TECHNOLOGIES CLÉS 2010 (novembre 2006)
- Des grands enjeux aux technologies clés
– Le secteur des technologies du vivant, de la santé et de l’agroalimentaire Le contexte Dans le cadre de l'étude, le secteur des technologies du vivant, de la santé et de l'agro-alimentaire a été considéré comme correspondant au domaine des besoins quotidiens. Ce dernier rassemble les activités industrielles et les services qui leur sont liés, et qui ont pour vocation de répondre aux obligations et aux besoins ordinaires de tout individu : se nourrir, se soigner, s'habiller ... Ce secteur, dont le chiffre d'affaires HT en France, en 2004, atteint 278 Md€, inclut l'agriculture, l'industrie agroalimentaire, la pharmacie, les produits de toilette (dont les parfums) et détergents et enfin le textile et l'habillement, le cuir et les chaussures. Plusieurs de ces domaines sont des contributeurs de tout premier plan dans la balance commerciale française : l'agriculture et l'industrie agroalimentaire, la pharmacie, les cosmétiques.
b : production (prix de base) c : exploitations agricoles : recensement agricole 2000 Source : Chiffres clés des industries – enquête annuelle entreprises 2004 (Sessi – juillet 2005) et SCEES (2004) Agriculture Au niveau européen, l'agriculture contribue pour 2,1 % à la valeur ajoutée totale, et occupe 6,3 millions de personnes. Les dix nouveaux pays membres intégrés à l'UE le 1er mai 2004 contribuent pour 9 % à la production agricole de l'UE (la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque sont les plus importants contributeurs). En France, le secteur emploie près de 900 000 UTA[1] dont 630 000 non salariés. La production agricole a atteint, en 2004, 60,9 Md€ (source : SCEES, Service central des enquêtes et études statistiques du ministère de l'agriculture et de la pêche), la valeur ajoutée brute engendrée s'élevant à 29 Md€. La valeur de la production a augmenté par rapport à 2003 grâce à l'abondance des récoltes qui a contrecarré la baisse importante des prix des produits végétaux. La France est le premier producteur européen de semences (source GNIS). Entre 2000 et 2004, le résultat agricole net par actif, en termes réels, a diminué de 1,2 % en moyenne par an. De manière plus générale et compte tenu du relatif ralentissement attendu de la croissance démographique au niveau mondial, on s'attend à ce que la croissance de la demande mondiale de produits agricoles, qui était en moyenne de 2,2 % ces 30 dernières années, chute à 1,5 % par an dans les 30 prochaines années. Dans les pays en développement, le ralentissement sera encore plus spectaculaire, de 3,7 % à 2 %. Industrie agroalimentaire En France, en 2004, le chiffre d'affaires du secteur atteint 125,5 Md€ (HT), réparti comme suit :
Source : Chiffres clés de l'industrie agroalimentaire Agreste –enquête annuelle d'entreprise sur les IAA – Résultats provisoire 2004 En 2002 et 2003, la France était le leader européen dans le secteur en termes de chiffre d'affaires et représentait à elle seule environ 20 % du CA européen (UE 25 ; source : CIAA, Confédération des industries agroalimentaires de l'UE). Avec un CA de 125,5 Md€ en 2004, répartis sur onze domaines d'activité, ce secteur se place parmi les tous premiers contributeurs à l'économie nationale. Il emploie 386 000 personnes dans les entreprises de plus de vingt salariés. Entre 2000 et 2004, le CA de l'industrie agroalimentaire a progressé d'environ 9,5 %. Avec un solde commercial positif d'environ 7,5 Md€ en 2004 (mais en baisse de 7,4 % par rapport à 2003), l'industrie agroalimentaire est en 3e position derrière l'automobile et les biens d'équipement comme contributeur à la balance commerciale française, et reste le 1er exportateur mondial de produits transformés. L'industrie agroalimentaire est un débouché majeur pour l'agriculture nationale dont elle transforme plus de 70 % des produits. La valeur ajoutée de la transformation dépasse celle de la production agricole depuis plus de vingt ans. Les éléments décrits ci-dessus ne doivent pas faire oublier certaines faiblesses de l'industrie agroalimentaire. Le secteur de l'industrie agroalimentaire est assez peu structuré : sur 11 000 entreprises au total, seulement 3 200 ont plus de vingt salariés. De plus, il n'existe pas de grands leaders mondiaux : Danone, leader français, oscille entre le 10e et le 15e rang mondial. Enfin, ce secteur dépend de plus en plus de l'oligopsone formé par le petit nombre d'entreprises de la grande distribution, aujourd'hui en capacité d'exercer une forte pression sur les marges des industriels alimentaires. Pharmacie En France, en 2004, le chiffre d'affaires HT du secteur atteint 46,0 Md€, réparti comme suit :
