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Si les produits chimiques sont indispensables à la
production d'un grand nombre de biens industriels, ils suscitent
des préoccupations croissantes quant à leurs
effets sur la santé et l'environnement. A cet égard,
ils occupent une place centrale dans le Plan national Santé
Environnement et le Plan national Santé au Travail,
lancés par le gouvernement.
Pour faire face aux enjeux essentiels d'une meilleure protection
de la santé et de l'environnement à l'égard
des substances chimiques, tout en veillant à favoriser
l'innovation et la compétitivité des entreprises
les produisant ou les utilisant, la Commission européenne
a présenté en octobre 2003 le projet de règlement
REACH : enRegistrement, Evaluation et Autorisation des produits
CHimiques. Ce règlement vise à améliorer
la connaissance et la maîtrise des risques des substances
chimiques, en demandant aux producteurs et importateurs d'apporter
la preuve de l'innocuité pour la santé ou de
la maîtrise valable des risques pour 30.000 substances
produites ou importées à plus d'une tonne par
an, qui représentent la très large majorité
des tonnages, sur un total de 100.000 substances présentes
aujourd'hui sur le marché communautaire.
La France a activement participé à l'élaboration
de ce projet tout au long des discussions qui ont eu lieu
au niveau communautaire au cours des trois dernières
années. Elle a été à l'origine
de certaines des propositions structurantes qui ont amélioré
la proposition de la Commission, en particulier en demandant
de confier un rôle central à l'Agence européenne
des produits chimiques, créée par ce règlement,
et en soutenant les initiatives visant à accorder une
plus large place à la prise en compte de la substitution
dans la procédure d'autorisation. Ces positions ont
été reprises dans le texte du règlement
REACH qui est aujourd'hui sur le point d'être adopté,
avec le vote du Parlement européen en deuxième
lecture.
Le champ d'application de ce règlement, ambitieux
et novateur, est très vaste et il touchera de nombreux
secteurs industriels, producteurs ou utilisateurs de produits
chimiques, en modifiant profondément les échanges
entre acteurs de la chaîne d'approvisionnement. Il constitue
une étape importante en matière de protection
de la santé et de l'environnement. Aussi, dans la perspective
de l'entrée en vigueur du texte, dont les dispositions
monteront en puissance à la fin du premier semestre
2008, le gouvernement a décidé de lancer dès
maintenant des actions afin de préparer sa mise en
œuvre.
Renforcer et mieux coordonner les services de l'Etat
Dans ce cadre, et pour faire face de façon plus générale
à la gestion des problématiques liées
aux substances chimiques, l'action des services de l'Etat
dans ce domaine sera renforcée et mieux coordonnée.
La gestion des risques liés aux substances chimiques
concerne en effet plusieurs départements ministériels.
C'est aussi un sujet qui a un fort ancrage communautaire.
Il apparaît donc nécessaire, dans un souci d'efficacité,
de coordonner davantage les actions afin d'assurer un meilleur
pilotage sur ce sujet et de favoriser la mutualisation des
ressources.
Le Ministère de l'écologie et du développement
durable jouera le rôle de coordonnateur ministériel
et sera, pour ces sujets, l'interlocuteur de la Commission
ou de l'Agence européenne des produits chimiques. Les
sujets relevant spécifiquement de la responsabilité
d'un département ministériel continueront toutefois
à être traités directement par celui-ci
avec les instances communautaires.
Afin de faciliter ces travaux de coordination, un groupe
interministériel sera créé, dont le secrétariat
sera assuré par le Ministère de l'écologie
et du développement durable. Ce groupe aura pour objet
de s'assurer de la coordination de l'action de l'Etat en matière
de gestion des risques liés aux produits chimiques,
sans remettre en cause les responsabilités spécifiques
de chacun des départements ministériels y participant.
Il sera mis en place à la fin du premier trimestre
2007.
Le Ministère de l'écologie et du développement
durable assurera, en outre, en lien avec les autres ministères
concernés, la représentation de la France au
conseil d'administration de l'agence européenne et
au comité des Etats-membres.
