LA LETTRE N° 29
Direction Générale des Entreprises
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: : Le dossier
Le boom des éco-industries
Par Gilbert Santini, chef du bureau énergie et environnement à la DGE
Le marché des éco-technologies est en pleine expansion. Si la France compte quelques leaders mondiaux sur le secteur, elle doit encourager aujourd’hui les petites et moyennes entreprises à prendre des positions de choix sur ce marché d’avenir.
Les éco-industries recouvrent un très vaste domaine dans la mesure où elles répondent à des questions essentielles à la préservation de notre planète. Elles visent en effet à réduire, voire éliminer les conséquences de l’activité humaine sur l’eau, l’air et les sols. Elles induisent la réduction du bruit, des déchets et des énergies qui concourent au réchauffement climatique. En France, ce marché est estimé à 35 Md€ par an, soit 2,3 % du PIB. En se limitant aux seules entreprises d'écotechnologie, le marché français pourrait compter 630 000 emplois en 2010, contre 420 000 en 2005.

Une marge de progression importante
Le marché français des éco-technologies compte aujourd’hui des leaders mondiaux du traitement de l’eau et des déchets, tels que Suez ou Veolia, mais aussi une myriade de petites ou moyennes entreprises qui, à un titre ou un autre, développent des produits relevant du secteur. Ce marché garde une marge de progression importante puisque dans certains pays comme l’Allemagne, il représente un peu plus de 3 % du PIB voire 4,4 % au Danemark. Les possibilités d’évolution sont d’autant plus fortes que plusieurs facteurs contribuent à son développement. La forte pression des médias a suscité une prise de conscience générale du public sur l’importance de ces questions environnementales. Par ailleurs, la croissance de la population mondiale augmente mécaniquement la pression sur les ressources naturelles. Enfin, les différentes nations essayent d’établir des règlements visant à protéger l’environnement. Ces textes créent de nouveaux besoins en matière de recyclage des déchets ou de création de produits de substitution. Le marché mondial, estimé à 500 Md€ en 2005, augmente avec le prix du pétrole

Une politique cohérente et coordonnée
Pour saisir ces opportunités de développement, les entreprises françaises se doivent d’innover, à partir d’une collaboration très forte entre leurs services de recherche et les laboratoires publics. Et surtout, lorsque l’innovation est prête, la diffuser le plus largement possible. La diffusion de ces innovations pourra être relayée par les Drire, notamment au travers d’actions collectives afin d’informer les entreprises de l’existence de ces nouveautés. Il revient aux pouvoirs publics de mettre en oeuvre une politique continue, cohérente et coordonnée en matière d’éco-technologies. Encourager le tri et la valorisation des métaux n’a en effet de sens que si ce soutien se poursuit lorsque les cours sont en recul. De même, les mesures de police environnementale doivent s’appliquer de façon uniforme en Europe et sans créer de distorsion au plan international.
Le développement de l’éco-industrie passe également par le regroupement des petites entreprises du secteur pour attaquer de nouveaux marchés, à l’exportation en particulier. Ces groupements leur permettraient en effet de proposer des solutions « clé en main » et donc de séduire les clients finaux, généralement à la recherche de solutions globales. De même, il conviendrait de faire en sorte que les marchés publics s’ouvrent davantage aux petites entreprises, prennent en compte les contraintes environnementales dans les appels d’offres et que la réglementation mise en place soit coordonnée avec les autres pays de l’Union européenne.
Pour favoriser ces développements, la DGE soutient les pôles de compétitivité, dont une dizaine est concernée par le secteur, et lancera avec l'Agence nationale de la recherche, en 2008, un appel d’offres sur les éco-technologies de substitution. L’idée est d’inciter les entreprises à proposer des systèmes de substitution aux processus polluants.
www.ecologie.gouv.fr/article.php3?id_article=6596