Source : Chiffres clés des industries de la pharmacie – enquête annuelle entreprises 2004 (Sessi – juillet 2005) La valeur ajoutée de ce secteur était de 55,1 Md€ en 2001 dans l'UE25, et l'emploi de 550 000 personnes. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont les plus grands producteurs, avec des parts de marché de 19 % à 17 % chacun. La production a augmenté à un rythme de 5,6 % par an entre 1993 et 2003. Le Danemark, la Suède et la Belgique ont des industries pharmaceutiques hautement spécialisées. En France, en 2004, avec 41,3 Md€, la fabrication de médicaments représente à elle seule 90 % du CA de l'industrie pharmaceutique. Le CA de ce secteur a augmenté de près de 35 % entre 2000 et 2004, et 4 500 emplois ont été créés pendant cette période. En 2004, 33,5 % du CA de l'industrie pharmaceutique a été dédié à l'exportation (65 % des exportations ont été réalisées vers l'UE), ce qui fait de ce secteur un des points forts du commerce extérieur français. Cependant, il convient de noter que l'augmentation des emplois et des exportations est principalement due à l'installation en France de firmes internationales, ce qui peut être susceptible de fragiliser l'économie française en cas de délocalisations. Parmi les autres produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux (produits de diagnostic, imagerie médicale, prothèses, pansements ...) tiennent une place de choix avec un marché mondial de 76 Md€ (source : Rapport Jean Marmot). En France, le vieillissement de la population et la demande accrue de soins offrent un potentiel de développement important. En 2003, le CA du secteur a été estimé à 5,2 Md€. Les États-Unis dominent le marché mondial : ils sont le principal pays investisseur dans ce secteur de l'industrie française, la plupart des entreprises de plus de 100 salariés étant des filiales de groupes américains. La production française est concentrée sur quelques groupes. Le leader français, né de la fusion d'Aventis et de Sanofi-Synthelabo, réalise 28,5 % de la production nationale. L'industrie de la santé et des biotechnologies est relativement concentrée dans les quelques régions françaises qui disposent d'un potentiel scientifique et technique relativement important. L'Île-de-France et, à moindre degré, Paca et Rhône-Alpes cumulent une base industrielle et un potentiel scientifique et technique importants. Le Languedoc-Roussillon, l'Alsace et Midi-Pyrénées disposent d'une activité industrielle importante dans le domaine de la santé, mais leur capacité scientifique et technique apparaît plus en retrait. Produits de toilette (dont les parfums) et détergents En France, en 2004, le chiffre d'affaires du secteur atteint 20,4 Md€, réparti comme suit :
Source : Chiffres clés des industries des produits de toilette (dont les parfums) et détergents – enquête annuelle entreprises 2004 (Sessi – juillet 2005) Avec 52 200 salariés, la France emploie à elle seule quasiment un quart des employés européens du secteur (225 000 au total). Le secteur regroupe deux activités : la fabrication de savons, de détergents et de produits d'entretien d'une part (21 % du CA en 2004) et la fabrication de parfums et de produits pour la toilette d'autre part (79 % du CA en 2004). Ce deuxième domaine est de loin le plus développé. Il concentre à lui seul 13 % des parts de marché mondial du secteur. Le secteur est particulièrement dynamique (son CA a progressé de 22,6 % entre 2000 et 2004) et résolument tourné vers l'exportation : en 2003, son excédent commercial a atteint 5,9 Md€ (source : Sessi). Par ailleurs, la France possède sur son territoire plusieurs géants du luxe : Chanel, LVMH, YSL ... et L'Oréal, leader mondial des cosmétiques. Textile et habillement, cuir et chaussures En France, en 2004, le chiffre d'affaires (HT) du secteur atteint 25,3 Md€, réparti comme suit :
Source : Chiffres clés des industries du textile, de l'habillement, du cuir et des chaussures – enquête annuelle entreprises 2004 (Sessi – juillet 2005) L'industrie textile et de l'habillement employait près de 2,6 millions de personnes dans l'UE 25 en 2003. Jusqu'en 2005, l'Europe a été le 1er exportateur de textiles, et le 3e de vêtements. La France est le 4e contributeur en terme de valeur ajoutée, derrière l'Italie, le Royaume-Uni, et l'Allemagne. En France, le chiffre d'affaires de l'industrie du textile et de l'habillement atteint 21,7 Md€ en 2004 dont 47,5 % pour l'habillement et les fourrures, 22,6 % pour les produits textiles (linge de maison, ameublement, tapis et moquettes, non-tissés), 23,5 % pour la filature et le tissage (filature et tissage du lin, du coton, de