateurs devront notamment fournir des données physico-chimiques, toxicologiques et écotoxicologiques appropriées et apporter la preuve de l’innocuité ou de la maîtrise des risques des quelque 30 000 substances existantes, qu’ils produisent, importent – et dans certains cas utilisent – à raison de plus d’une tonne par an. Compte tenu de l’omniprésence des substances chimiques, tous les industriels sont donc directement ou indirectement concernés. Comment s’y préparer en pratique ?

L’inventaire
Pour toutes les entreprises, la première étape est celle de l’inventaire. Il s’agit de répertorier les substances produites, importées et utilisées sur l’ensemble des sites de la société afin de déterminer si elles seront enregistrées par un fournisseur en amont. Sinon, il conviendra de déterminer les quantités en jeu et donc les exigences applicables. Cet inventaire visant à identifier les substances « critiques » vis-à-vis de Reach concerne non seulement toutes les substances potentiellement soumises à enregistrement (voire à autorisation pour les plus préoccupantes), mais aussi celles provenant, par exemple, d’un nombre restreint de fournisseurs ou encore celles qui seraient absolument incontournables dans le procédé de fabrication, même en faible quantité.
D’autre part, une communication devra s’établir entre clients et fournisseurs, tout au long de la chaîne de valeur d’une substance. D’un côté, le fournisseur devra chercher à identifier les usages faits par ses clients et évaluer les risques correspondants afin de déterminer les mesures de prévention à associer aux utilisations qu’il souhaite couvrir (pour sécuriser son marché). De l’autre, le client devra vérifier que son utilisation est bien couverte par le fournisseur ; sinon, il pourra être conduit à renoncer à cette utilisation ou à réaliser lui-même l’évaluation des risques en vue de l’enregistrement. À terme, la fiche de données de sécurité (FDS) servira de support à la transmission des informations nécessaires vers les utilisateurs. Il faut donc impérativement anticiper !

L’enregistrement et le « pré-enregistrement »
Une fois ce double inventaire réalisé, la deuxième étape est celle du pré-enregistrement. Les entreprises pourront l’effectuer entre le 1er juin et le 1er décembre 2008. Très simple, cette procédure consiste à déclarer auprès de l’AEPC les substances fabriquées ou importées sur le territoire de l’Union européenne, via un système informatique (Reach-IT). Avantage pour les entreprises : celles qui auront procédé à ce pré-enregistrement pourront bénéficier de délais pour l’enregistrement pouvant aller jusqu’en 2018. Car l’enregistrement suppose de fournir un rapport d’évaluation ainsi qu’un rapport sur la sécurité chimique des substances dont la teneur et la complexité sont variables selon les cas. Le règlement prévoit également un dispositif de partage des données et des coûts afférents à l’établissement des propriétés spécifiques de chaque substance, dans le cadre des FEIS (forums d’échanges d’informations sur les substances) qui vont progressivement être mis en place à compter du 1er juin 2007. Les coûts de l’évaluation et de l’enregistrement pourront ainsi être partagés entre plusieurs entreprises utilisatrices ou productrices.

L’autorisation
Autre procédure constitutive de Reach, l’autorisation pourrait concerner les utilisations de
1 500 substances extrêmement préoccupantes. La liste de ces substances sera progressivement établie par la Commission européenne. Les demandes d’autorisations seront adressées à l’AEPC par le ou les fabricants/importateurs/utilisateurs pour une ou plusieurs substances et pour une ou plusieurs utilisations. En fonction des précisions ainsi apportées, des autorisations pourront être octroyées avec des échéances de révision déterminées au cas par cas.

L’aide à la mise en oeuvre
La DGE a mis en place en 2006 une campagne de sensibilisation et de formation au niveau local, reposant sur l’expertise du ministère en charge de l’environnement et les compétences techniques de l’Union des industries chimiques en concertation avec les différentes organisations professionnelles intéressées. Dès le 1er juin 2007, un service d’assistance fournira aux industriels des informations sur leurs obligations : il s’agit du Bureau d’évaluation des risques des produits et agents chimiques (BERPC) à Paris.

www.industrie.gouv.fr/enjeux/reachpme.htm
marc.rohfritsch@industrie.gouv.fr
alain.pesson@industrie.gouv.fr

* Le règlement CE n° 1907/2006 relatif à l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques est communément appelé Reach.

Qui fait quoi ?

