Le développement industriel lié aux nouvelles technologies de l'énergie (NTE)
 
 
 

Les nouvelles technologies de l'énergie, dans le contexte du renchérissement puis de la raréfaction des sources d'énergie fossiles, conjugué à la perspective de pénalisation croissante des émissions de CO2, présentent un enjeu industriel majeur. L'approche doit impliquer trois stades : des développements technologiques en amont, une capacité à industrialiser au sein de filières ces développements et enfin une intégration dans des réseaux de distribution, notamment électriques. En second lieu, les enjeux de la réduction des gaz à effet de serre impliquent des efforts majeurs dans l'habitat-tertiaire et les transports.

En 2010, 33% des émissions de CO2 dans le monde proviendront de la production d'électricité et, en dépit de l'augmentation de la capacité de production d'origine nucléaire, le poids des centrales électriques thermiques dans les rejets de CO2 des pays de l'OCDE devrait progresser de 10 points d'ici 2030.

Les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, photovoltaïque, solaire thermique, géothermie, biomasse, biogaz,…) ont été mises, depuis quelques années, au centre des débats portant sur l'environnement, et plus généralement le développement durable.
Faiblement émettrices de gaz à effet de serre, leur déploiement est un élément structurant des politiques de lutte contre le changement climatique, même si l'impact de ces nouvelles technologies restera structurellement très limité sur le court terme, compte tenu des investissements liés à leur déploiement et aux contraintes de ces technologies, soit en termes de disponibilité, soit en termes de coût du kwh produit.

Grâce à son fort potentiel hydraulique et géothermique, la première forêt d'Europe occidentale et le deuxième gisement éolien, la France est le premier producteur et le premier consommateur d' énergies renouvelables d'Europe devant l'Allemagne, l'Espagne et le Danemark. Les énergies renouvelables représentent en France environ 17 Mtep par an. Il convient cependant de souligner le poids prépondérant de l'énergie d'origine hydraulique qui fournit 92% de la production d'énergie d'origine renouvelable, devançant de loin les déchets urbains solides (4,7%), le bois et les déchets de bois (2%).

Les énergies renouvelables issues des nouvelles technologies (éolien, biogaz, solaire) sont en forte croissance, mais restent marginales au regard de la production nationale : elles ne représentent au total que 1,5% de la production nationale malgré la forte croissance de l'éolien (+ 46%).

Les objectifs fixés par l'Union Européenne font que notre pays devra augmenter la production d'énergie renouvelable à 37 Mtep en 2020 (+ 20 Mtep en 12 ans).

Sur les deux principales filières de développement des nouvelles technologies de l'énergie, la part de la France en termes de retombées industrielles reste marginale. Ainsi, en termes d'emplois :
L'éolien représente environ 100 000 emplois en Europe, dont 1 000 en France,
Le solaire photovoltaïque représente plus de 15 000 emplois en Europe, dont 1 800 en France.

Cependant, compte-tenu des progressions constatées (environ +30 % par an en moyenne depuis une dizaine d'années), le marché des énergies renouvelables pourrait générer 1 million d'emplois en Europe d'ici 2010. Pour la France, les projections sont de 60 000 emplois nouveaux en 2010.

Les technologies en développement

Dans ce contexte, les principaux axes de développements en France, et plus largement en Europe, touchent à trois grands types de technologies :

Les nouvelles sources d'énergie, dont :
- éolien (actuellement 0,5% de la production d'électricité dans le monde),
- solaire thermique, solaire photovoltaïque (0,02%),
- biomasse (1%),
- géothermie (0,3%).

Les nouvelles modalités de transport et de gestion de l'énergie :
- Optimisation des réseaux électriques,
- Transports fluidiques et réseaux de chaleur,
- Hydrogène (dont le moteur final est la pile à combustible),
- Stockage d'énergie électrique afin d'introduire de la flexibilité dans sa gestion, et d'apporter une sécurité dans son approvisionnement.

Les nouveaux modes d'économie et d'utilisation rationnelle de l'énergie :
- Usages des technologies de l'information et de la communication (TIC) permettant de réduire, de gérer et de mesurer efficacement les consommations énergétiques des bâtiments,
- Développement des bâtiments " à énergie positive " (BEPOS),
- Développement d'outils permettant de concevoir le bâtiment autour des énergies renouvelables et en particulier autour du photovoltaïque (conception intégrée dès le départ).

Ces trois axes conduisent souvent en France à des démonstrateurs, mais la capacité à industrialiser à grande échelle ces démonstrateurs et à assurer la création sur le sol national de filière industrielle reste lacunaire.

C'est pourquoi la mise en place au sein de l'ADEME d'un fonds de soutien au développement de démonstrateurs de technologies éco-responsables est en cours. Le soutien pourrait porter dans un premier temps sur les projets de captage du CO2, de BEPOS, d'exploitation et de distribution de H2, de centrales solaires thermodynamiques à concentration et de parcs de puissance d'hydroliennes.