la laine, ennoblissement textile), et 6,5 % pour la fabrication d'étoffes et d'articles en maille. La répartition du chiffre d'affaires entre ces différents domaines était du même ordre en 2000 (respectivement 40,9 %, 20,8 %, 30,3 et 8,0 %). L'évolution la plus importante concerne le nombre de salariés : globalement, entre 2000 et 2004, la perte d'emplois est de 27,5 %. Le secteur des produits textiles est le moins touché, avec 13,9 %. Ces pertes d'emplois s'expliquent par les profondes mutations que l'industrie textile – une des plus anciennes industries françaises – subit depuis 30 ans du fait de l'émergence de nouveaux concurrents issus de pays à faibles coûts salariaux. Depuis 1995, 40 % des entreprises françaises ont disparu suite à la délocalisation d'une partie des moyens de production vers l'Asie et l'Afrique du Nord. La fragilisation de l'industrie textile française et plus largement euro-méditerranéenne a été renforcée depuis le 1er janvier 2005, date à laquelle l'importation des vêtements et produits textiles de Chine n'a plus été limitée (début juin, la Chine a signé un accord avec l'UE qui limite de 8 à 12,5 % par an jusqu'à fin 2007 la hausse de ses exportations d'une dizaine de produits textiles). La balance commerciale du secteur, déjà déficitaire avant 2005, devrait s'effondrer. Les régions leaders en France sont le Nord-Pas-de-Calais et Rhône-Alpes. L'industrie du cuir et de la chaussure réalise en 2003 un CA de 3,7 Md€. Elle est principalement composée de deux secteurs, la maroquinerie et la fabrication de chaussures, qui représentent l'un et l'autre quasiment la moitié du CA global et du nombre de salariés (13 900 chacun) ; le troisième secteur est l'apprêt et le tannage du cuir, qui représente 8 % du marché global. La maroquinerie est un secteur artisanal, qui présente un savoir-faire traditionnel mondialement reconnu. Son chiffre d'affaires et le nombre d'emplois du secteur sont restés stables entre 2000 et 2004. La situation est différente pour le secteur de la fabrication des chaussures qui entre 2000 et 2004 a perdu 27,5 % de son CA et 40 % de ses emplois. La balance commerciale du secteur est déficitaire (de l'ordre de 1,8 Md€ en 2003), essentiellement à cause du secteur de fabrication de chaussures. Les enjeux de ce secteur Agriculture Un enjeu très fort pour l'agriculture tourne autour des « bonnes pratiques » en termes d'occupation du territoire et de valorisation de celui-ci. Les ressources naturelles et l'environnement sont souvent « maltraités » par l'agriculture intensive au point que l'on s'inquiète de la qualité de l'eau ou de l'air, du maintien de la biodiversité, de l'entretien des paysages, des perturbations des climats, de l'aménagement de l'espace. La qualité et la sécurité alimentaires sont parfois prises en défaut consécutivement à des pratiques porteuses de dangers insoupçonnés et à l'inadéquation des contrôles. L'enjeu est d'aborder la problématique par une approche système, visant à développer une ingénierie de l'agriculture durable via la mise en place de techniques alternatives de culture, de nouvelles variétés, de plantes à plus faible besoin hydrique ... Le soutien public de l'agriculture reste coûteux et entraîne des distorsions de concurrence qui sont dénoncées dans les négociations internationales. Enfin, le secteur agricole est un secteur de faible attractivité pour la main-d'œuvre. Il peut donc y avoir à terme des pénuries temporaires de main-d'œuvre. Industrie agroalimentaire Un des enjeux pour ce secteur est de prendre en compte le lien entre nutrition et santé et la demande de la part des consommateurs dans ce domaine. Au-delà de la satisfaction des stricts besoins nutritionnels, certains types d'alimentation pourraient jouer un rôle protecteur voire curatif vis-à-vis de certaines maladies, l'obésité par exemple. Plus généralement, répondre à l'évolution des cultures et des identités alimentaires est un enjeu fort pour l'industrie agroalimentaire. Il y a une demande générale au niveau du goût, premier critère de choix des consommateurs et aussi au niveau de la qualité nutritionnelle. Dans ce domaine, la France est susceptible d'apporter une « dotation culturelle » riche. La sécurité alimentaire et son contrôle sont également des enjeux majeurs pour ce secteur. Il s'agit, en synergie avec le secteur de l'agriculture et de la distribution, de répondre à une demande forte de la part des consommateurs mais aussi des autorités (règlements) d'assurer tout au long de la chaîne (production, transformation, distribution) un suivi permettant de répondre aux exigences de sécurité (notamment depuis les crises de l'ESB, de la