Je suis fabricant, ou importateur :
  • je réalise l’enregistrement des substances ;
  • je produis les informations sur les dangers et j’évalue la sécurité chimique ;
  • je communique les informations nécessaires à mes clients.
Je suis distributeur :
  • je joue le rôle de relais dans la transmission des informations.
Je suis utilisateur industriel de substances chimiques :
  • j’applique les mesures de gestion des risques ;
  • je transmets les informations nécessaires à mes clients ;
  • je peux informer mes fournisseurs sur mes usages des substances ;
  • j’évalue la sécurité chimique dans certains cas ;
  • je diffuse les informations nouvelles sur les propriétés des substances et toute information mettant en doute le caractère approprié des mesures de gestion des risques.

Se préparer
 
Les principes de l'enregistrement
 
: : L'interview
« Nous nous préparons progressivement à l’entrée en vigueur du règlement »
Joelle Pinchot Joëlle Pinchot, référent matières chimiques chez Étienne Lacroix
Depuis mai 2004, nous nous sommes appuyés sur l’Union des industries chimiques pour nous former et nous préparer à l’entrée en vigueur du règlement.
Pouvez-vous nous présenter le groupe Étienne Lacroix ?
C’est un groupe familial, aujourd’hui leader européen en pyrotechnie. Nos différents sites sont spécialisés dans trois grands types d’activités : les systèmes et spectacles pyrotechniques, les produits de contre-mesures (leurres), de maintien de l’ordre, de démilitarisation et l’injection thermoplastique. Notre clientèle est à la fois civile et militaire. Le groupe emploie au total 550 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros.

Comment vous préparez-vous à Reach ?
Nous avons commencé à déployer une démarche sur le site de Mazères (Ariège), l’implantation la plus importante du groupe qui élabore des produits de contre-mesures et des systèmes pyrotechniques. Sur ce site, nous utilisons 440 substances ou préparations chimiques, dont 120 sous forme de matières premières et 320 produits élaborés. Il nous faut donc identifier les produits qui risquent de disparaître ou dont le coût pourrait augmenter sensiblement, afin de les remplacer par des produits de substitution. En outre, nous avons l’obligation de transmettre par écrit à nos fournisseurs l’utilisation ou le type d’utilisation propre aux substances que nous leur achetons. Depuis mai 2004, nous nous sommes donc appuyés sur l’Union des industries chimiques pour nous former et nous préparer progressivement à l’entrée en vigueur du règlement. Nous ne sommes ni producteur ni distributeur, nous sommes ce que l’on appelle un utilisateur aval. Pour les substances et produits chimiques fabriqués hors Union européenne, nous travaillons uniquement via un distributeur, nos volumes étant trop faibles pour acheter ces substances en direct.

Quelles démarches allez-vous mettre en oeuvre ?
Le premier impératif est d’établir un inventaire des substances et préparations chimiques en fonction du plan de charge prévisionnel 2007-2008 sans omettre les produits finis achetés incorporant des substances chimiques (mousse polyuréthane, pièces moulées, pièces avec traitement chimique de surface…). Nous allons ensuite trier les substances et produits chimiques achetés en établissant une note de sensibilité d’approvisionnement selon des critères liés à la substance en elle-même et à son fournisseur. Dans ces notes, nous allons tenir compte des aspects toxicologiques et écotoxicologiques, de la soumission à autorisation d’exportation, des substances économiquement ou techniquement difficiles à remplacer, ou encore des monosources. Cette notation nous permettra de classer les produits comme sensibles ou non et d’établir ainsi une priorité dans nos actions.

Quelles seront les étapes suivantes ?
Nous allons envoyer un courrier à nos fournisseurs pour connaître leurs intentions de pré-enregistrement des substances que nous utilisons. Le coût d’enregistrement étant de 58 000 euros environ par produit, certains fournisseurs peuvent en effet décider d’abandonner la production de substances produites en trop faible quantité. Par ailleurs, nous allons proposer à nos clients de faire évoluer les compositions utilisant des substances préoccupantes et étudier, pour certaines, un partage des coûts d’études et de recherche. Enfin, nous avons d’ores et déjà commencé à sensibiliser nos départements d’études et de recherche afin de les inciter à prendre en compte les nouvelles contraintes réglementaires dans le choix des substances chimiques nécessaires à l’élaboration de nos produits.

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Directeur de la publication : Gérard Mathieu
Correspondance :
murielle.pascal@industrie.gouv.fr
Téléphone : (+33) 1 44 87 17 17 Crédit photographique :
Photos Sircom
ISSN 1772-1407
Publication Avril 2007

Pour consulter les précédentes Lettres de la DGE :
www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/dossiers/dge/sb_dge.htm

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