Les enjeux de la R&D industrielle

 

R&D industrielle et marché

Contrairement à la recherche fondamentale, la Recherche & Développement a vocation à créer des produits ou services offerts à des clients. Un projet de R&D peut être soit " tiré " par la demande du marché, soit " poussé " par la technologie. Dans le premiers cas, on recherche une solution technologique permettant de répondre à une demande du marché, dans le second, le projet s'inscrit dans une dynamique de progrès technologique dont on espère qu'il permettra de développer une nouvelle demande ou un nouveau marché.

Pour l’entreprise, changer de marché peut être synonyme de changer de métier. C’est le cas de Plastic Omnium et du projet Omnium System Car, au terme duquel la société allait transformer son métier d'équipementier automobile à part entière. Dans un tel cas, les enjeux de R&D dépassent largement le cadre de la mise au point d’un produit pour concerner la stratégie globale de l’entreprise. Ainsi, Thomson-CSF (à présent Thales), en s'alliant avec l’américain TRW pour développer son projet de radar de régulation d’allure, se fait accepter comme équipementier chez les constructeurs automobiles.

Si les conditions de marché peuvent pousser à réorienter les projets et stimuler des développements plus ambitieux, la réglementation est également un facteur de stimulation de la R&D. Ainsi, le développement durable (qui recouvre la protection de l’environnement, le recyclage, les économies d’énergie...) devient le sujet d’un nombre croissant de travaux de R&D. Exemple majeur : le remplacement des chloro-fluoro-carbones (CFC), bannis par le protocole de Montréal, en 1987. Seule une intense recherche en amont permet de respecter les échéances.


R&D et propriété industrielle

Pour s’engager dans la R&D, les entreprises doivent avoir la perspective de rentabiliser leurs travaux, et pour cela établir que les résultats obtenus leur appartiennent. La question de la propriété intellectuelle se pose avec d’autant plus d’acuité que ce sont la diffusion et l’utilisation des produits novateurs qui entraînent les avantages économiques. Les brevets constituent une source de revenus, mais aussi une arme stratégique. Cependant, le vrai problème n’est pas leur dépôt mais plutôt leur utilisation effective et leur défense.

Le secteur du logiciel, quant à lui, soulève des problèmes très particuliers. Pour analyser un logiciel, il faut connaître son code source. C’est aussi un produit multicouches : l'application visible de l'utilisateur fait partie des couches "hautes" et s'appuie sur des couches "basses", notamment sur le système d’exploitation de l'ordinateur. Dans le cadre du projet Simulforge, qui fait intervenir 14 industriels, 7 laboratoires, 1 éditeur de logiciel, le Centre technique des industries de la mécanique (CETIM), un contrat détaillé a été établi pour définir les droits et obligations de chacun.
Le Secrétariat d’Etat à l’Industrie a par ailleurs apporté son soutien à un projet visant à développer des " cahiers de laboratoire " numériques, qui serviront à établir à l’aide de signatures électroniques, l’antériorité de recherches, notamment en pharmacie, chimie ou dans les sciences de la vie.

Enfin, le brevet communautaire, en cours d’élaboration, apportera une réponse au niveau européen.


R&D industrielle et société de l’information

La société de l’information recouvre les télécommunications, l’informatique et l’audiovisuel et, en partie, le secteur des composants. Y jouer un rôle de premier plan constitue un enjeu majeur pour les entreprises françaises. Ces industries sont un facteur important de compétitivité pour l’ensemble de l’économie, y compris les PME. La contribution des TIC à la croissance est 4 fois supérieure à leur part dans le PIB. De grandes entreprises comme Thomson multimedia ou des PMI comme MPO sont devenues des leaders mondiaux dans leur spécialité. Seul un effort de R&D permanent permettra de préserver de telles positions.


R&D industrielle et coopération entre les acteurs

Dans ses " Perspectives de la science, de la technologie et de l’industrie 2003 ", l’OCDE a formulé 13 recommandations. Parmi celles-ci, le développement de la collaboration université-industrie et celui de la collaboration interentreprises au stade de la recherche préconcurentielle. Ces recommandations rejoignent les principes appliqués depuis plusieurs années en France, où la coopération entre entreprises et entre entreprises et laboratoires publics ou privés, est encouragée par le gouvernement. Cette orientation forte vers la coopération est fondamentale; elle permet de créer des réseaux d’excellence alliant entreprises et laboratoires. Elle favorise la traduction des travaux des laboratoires de recherche en développement de produits offerts au public. L’essentiel des soutiens passe par des procédures d’appel à projets, auxquels les entreprises et les laboratoires sont invités à répondre. Cette formule permet de soutenir certains axes prioritaires tout en favorisant la créativité. La coopération devient désormais une condition explicite de la plupart des appels à projets suivis par la DiGITIP.


R&D industrielle et innovation

Classiquement, l’innovation est définie par " l’ensemble des démarches scientifiques, technologiques, organisationnelles, financières et commerciales qui aboutissent ou sont censées aboutir à la réalisation de produits ou de procédés technologiquement nouveaux ou améliorés " (manuel d’Oslo).
La R&D, quant à elle, englobe " les travaux de création entrepris de façon systématique en vue d’accroître la somme des connaissances, ainsi que l’utilisation de cette connaissance pour de nouvelles applications " (manuel de Frascati, 1993). Aussi, la R&D constitue une partie de l’investissement total des entreprises dans l’innovation (la moitié dans le secteur manufacturier, moins dans le secteur des services).
Cependant, le processus d’innovation technologique n’est pas linéaire. L’innovation précède parfois la compréhension scientifique nécessaire à la conception des nouveaux produits et procédés.
Enfin, la complexité croissante des technologies amène parfois les entreprises à externaliser leur R&D et à nouer des relations de partenariat entre elles et avec les institutions de recherche publique.


© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 27/11/2001