listeria ...). Dans ce domaine, les questions de logistique revêtent une importance particulière pour ces industries (traçabilité). Enfin, les industries agroalimentaires sont un secteur où la culture du secret industriel conserve un statut important, puisque les formulations-recettes font partie d'un savoir-faire et sont difficilement protégeables. Les industriels de ce secteur sont donc peu enclins aux coopérations, tant entre eux qu'avec le secteur public. Il y a là un problème de gestion de savoir-faire non brevetable. Comment capitaliser ce savoir-faire et les « recettes » ? Pharmacie Trouver des solutions pour contrecarrer les effets du vieillissement de la population est un enjeu pour l'industrie pharmaceutique. Le développement des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson ...) et cardiovasculaires, et l'augmentation des dépenses de santé sont les principales conséquences de ce vieillissement. Les pouvoirs publics encouragent la consommation de génériques dans le cadre de la régulation des dépenses de santé. Bien qu'ils ne représentent encore que 3,1 % du marché des médicaments remboursables, cette part de marché devrait progresser dans les années qui viennent car de nombreux brevets de block busters arrivent à expiration. La compréhension des mécanismes d'émergence des virus représente un enjeu croissant, notamment dans un contexte de mondialisation de l'économie qui stimule la mobilité des personnes et par conséquent la propagation d'éventuelles épidémies. Certains experts ont mis en évidence la difficulté à faire émerger, au niveau industriel, les compétences et connaissances académiques parfois très poussées des chercheurs français. On déplore de nombreux exemples de brevets abandonnés en France et repris en Amérique du Nord. À titre d'exemple, le dernier système d'imagerie mis au point par le Nobel français Georges Charpak est industrialisé par une entreprise canadienne. Le transfert de technologies est une étape clé et pourtant souvent difficilement réalisée, notamment dans le domaine de la biopharmacie. Par ailleurs, un besoin essentiel en recherche pour les entreprises pharmaceutiques et de biotechnologies est de développer le maillage des expertises cliniques, pharmaceutiques et d'ingénierie afin de faire évoluer les démarches en R&D vers une approche plus globale : il s'agit notamment de réaliser, en parallèle, recherche fondamentale et clinique, d'anticiper le processus d'industrialisation et de production (Étude du LEEM, Les entreprises du médicament, septembre 2005). Produits de toilette (dont les parfums) et détergents La parfumerie, les cosmétiques, le luxe sont des secteurs d'excellence de l'économie française, créateurs d'emplois et de valeur ajoutée. Dans ce domaine, la France bénéficie d'un atout culturel lié à son image dans le domaine du luxe. Mais, outre l'enjeu de la création de nouvelles essences de base pour les parfums, un autre enjeu majeur pour les entreprises est la lutte contre la contrefaçon qui est particulièrement importante pour ce type de produits. Les technologies d'authentification et de traçabilité sont donc un défi pour ce secteur. Par ailleurs, la cosmétique tend à se rapprocher de la pharmacie du point de vue des exigences de contrôle avant la mise sur le marché. Il y a aujourd'hui de plus en plus de listes de substances de produits interdits ou toxiques. Dans ce contexte, l'innocuité des composants utilisés dans les produits cosmétiques est un enjeu clé pour l'acceptabilité des innovations. Textile et habillement, cuir et chaussures Suite à la délocalisation massive des moyens de production vers l'Afrique du Nord et l'Asie, le déplacement massif de la valeur ajoutée vers l'amont (la création, la recherche) et l'aval (la distribution, le marketing) semble impératif. Dans le secteur du textile, mettre en place des filières de produits à haute valeur ajoutée, comme les textiles techniques et fonctionnels, est un enjeu majeur pour l'avenir de ce secteur. Dans le secteur de l'habillement, il demeure un enjeu important concernant des marchés de niche : réassortiment, haut de gamme, mode, tendance à la création de minicollections (modèle Zara) au lieu du rythme semestriel printemps-été et automne-hiver. La lingerie, par exemple, est un des secteurs les plus dynamiques du textile français, et le seul à disposer d'entreprises de production d'assez grande taille (500, 600 personnes). Le consommateur mériterait d'être informé de la qualité des produits, de leur technicité (pictogrammes dédiés à la communication des fonctions cachées des textiles). Les tendances d'évolution du secteur Agriculture Une tendance remarquable concerne la valorisation non alimentaire des cultures. Il s'agit d'utiliser la plante, partiellement ou dans son intégralité, à des fins industrielles. L'innovation repose sur l'utilisation de matières premières renouvelables et s'inscrit dans une logique de développement durable. Les domaines d'utilisation potentiels sont nombreux et variés :