Le ministère de l'écologie et du développement
durable s'appuiera par ailleurs, pour la consultation des
parties prenantes, sur la Commission des Produits chimiques
et Biocides. Les ministères en charge de la Santé
et du Travail s'appuieront, le cas échéant,
sur les instances consultatives existantes dans leur champ
de compétence.
Fédérer l'expertise nationale en matière
de produits chimiques
La mise en œuvre du règlement REACH nécessite
également de fédérer l'expertise française
en matière de toxicologie, d'écotoxicologie
et d'évaluation des risques. Si REACH prévoit
la création d'une Agence européenne des produits
chimiques en charge de la gestion d'un certain nombre de procédures
(enregistrement, évaluation, autorisation, restriction
d'usage), il est essentiel de mettre en place une organisation
nationale adaptée aux enjeux et au fonctionnement du
règlement REACH et de renforcer quantitativement et
qualitativement les moyens d'expertise existants.
En effet, d'une part les Etats membres doivent participer
pleinement aux travaux de l'Agence européenne des produits
chimiques relatifs à l'évaluation des risques
ou à la préparation de mesures de contrôle
de l'utilisation des certaines substances : le bon fonctionnement
de l'Agence dépend en grande partie de la participation
des experts des Etats-membres à ses travaux. D'autre
part, ils doivent disposer des moyens nécessaires pour
participer aux processus de décision communautaires
portant sur le contrôle des risques des substances chimiques.
La France doit donc pouvoir s'appuyer sur une expertise de
qualité.
Il est enfin essentiel de disposer, dans ce domaine, indépendamment
de la coordination européenne, d'une expertise nationale
solide..
L'Agence française de sécurité sanitaire
de l'environnement et du travail (AFSSET) est confirmée
dans son rôle de tête de réseau en matière
d'évaluation des risques sanitaires liés aux
produits chimiques : elle interviendra à l'appui des
autorités françaises pour la mise en œuvre de
REACH. En particulier, elle proposera aux ministères
responsables les priorités en matière d'évaluation,
d'autorisation ou de restriction, et veillera à la
cohérence des travaux d'évaluation des risques
sur les substances effectués sous la responsabilité
de la France en tant qu'Etat membre.
Le BERPC (bureau d'évaluation des risques des produits
et agents chimiques), mis en place par mutualisation des compétences
de l'INRS et de l'INERIS, assurera l'expertise scientifique
en matière de physico-chimie, toxicologie et écotoxicologie.
Il participera aux travaux de certains comités de l'Agence
européenne des produits chimiques, ainsi qu'en appui
aux travaux de l'AFSSET. Il pourra, le cas échéant,
répondre directement à des appels d'offre lancés
par l'Agence européenne. Il informera régulièrement
l'AFSSET de ses travaux, laquelle pourra être sollicitée
en cas de difficulté particulière concernant
une expertise.
Un protocole d'accord, qui devrait être finalisé
à la fin du premier trimestre 2007, entre les ministères
concernés (écologie, travail, santé),
l'AFSSET et le BERPC déclinera les modalités
d'organisation de cette expertise et précisera les
rôles respectifs de l'AFSSET et du BERPC et les principes
généraux de fonctionnement et de responsabilité.
Ce protocole d'accord définira également l'organisation
à retenir pendant la période transitoire précédant
la mise en application de REACH (substances nouvelles, substances
existantes) ainsi que pour les activités relatives
à la classification des substances chimiques.
La France veut jouer un rôle moteur en matière
de gestion des produits chimiques au niveau communautaire
et international, à un niveau correspondant à
celui de son industrie chimique (la France est numéro
deux de la chimie européenne), et il convient donc
de renforcer les capacités publiques d'évaluation
des risques de ces produits pour la santé humaine et
pour l'environnement. Même si le règlement REACH
ne commencera à montrer ses pleins effets qu'en 2008,
dès l'année 2007 les effectifs du BERPC seront
renforcés de 8 ETP, par redéploiement au sein
de l'INERIS, dans le cadre des programmes financés
par le Ministère de l'écologie et du développement
durable. Un renforcement des moyens de l'AFSSET et du BERPC
pour les années à venir pourra être mis
en œuvre en 2008, sur la base d'une estimation qui sera réalisée
avant la fin du premier semestre 2007.