Le développement massif, perceptible à plus ou moins long terme, des nouvelles technologies de l'énergie dans le monde s'accompagnera de mutations importantes à plusieurs niveaux :
- technologique : impliquant parfois des innovations de rupture, mais plus généralement des innovations de nature incrémentale permettant progressivement une réduction des coûts de production de l'énergie,
- industriel : la montée en puissance de la demande en équipements et les contraintes de réduction des coûts vont conférer aux industries concernées une nouvelle dimension qui se traduira par des investissements lourds et nombreux, (ce sont les plus lourds investissements d'infrastructures à échelle mondiale d'ici 2030 selon un travail récent de prospective de l'OCDE),
- social : le développement des industries et des services liés aux NTE induira l'apparition de nouveaux métiers et compétences, ce qui impliquera d'importants efforts d'information, de formation et de reconversion.

En effet, si nous disposons d'atouts réels, scientifiques et industriels, le marché français est très en retrait dans de nombreux secteurs concernés par rapport aux autres grandes nations industrielles qui ont conduit de façon coordonnée d'ambitieuses politiques industrielles dans l'éolien, le photovoltaïque, les véhicules hybrides, voire la filière hydrogène et les piles à combustible : l'Allemagne et le Japon, mais aussi l'Espagne en sont les exemples les plus marquants.

Les conséquences de ces retards ne sont pas encore irrémédiables tant que les marchés sont en phase de croissance forte. Mais en continuité du Grenelle de l'Environnement, les Ministères en charge de l'industrie, de l'énergie et du développement durable seront amenés à intervenir, en liaison avec les Ministères en charge du logement, des transports, de l'éducation et de la recherche pour permettre à l'industrie française des NTE d'émerger à un niveau compatible avec les ambitions industrielles de la France.

La position des parties prenantes

Le développement des nouvelles technologies de l'énergie en France doit se faire dans le contexte d'une offre qui restera dans les prochaines décennies très largement dominée par le nucléaire. Il convient également de constater que, dans les négociations européennes dans le domaine, le développement des nouvelles technologies (tout notamment des énergies dites renouvelables) reste un des seuls éléments de consensus dans l'objectif de réduction des consommations d'énergie fossile, de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d'indépendance énergétique.

Dans ce cadre, de nombreuses initiatives ont été lancées par la commission européenne, comme :
- le SET Plan (Plan technologique stratégique pour l'énergie) dont le but est de doter l'Europe d'un nouvel agenda de recherche dans le domaine de l'énergie pour atteindre l'objectif de réduction des émissions de GES d'ici à 2020 (réduction de 20% des émissions de CO2). Les énergies renouvelables devront représenter 20% de la consommation énergétique de l'Union Européenne et les biocarburants devront totaliser au moins 10%

- l'initiative " Lead Market Europe " qui vise à dynamiser la demande et à favoriser l'innovation au sein de plusieurs secteurs porteurs afin que les entreprises se positionnent sur les marchés mondiaux avec un avantage compétitif. Six domaines d'activité ont été retenus, dont les énergies renouvelables. L'Union Européenne, outre l'aspect propre à l'innovation, va mener une action concertée qui alliera les aspects commerciaux et législatifs propres à épauler les entreprises concernées.

Les actions en cours

La Direction générale des entreprises, le PIPAME (pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques) et l'ADEME ont constitué en début 2008, un groupe de travail interministériel et des groupes d'experts sur les modalités de diffusion de cinq nouvelles technologies de l'énergie dans le bâtiment : solaire thermique, solaire photovoltaïque, pompes à chaleur, gestion de l'efficacité énergétique dans les bâtiments, et bois biomasse.

Les travaux ont pour objet de réaliser un diagnostic partagé des mutations en cours dans les filières économiques concernées et de la capacité actuelle et future de l'offre française de produits et de services. Ils visent aussi à répondre à la demande du marché ainsi qu'aux obligations normatives et règlementaires de plus en plus fortes en matière d'économie d'énergie dans les bâtiments.
Ces travaux sont complémentaires de ceux des comités opérationnels (COMOP) du Grenelle de l'Environnement.

Le projet " Solar Nano Crystal " qui vise à la création d'une filière solaire photovoltaïque française complète, est soutenu par OSEO. Sur un montant total de dépenses de R&D de 190 M , l'aide proposée, sous réserve de l'approbation de la Commission européenne, est de 46,5 M , dont 21,5 M  de subventions et 25 M  d'avances remboursables.

Le programme " H2E " qui vise à construire une filière hydrogène énergie durable et compétitive sur des marchés pour lesquels l'hydrogène et la pile à combustible répondent dès aujourd'hui à un besoin. Le programme H2E représente un investissement global en recherche et développement de près de 200 M . OSEO a prévu de contribuer au programme à hauteur de 67.6 M .


Nota :
kwh : kilowatt/heure
Co2 : dioxyde de carbone
GES : gaz à effet de serre
H2 : hydrogène
Mtep : million de tonnes d'équivalent pétrole

 



© Ministère de l'Économie, de l'industrie et de l'emploi, 06/08/2008