Il convient de noter que la France connaît une « artificialisation »[2] des terres relativement importante, qui est en général irréversible, les surfaces prises ne revenant que rarement à des usages plus naturels. Dans ce contexte, la valorisation non alimentaire des cultures n'est pas sans soulever des questions concernant une éventuelle compétition des différents usages pour les terres agricoles et arables disponibles. Par ailleurs, l'utilisation des biotechnologies pour mettre en place des techniques alternatives de culture, des nouvelles variétés, des plantes à plus faible besoin hydrique, ou encore pour réduire l'utilisation des pesticides ou engrais, semble stratégique et incontournable. Ces techniques viendront compléter les méthodes plus classiques (méthodes chimiques) qui devraient à court et moyen termes rester majoritaires. Il s'agit de pouvoir produire « propre » tout en gardant les rendements nécessaires pour répondre aux demandes. La collaboration étroite entre les botanistes, écophysiologistes, généticiens d'un côté, modélisateurs et mathématiciens de l'autre, doit permettre le développement des modèles mathématiques de croissance végétale. Ces modèles sont calibrés sur une grande gamme de plantes agronomiques et les applications en termes d'exploitation sont désormais envisagées. Il s'agit de modéliser la croissance végétale pour élaborer des outils performants d'aide à la décision (prédiction, optimisation, contrôle optimal : rationalisation de l'apport des ressources en engrais et en eau ou en traitements phytosanitaires, développement des cultures mixtes, contrôle de la qualité des produits ...). Enfin, la mécanisation et la robotisation des tâches pénibles pourraient permettre de faire face à la pénurie de main-d'œuvre et d'augmenter l'attractivité des métiers agricoles. Ceci est particulièrement vrai pour les métiers de l'élevage, pour lesquels les contraintes sont très importantes. Industrie agroalimentaire Sur le sujet nutrition et santé s'ouvre un vaste champ scientifique qu'il convient de mettre en perspective avec les déséquilibres croissants des régimes publics d'assurance maladie : l' « aliment santé » pourrait, dans une certaine mesure, prendre le relais du médicament sur le plan de la prévention. L'agroalimentaire est un champ naturel d'application des biotechnologies. Mais cette application ne va pas sans difficulté. Certains experts soulignent, en effet, que les acteurs alimentaires privés s'appuyent sur des marges significativement plus faibles que leurs homologues du médicament. Ils doutent de leur capacité à financer une R&D en biotechnologie suffisante. Par contre, l'utilisation de nouveaux outils de recherche ou de production, mis au point par ailleurs, est susceptible d'intéresser de très nombreuses entreprises de l'alimentation. Cette diffusion pourrait toutefois être limitée par l'acceptabilité de ces techniques par le consommateur, l'alimentation étant un domaine très sensible par rapport à l'introduction d'innovations porteuses d'une image de « manipulations génétiques ». Enfin, parmi les technologies pouvant apporter des réponses aux enjeux cités précédemment, les TIC sont envisageables pour la gestion des connaissances et du savoir-faire (par exemple : technologies de « réalité augmentée » en appui à la pérennité du « tour de main »), la traçabilité (contrôle, sécurité), la logistique, ... Pharmacie Vue de manière très globale, on remarque que la pharmacie est en train de passer de l'influence de la chimie à celle de la biologie, même si la première reste utile. En 2003, plus de 40 % des nouvelles molécules mises sur le marché sont d'origine biologique. En France, entre 2000 et 2004, le chiffre d'affaires des biomédicaments a triplé (2,21 Md€ en 2004). Ce secteur présente un taux annuel de croissance de 30 %, supérieur au taux mondial sur la même période (18 %). Près de 80 % des biomédicaments commercialisés en 2004 sont indiqués pour traiter des pathologies à fort besoin non satisfait (près de 50 % sont utilisés pour traiter des cancers). L'utilisation de la transgénèse, et plus particulièrement des plantes pour produire des médicaments, est une tendance technologique de tout premier plan. Rappelons que dans ce domaine, le leader mondial, Meristem Pharmaceutique, qui a développé un produit