Préparer les acteurs économiques à
la mise en œuvre de REACH.
La perspective de l'entrée en vigueur prochaine de
REACH suppose aussi de mettre en place des dispositifs d'aide
et de soutien aux entreprises pour la préparation à
sa mise en œuvre.
En ce qui concerne le soutien à l'appropriation de
REACH par les opérateurs économiques, le ministère
en charge de l'industrie a lancé en 2006, en lien avec
l'Union des Industries Chimiques, une action collective de
sensibilisation et de formation à REACH qui devrait
toucher, dans une première étape, près
de 800 PME. En fonction des premières évaluations
de ces résultats, cette action pourra être poursuivie,
amplifiée ou modifiée.
Ainsi, la mise en place d'actions collectives complémentaires
devra être étudiée. Ce pourrait être
le cas notamment pour certains secteurs d'activité
qui, dans le cadre de la réglementation, devront mettre
en œuvre des actions importantes de changements de produits,
voire de procédés. Sur la base d'une démarche
volontaire, les conditions de la réalisation de "diagnostics
chimie", permettant de dresser un bilan de la consommation
de produits chimiques dans l'entreprise d'établir des
plans d'action et des indicateurs pour rationaliser la consommation
de ces produits, éviter des pertes liées à
une mauvaise gestion des procédés et prévenir
la production de déchets toxiques, seront examinées.
Des opérations pilotes seront soutenues dès
2007.
Afin de satisfaire les besoins des entreprises, notamment
des PME, pour faire face à leurs obligations dans REACH,
il convient, par ailleurs, de veiller, en liaison avec les
organisations professionnelles, à la mise en place
d'une offre en matière de prestations de service dans
le domaine de l'expertise en évaluation et en gestion
des risques des produits chimiques.
Enfin l'Etat est tenu, dans le cadre de REACH, de mettre
en place un service national d'assistance technique ("
Helpdesk "). Il est prévu que le fonctionnement
de ce service, qui aura pour objet de fournir aux industriels
des informations sur leurs obligations au titre du règlement,
soit confié au BERPC. Il devra se mettre en place dès
le premier trimestre de l'année 2007.
Renforcer et coordonner les contrôles
La mise en œuvre efficace de REACH doit être accompagnée
par un dispositif de contrôle efficace. Quatre corps
de contrôle sont particulièrement concernés,
à des niveaux et des titres divers par les produits
chimiques : les douanes, la DGCCRF, l'inspection du travail
et l' inspection des installations classées (notamment
les DRIRE).
Dans le cadre du groupe interministériel mis en place,
les différents services de contrôle concernés
échangeront sur leurs actions d'ores et déjà
réalisées ou prévues en matière
de produits chimiques dans le prolongement des missions qu'ils
exercent déjà (l'application de la convention
sur l'import-export de produits chimiques dangereux, la directive
biocides, le protocole de Montréal sur les fluides
frigorigènes, ou les mesures d'interdiction de certaines
substances chimiques particulièrement préoccupantes…).
Dans le cadre de REACH, et afin de développer de façon
pérenne les actions de contrôle et de renforcer
la coordination entre les différents corps de contrôle,
des campagnes de contrôle communes seront organisées
dans un objectif de complémentarité entre les
champs de compétences. Les rapprochements en matière
de risques chimiques entre inspections des installations classées
et inspections du travail déjà opérés
seront recensés, afin de développer l'expérimentation
de telles coordinations.
A un horizon de 3 ans, les différents programmes de
contrôles de ces corps seront coordonnés, y compris
avec les actions d'autres pays européens, de façon
à accroître leur efficacité, leur cohérence
et leur visibilité.
Suivi de la mise en œuvre
Avant la fin du premier semestre 2007 un plan directeur général
précisant l'organisation détaillée finalement
retenue, notamment en matière d'expertise, sera présenté.
Il comportera également un bilan de la mise en œuvre
des actions présentées, afin de permettre d'estimer
les moyens nécessaires à sa mise en œuvre à
partir de 2008, REACH étant alors pleinement opérationnel.
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