LES CONCLUSIONS DU GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT
Le Grenelle de l’environnement a réuni durant trois mois des représentants de l’État, des collectivités locales, des partenaires sociaux et des associations environnementales, afin d’élaborer un plan d’actions en faveur de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables. Ses conclusions touchent plusieurs domaines :
en matière de transport, la priorité est dorénavant donnée au rail et au transport fluvial ;
un plan de rénovation thermique concernera en priorité les 800 000 logements HLM ;
un programme de développement des énergies renouvelables sera engagé pour dépasser l’objectif européen de 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale en 2020 ;
l’État aidera les agriculteurs à prendre le virage d’une agriculture écologique intensive et durable : l’objectif est de multiplier par trois les surfaces consacrées à l’agriculture biologique en 2012 et d’atteindre 20 % de la surface agricole en 2020 ;
un plan de réduction de l’usage des pesticides dangereux sera mis en oeuvre ;
une « trame verte » sera créée en France, visant à limiter l’étalement urbain, faire cesser le gaspillage d’espace, réduire l’artificialisation des terres et prévenir la destruction des paysages ;
la culture commerciale des OGM pesticides est suspendue, en attendant les conclusions d’une expertise qui sera conduite par une nouvelle instance indépendante créée avant la fin de l’année.
Dès 2008, un nouveau plan national santé environnement sera défini avec l’ensemble des parties prenantes. Il concernera notamment l’air intérieur, les transports, les nouvelles technologies, ainsi que les pathologies émergentes. Une loi de programme fixera les principes et les objectifs de la politique française de développement durable. Ces différents domaines constituent des opportunités à saisir pour les entreprises, tandis que le soutien public à la R&D sera amplifié.
www.legrenelle-environnement.fr/grenelle-environnement
: : L'interview
La peinture à l’eau s’impose progressivement dans l’aéronautique
Olivier Giroud Jean-François Brachotte, p-dg de Mapaero
Fondée en 1992, Mapaero conçoit, qualifie et produit des gammes de peintures haute technologie pour l’aéronautique.
Quelle est l’activité de votre entreprise ?
Jean-François Brachotte : Mapaero est une PME d’une quarantaine de personnes qui réalise 7 à 8 M€ de chiffre d’affaires annuel et qui conçoit, fabrique et commercialise des peintures pour l’aéronautique. Nous sommes la seule entreprise française sur ce marché et travaillons pour deux grandes familles de clients. Les constructeurs type Airbus, Dassault, Bombardier ou Eurocopter, d’une part, et les unités d’entretien des avions, qu’il s’agisse des compagnies aériennes, d’ateliers spécialisés ou dédiés aux avions militaires, d’autre part. Nous offrons donc une large gamme de peintures pour tous les usages de l’aéronautique. Des peintures extérieures, bien sûr, qui représentent près de 30 % du marché. Mais aussi des peintures pour l’intérieur des avions, répondant à des normes très particulières en matière de propagation du feu, ou encore des peintures pour les structures des avions, qui représentent, en volume, la majorité du marché et doivent tenir toute la durée de vie de l’avion, soit une quarantaine d’années. Enfin, de multiples peintures encore plus spécifiques, par exemple, résistant aux très hautes températures pour les moteurs.

D’où vous est venue l’idée de développer une gamme de peinture à l’eau ?
J’ai d’abord acheté une licence de fabrication pour l’Europe d’un brevet détenu par une société américaine sur une peinture de structure sans solvant. Il faut savoir que développer et qualifier une peinture avion requiert en moyenne une dizaine d’années. Nous l’avons donc développée selon les normes propres à Airbus et avons obtenu une qualification en 2002. Cette peinture de structure, de couleur verte, est entièrement à l’eau. Ses émanations ne sont pas nocives pour les opérateurs qui l’appliquent, contrairement aux peintures classiques, dont environ 70 % de solvants s’évaporent dans l’atmosphère. La peinture à l’eau est protectrice pour l’environnement, elle n’est pas inflammable et réduit donc les risques d’incendie.

Comment cette peinture a-t-elle été accueillie sur le marché ?
Dans l’aéronautique, les changements sont toujours très progressifs dans le temps. Aujourd’hui, Airbus France utilise très couramment notre gamme de peinture à l’eau pour les structures comme pour l’intérieur des avions. Pour l’A380, le constructeur a d’ailleurs décidé d’utiliser des peintures à l’eau partout où cela était possible. De plus, comme certaines pièces sont fabriquées à l’étranger, cela nous a permis de pénétrer des marchés auxquels nous n’aurions jamais pu accéder auparavant tels que la Corée ou l’Australie. Résultat, la peinture à l’eau représente désormais 40 % de notre chiffre d’affaires et ne cesse de progresser.

Avez-vous bénéficié d’aides publiques ?
Ces peintures très techniques demandent une dizaine d’années de développement et des millions d’euros d’investissement. Pour une PME comme la nôtre, l’équation n’était pas simple. Nous avons donc bénéficié de deux programmes d’aides remboursables de l’Oséo Anvar d’un montant de 250 000 €. Ces aides ont contribué au développement du produit, même si ces programmes sont peu adaptés à l’industrie aéronautique, parce que limités à trois ans. Mais l’enjeu était pour nous important. Car notre produit est aujourd’hui incontournable. Tous les constructeurs seront conduits à l’adopter progressivement. L’Angleterre et l’Allemagne y seront obligées car Boeing utilise d’ores et déjà la peinture à l’eau. Au niveau industriel, la protection de l’environnement devient une préoccupation majeure. Il n’est plus possible de fabriquer les produits comme il y a 30 ans. Les produits qui participent à la protection de l’environnement seront de plus en plus utilisés.



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Direction générale des entreprises - 12 rue Villiot - 75572 Paris cedex 12
Directeur de la publication : Caroline Leboucher
Correspondance : murielle.pascal@industrie.gouv.fr
Crédit photographique :
Droits Réservés
ISSN 1772-1407
Publication Novembre 2007

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