contre la mucoviscidose, est français. La vectorisation, qui vise à améliorer l'efficacité des médicaments et/ou à faciliter leur administration, est aussi un axe de recherche stratégique. Il s'agit d'augmenter la biodisponibilité du principe actif, c'est-à-dire augmenter la quantité de principe actif réellement délivrée à la cible thérapeutique, le reste pouvant être transformé par des enzymes ou bloqué par des membranes. Un deuxième axe de recherche est la mise au point de modes d'administration plus faciles et plus confortables à utiliser pour le patient (on pense notamment à l'insuline inhalée pour le diabète). Diverses avancées dans le domaine de la pharmaco-génomique, de la biologie et de l'informatique appliquée à la santé (criblage à haut débit, biocapteurs, informatique embarquée dans le corps humain, biosimulation ...) pourraient dans les prochaines années modifier profondément les stratégies thérapeutiques et les industries de santé qui tendront à mieux se coordonner. L'orientation vers une médecine personnalisée pourrait être une des conséquences de cette évolution technologique. Plus largement, la pluridisciplinarité (biologie, chimie, mathématiques, informatique, statistiques ...) doit permettre d'apporter à l'industrie pharmaceutique des méthodes élaborées par la recherche publique pour la biologie à grande échelle et à haut débit, ou pour l'aide au diagnostic et à la décision de traitement. Le développement de modèles mathématiques de simulation devrait permettre de raccourcir la durée du développement d'un médicament actuellement trop long, trop risqué pour les industries pharmaceutiques, et trop coûteux pour la société. L'objectif est aussi d'obtenir des traitements plus ciblés dès la recherche initiale afin d'être le plus efficace possible et, bien sûr, le moins toxique. Il y a là, malgré les faiblesses de la France, une réelle opportunité à saisir pour inverser la tendance. Produits de toilette (dont les parfums) et détergents Efficacité et innocuité sont les deux facteurs clés qui orientent les axes de recherche dans ce domaine. Par ailleurs, les technologies utilisées en pharmacie sont parfois appliquées en cosmétique. La vectorisation, par exemple, est une des tendances technologiques développées pour augmenter l'efficacité des principes actifs. Il convient, enfin, de noter le fort intérêt porté aux substances naturelles en remplacement des conservateurs chimiques classiques. Textile et habillement, cuir et chaussures Les textiles techniques et fonctionnels constituent une réponse sectorielle face au défi de la mondialisation. Il s'agit d'un vaste ensemble de textiles élaborés pour répondre à un cahier des charges particulier. Les textiles techniques et fonctionnels remplissent un grand nombre de fonctions dans plusieurs domaines d'application (habillement, médical, transport, environnement, etc.) :
La mise en place de nouveaux process de fabrication pour relativiser la part de la main-d'œuvre dans le prix du produit est aussi une tendance technologique forte : il s'agit essentiellement de procédés de fabrication de produits non tissés tels que des matériaux souples produits à partir de fibres naturelles ou synthétiques, sans passer par les traditionnelles étapes de filature, de tissage ou de tricotage. Dans le domaine de l'habillement, du linge de maison ou des textiles pour intérieur de voiture, la personnalisation (mass customization) peut être une réponse face à la production de masse (production de séries courtes, finissage à la demande, utilisation de l'impression numérique ...). D'autres technologies sont susceptibles d'apporter une rupture indispensable pour pénétrer des marchés de niche : la conception assistée par ordinateur dans la filière textile – confection-distribution, la visualisation 3D pour le consommateur de l'article conçu par ordinateur (costume homme, soutien-gorge Wacaol par exemple), l'apport de la sensation tactile de l'étoffe dans ces ventes immatérielles (dans ce domaine, les jeux sur ordinateur progressent dans l'apport des sensations haptiques, un transfert de technologies serait judicieux à promouvoir). [1] Le nombre d'UTA (Unité de travail annuel) d'une exploitation est la mesure du travail fourni par la main-d'œuvre, en prenant comme standard le travail d'une personne à plein temps pendant une année entière. On inclut dans ce calcul l'activité des personnes de la famille, celle des salariés permanents ou occasionnels et celle des ETA (entreprise de travauxaAgricoles) et des CUMA (coopérative d’utilisation de matériel agricole). © Ministère de l'Économie, des Finances
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